« Trying » : « Quand on adopte, on doit d’abord prouver que l’on est un bon parent », estime Esther Smith

INTERVIEW Rencontre avec Esther Smtih et Rafe Spall, les héros de « Trying », petit bijou de délicatesse et d’humour britannique sur le processus d’adoption

Propos recueillis par Anne Demoulin

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Rafe Spall et Esther Smith dans « Trying », actuellement sur Apple TV+.
Rafe Spall et Esther Smith dans « Trying », actuellement sur Apple TV+. — Apple TV+

Une dramédie britannique irrésistible à adopter ! Coproduite par Apple et la BBC, Trying suit un couple de trentenaires, Nikki (Esther Smith) et Jason (Rafe Spall), qui essaye d’adopter un enfant. Alors que la première saison retraçait le processus pour obtenir l’agrément, dans la saison 2 de Trying, dont les deux premiers épisodes sont disponibles ce vendredi sur Apple TV+, Nikki et Jason, épaulés par Penny (Imelda Staunton), leur excentrique assistante sociale, découvrent que le processus pour trouver un enfant n’est pas aussi simple qu’ils l’avaient espéré. 20 Minutes s’est entretenu lors d’une rencontre virtuelle avec les interprètes des héros de cette dramédie tout en délicatesse et humour, créée par Andy Wolton, Esther Smith et Rafe Spall.

Qu’est-ce qui vous a donné envie de jouer dans « Trying » ?

Rafe Spall : J’ai lu les scénarios avec une telle facilité ! C’était drôle, chaleureux, touchant et Esther était dedans. Voilà, ce qui m’a attiré !

Esther Smith : Quand j’ai lu le script, je riais une minute, pleurait l’autre et je ne pouvais pas m’empêcher de continuer à lire. Quand on tombe sur quelque chose de comme cela, on comprend à quel point c’est spécial. C’est assez rare, donc j’ai sauté sur l’occasion. Et puis, j’ai rencontré Rafe, et le reste appartient à l’histoire. Quelle joie de travailler sur cette série !

Pouvez-vous présenter vos personnages, Nikki et Jason, en quelques mots ?

R.S. : C’est un couple de trentenaires qui arrivent à un stade de leur vie où ils sentent que quelque chose leur manque. Dans leur cas, il s’agit d’un enfant et de la capacité à les concevoir naturellement. Ils se tournent donc vers l’adoption. La première saison est dédiée à la procédure d’agrément de l’adoption, la deuxième saison, à l’attribution d’un enfant. Ce sont des gens bien. Ils ont des défauts et font des erreurs, mais ils sont gentils. Ils s’aiment et veulent diriger l’amour qu’ils ont l’un pour l’autre, vaste, vers une petite personne.

E.S. : Ils essayent de comprendre ce que cela veut dire de grandir, et de traverser la trentaine. Je ne sais pas qui a décrété ce truc bizarre qu’à 30 ans, on doit savoir qui on est. Et bien, moi, je ne sais pas ! Ces deux personnages et les autres personnages de la série essayent de savoir qui ils sont. C’est agréable de regarder l’écran et de se dire que finalement « Personne ne sait », c’est génial !

Plus ils sont proches de devenir parents, plus ils grandissent…

E.S. : Ils apprennent beaucoup sur eux-mêmes durant ce processus. Ils le souhaitent tellement qu’ils font de leur mieux pour y parvenir et mûrissent. C’est beau de voir et de jouer ces personnages évoluer face à de vraies difficultés.

R.S. : Ils mûrissent à mesure qu’ils se rapprochent de l’adoption d’un enfant probablement plus que quelqu’un qui conçoit naturellement. J’ai trois enfants. Cela ne m’a pas fait grandir, je suis toujours un enfant. C’est une expérience différente de concevoir naturellement que d’adopter. Il y a manifestement un niveau bien plus élevé d’ingérence dans votre vie privée, d’introspection, de réflexion pour savoir si vous êtes prêt à avoir un enfant. A tout moment, on peut s’arrêter si la pression devient trop forte. Ils ne le font pas, alors ils grandissent et se fortifient au fil du processus.

E.S. : Je n’ai pas d’enfants, mais j’imagine que si on est capable de concevoir naturellement, on apprend à être parents sur le tas. Quand on adopte, on doit d’abord prouver que l’on est un bon parent. Comment faire si on n’a pas l’expérience de la parentalité ? Indéniablement, cela oblige à grandir.

Comment avez-vous créé cette alchimie entre vous à l’écran ?

R.S. : Elle n’a pas été créée, elle est juste là. Il n’y a pas eu de travail à faire. C’est humain et naturel, vraiment. Évidemment, on travaille seul, on apprend son texte et tout ça. Parfois, je le fais ! (rires) Et puis, je me plante en face de cette femme que j’adore et nous passons un bon moment en tant qu’individus et en tant qu’interprètes. C’est charmant et facile pour être honnête.

E.S. : C’est très étrange, toute cette histoire d’alchimie. Quand vous auditionnez pour le rôle, vous avez une lecture pour évaluer l’alchimie. C’est étrange de rentrer dans une pièce pour rencontrer quelqu’un que vous n’avez jamais vu pour montrer à d’autres personnes que cette chose intangible appelée alchimie existe. Cela m’étonne toujours un peu. Vous pouvez essayer de faire en sorte que cela fonctionne, mais l’alchimie est quelque chose qui est là ou pas. Quand on s’est rencontrés, c’était un vrai soulagement de voir qu’on s’entendait bien et qu’on pouvait travailler à partir de ça… Cette alchimie était déjà là, on était tous les deux hilarants !

R.S. : Vous ne faites que réagir à la personne en face de vous. Jouer, c’est écouter. Si vous vous concentrez sur votre jeu, votre apparence, vos petites émotions, c’est ennuyeux et excluant. Ce qui est intéressant, c’est ce que l’on créé ensemble, pas individuellement, c’est ça jouer la comédie !

E.S. : Oui !

Pensez-vous que cela soit typiquement britannique d’aborder des sujets graves tels que l’adoption avec autant d’humour ?

R.S. : Je ne crois pas. Il y a certainement des traits d’humour britannique, mais je pense que les comédies les plus réussies ont un attrait universel. Si Trying est culturellement britannique, elle séduit en France, en Italie, au Mexique ou ailleurs, parce qu’elle est universelle. C’est ce que font les meilleures comédies. C’est pourquoi le monde entier a aimé Dix pour cent ! Ce qui est drôle est drôle, c’est plutôt binaire. C’est une chose plus nuancée de faire pleurer les gens. Il y a des gens qui font rire le monde entier comme Will Ferrell ou Ben Stiller. Ils sont drôles, c’est tout !

En saison 2, on se rend compte qu’adopter un enfant, c’est une rencontre un peu comme un coup de foudre amoureux…

E.S. : Quand ils rencontrent l’enfant, ils tombent amoureux… Nikki la voit et réalise que c’est leur enfant. C’est très profond. Ils ne sont pas sortis d’affaire pour autant. Ils sont conscients qu’ils pourraient être rejetés. Leur vraie maturité vient du fait d’accepter que cela puisse ne pas se passer comme ils le souhaitent. Les enjeux étaient élevés en saison 1, ils le sont davantage en saison 2. Tout devient réel et tangible. La saison explore le déchirement, l’angoisse et l’espoir d’une très belle manière.

R.S. : Si cette saison est agréable à regarder, du point de vue du public, c’est parce qu’elle montre des gens vulnérables. La vulnérabilité est une sorte d’acte d’héroïsme ultime, car vous avez autant à perdre qu’à gagner. Elle ouvre la voie aux déchirements et à l’inverse… Et pour réaliser quoi que ce soit de beau et de valable dans la vie, il faut être vulnérable. On a tous été confrontés à ça dans la vie. On peut se lancer et être vulnérable ou rester à la maison, sans s’exposer au danger de l’échec. Que mon cœur se brise. Savoir cela et se lancer quand malgré tout, c’est héroïque. Le public le sait, le ressent et le respecte.

Cette saison 2 débute avec un enterrement. Et je me demandais si le thème de la série, ce n’était finalement pas le deuil dans toutes ces acceptions à commencer par celui de ne pas pouvoir concevoir naturellement…

E.S. : Le deuil est quelque chose dont nous commençons à peine à explorer la signification en tant qu’êtres humains. Les gens vivent leur deuil de manières tellement différentes. Nikki et Jason font leur deuil parce qu’ils savent qu’ils peuvent compter l’un sur l’autre. Ils trouvent toujours de l’espoir. Ils sont vulnérables, mais toujours prêts à aller de l’avant. C’est leur côté héroïque dont parlait Rafe. Le chagrin est une chose malléable. Leurs parents pleurent d’une certaine façon la perte d’un petit-enfant. La sœur de Nikki, Karen, est confrontée au deuil du célibat. Leur couple d’amis qui divorcent expérimente le deuil de leur mariage. Mais, toutes ces personnes vont de l’avant.

R.S. : Rien n’est gratuit dans la vie. Il y a une taxe sur tout et le chagrin est la taxe sur l’amour. Le deuil est ce que vous payez en retour pour le don de l’amour. Vous aimez quelqu’un, il va mourir et vous allez le pleurer. Il reste une option : ne rien faire. Il faut tenter sa chance parce que si on peut échouer, cela pourrait très bien marcher !

E.S. : Tu peux mettre ça sur un tee-shirt, hein ? (rires)