« Made for love » : Pourquoi les séries s’en prennent-elles aux implants cérébraux, joujoux d’Elon Musk ?

SATIRE La série « Made for Love » est diffusée ce jeudi sur Canal+

Laure Beaudonnet
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Cristin Milioti et Billy Magnussen dans la série Made for love.
Cristin Milioti et Billy Magnussen dans la série Made for love. — Paramount televisions / Johnson / HBO Max

Les géants de la Silicon Valley prennent cher dans les séries. La fiction ne cache plus son inquiétude devant les progrès de la technologie et le futur qu’elle projette. Entre les satires (Upload, Silicon Valley) et les dystopies ( Black Mirror, Westworld), le petit écran donne à voir une facette de plus en plus sombre des prophéties un peu loufoques des grands acteurs de la tech.

Made for Love [Faite pour l’amour, en VF], l’adaptation du livre d’Alissa Nutting créée par Christina Lee, Patrick Somerville et Dean Bakopoulos, s’attaque aux implants cérébraux. Diffusée ce jeudi sur Canal+ (et disponible en replay sur MyCanal), la série raconte l’évasion d’Hazel Green, interprétée par Cristin Milioti ( Palm Spring, A to Z), une trentenaire coincée depuis dix ans dans un mariage toxique avec Byron Gogol (Billy Magnussen), un richissime acteur de la tech. Coupée du monde dans le « hub », une tour d’ivoire high-tech où ses moindres faits et gestes sont surveillés et enregistrés par des capteurs, Hazel décide de s’enfuir lorsque son mari se met en tête de lui installer une puce cérébrale pour fusionner son cerveau avec le sien.

Gogol versus Google

Dès les premiers épisodes, on a comme un sentiment de déjà-vu en voyant débarquer le personnage de Byron Gogol, un multimilliardaire qui joue les démiurges à coups de réalité virtuelle, de contrôle du corps et de délire de toute puissance. D’entrée de jeu, son nom fait sourire quand on connaît l’histoire du moteur de recherche qui devait s’appeler Googol, en référence à un terme mathématique et qui finit par se baptiser Google en raison d’une erreur de frappe.

Sorte de croisement entre les technoprophètes les plus emblématiques des Etats-Unis, son personnage laisse entrevoir tantôt Ray Kurzweil, gourou transhumaniste de Google qui pense défier la mort, tantôt le serial entrepreneur Elon Musk qui croit pouvoir augmenter la puissance cognitive de l’humain avec sa start-up Neuralink. On pense également à Mark Zuckerberg dont l’invention -Facebook- a désormais la capacité de connaître les moindres détails de l’intimité de ses utilisateurs.

Ces dernières années, la fiction se fait un malin plaisir d’égratigner l’image des acteurs de la tech. Loin de présenter une vision complaisante du futur technologique, elle décortique les aspects les moins reluisants du monde numérique et en montre toutes les limites. Un peu comme si la fiction jouait le rôle de miroir déformant de la réalité pour contraindre la société à s’interroger sur ses usages. Silicon Valley explore la toxicité du monde très masculin des start-up américaines tandis que Westworld aborde les dangers d’une intelligence artificielle trop sophistiquée.

La critique des implants cérébraux

De son côté, l’excellente Black Mirror anticipe les pires scénarios dans un monde qui n’a pas pris la mesure des dangers de la technologie. Et le thème des puces cérébrales n’est pas en reste. Dans « Retour sur image », le dernier épisode de la saison 1, la série de Charlie Brooker jette une lumière crue sur les interfaces hommes-machines. Une puce disposée derrière l’oreille permet d’enregistrer les souvenirs et de les revisionner. Liam, un jeune avocat britannique, qui doute de la fidélité de sa femme, se met à regarder en boucle chaque instant de sa vie, à la recherche du moindre détail qui pourra lui confirmer ses soupçons.

Dans Made for Love, Byron Gogol, qui veut aller toujours plus loin dans le contrôle de sa femme, lui installe une puce électronique dans le cerveau de façon à voir tout ce qu’elle fait. Dans les deux cas, la technologie fait perdre la raison à son utilisateur, à l’image de Chris Dancy, l’homme le plus connecté du monde dont la vie s’est fait engloutir par l’ultraconnexion et qui prône désormais un rapport modéré aux technologies.

Dans la réalité, Neuralink d’Elon Musk a bien avancé sur le terrain des implants cérébraux. Dans une vidéo publiée en avril par la start-up, on peut voir un singe contrôler de ses yeux les mouvements d’une raquette pour empêcher que la balle ne tombe dans le vide, comme on pourrait le faire avec un joystick, un écran tactile ou les flèches sur un clavier. Cette vidéo est la preuve que l’implant fonctionne, que ses algorithmes sont performants et que les humains seront les prochains à s’en faire poser. A croire que la fiction a décidé de dire « stop » à Elon Musk.