« "La meute" est portée par une énergie féminine, et c'est très intéressant, confortable et créatif », estime Daniela Vega

INTERVIEW Daniela Vega, actrice d'« Une femme fantastique », évoque pour « 20 Minutes » son rôle dans la série féministe coup de poing « La Meute »

Propos recueillis par Anne Demoulin
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Daniela Vega incarne Elisa Murillo dans « La Meute ».
Daniela Vega incarne Elisa Murillo dans « La Meute ». — Fremantle International Distribution
  • A l’occasion de la diffusion des derniers épisodes de la série La Meute, ce jeudi à 20h55 sur Arte, Daniela Vega revient pour 20 Minutes sur son personnage et la condition des femmes.
  • L'actrice y incarne la déterminée Elisa Murillo, l’une des trois inspectrices qui mène l’enquête sur La Meute, bande organisée qui perpetue des crimes sexistes.
  • L’ambitieuse série chilienne dénonce effectivement les violences faites aux femmes et passe au crible du polar une société chilienne minée par le patriarcat.

Harcèlement, agressions sexuelles, viols, féminicides… L’ambitieuse série chilienne La Meute, disponible en intégralité sur Arte.tv et créée par la scénariste, réalisatrice et romancière argentine Lucía Puenzo, dénonce les violences faites aux femmes et passe au crible du polar une société chilienne minée par le patriarcat. Dans cette série coup de poing, Daniela Vega, incarne la déterminée Elisa Murillo, l’une des trois inspectrices qui mène l’enquête sur cette bande organisée qui perpetue des crimes sexistes, La Meute du titre…

A l’occasion de la diffusion des derniers épisodes de la série ce jeudi à 20h55 sur la chaîne franco-allemande, l’actrice d’Une femme fantastique de Sebastián Lelio, produit comme cette série par les frères Juan de Dios et Pablo Larraín et Oscar du meilleur film en langue étrangère en 2018, revient pour 20 Minutes sur son personnage et la condition des femmes.

Après « Une Femme Fantastique », vous retrouvez la société de production Fabula pour « La Meute », qu’est-ce qui vous a donné envie de jouer à cette série ?

Les raisons les plus importantes pour lesquelles j’ai accepté de jouer dans cette série sont la qualité du scénario et l’équipe parce qu’il s’agit d’une équipe féminine. Il y a beaucoup de femmes impliquées dans le projet. La showrunner est une femme, la réalisatrice est une femme et les trois protagonistes sont des femmes. L’énergie féminine a été très importante pour prendre cette décision.

Cette histoire incroyable a-t-elle été inspirée par l’affaire La Manada en Espagne où une « Meute » de cinq hommes ont violé une jeune fille, un fait divers qui a été le détonateur d’une grande mobilisation féministe ?

Pas vraiment. La série s’inspire de la vraie vie. L’histoire de la série n’est pas calquée sur cette affaire en Espagne. Il y a hélas beaucoup d’histoires dans le monde avec les mêmes particularités. C’est quelque chose de commun dans tous les pays, qui concerne beaucoup de femmes. Cette série, ce n’est pas seulement une histoire, c’est la vie.

Comment voyez-vous votre personnage, Elisa Murillo, personnellement, elle me fait penser à une louve solitaire…

Elle est la seule des trois inspectrices à ne pas avoir d’enfants. Elle n’est pas mère, donc elle prend plus de risques parce qu’elle n’a rien à perdre. Alors, elle s’implique corps et âme contre ceux qui ne sont pas des bonnes personnes. Et elle ne se soucie pas de la loi, elle a sa propre loi. C’est ce qui l’unit à son mentor, elle fait la même chose que lui dans le passé.

C’est aussi une femme forte, qui a traversé de nombreuses épreuves, est-ce important pour vous d’incarner ce genre de femme ?

Tout à fait ! Les liens entre femmes sont quelque chose de très fort aussi. Etre portée par cette énergie féminine est très intéressant, confortable et très créatif. Toutes ensembles, nous pouvons faire ce qu’on veut !

Au début, Elisa est en compétition avec l’inspectrice Olivia Fernández et elles vont découvrir au cours de l’enquête la notion de sororité.

Ces deux personnages sont très éloignés l’une de l’autre. En travaillant ensemble, elles découvrent qu’elles ont beaucoup plus en commun qu’elles ne le pensaient auparavant. Et elles s’admirent mutuellement. À la fin de l’histoire, on se rend compte qu’elles sont presque devenues amies. Donc, le fait est que vous pouvez trouver des amis et bâtir de la confiance dans le chaos. C’est quelque chose de très poétique à un moment donné.

La série montre toutes les formes de violence faites aux femmes, non seulement les viols et les coups, mais aussi la violence psychologique qu’un simple regard déplacé peut représenter, comme dans la scène d’ouverture entre cette lycéenne et son professeur d’art dramatique…

Il s’agit d’une série télévisée. Cette scène fait le lien avec ce qui va suivre, elle ouvre l’histoire. C’est quelque chose que l’on peut vivre ou pas, mais cela existe. La série propose ainsi un vrai point de vue sur un autre type d’abus.

Avec la métaphore de « La meute » et le jeu du loup, la série ne dénonce pas les hommes en tant qu’individus mais tout un système…

Ce groupe de personnes, la meute, utilise des adolescents comme des soldats et contrôle le reste du groupe. C’est quelque chose de très sombre.

Pouvez-vous nous parler de la situation des femmes et du mouvement MeToo au Chili ? Le mouvement Ni una menos a-t-il eu les conséquences escomptées ?

Le monde entier a le même objectif. Le monde entier réfléchit à de nouvelles visions des rapports entre les femmes et les hommes. La meute n’est pas une histoire d’hommes contre les femmes ou de femmes contre les hommes, c’est l’histoire de personnes contre la violence. Ce n’est qu’une série télé, mais qui traite de problèmes réels. En tant que série, elle montre d’une façon différente la réalité.

Comment la série a-t-elle été reçue au Chili ? A-t-elle suscité les débats que vous espériez ?

Oui ! La série est très populaire. Elle a permis aux gens d’avoir des débats, des conversations. Je pense que cela a été très positif.

A l’issue de ce final ce soir sur Arte, l’histoire est bouclée mais laisse tout de même la possibilité d’une saison 2. Où en est ce projet ?

La saison 2 est prête ! Nous allons la faire !