« Jupiter’s Legacy », l'affrontement familial de Super-Boomers contre des Super-Millenials

SUPERHEROS « Jupiter’s Legacy », disponible ce vendredi sur Netflix, met en scène deux générations de superhéros sur cent ans

Anne Demoulin

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Leslie Bibb, Josh Duhamel et Ben Daniels dans la série « Jupiter’s Legacy ».
Leslie Bibb, Josh Duhamel et Ben Daniels dans la série « Jupiter’s Legacy ». — STEVE WILKIE/NETFLIX
  • Jupiter’s Legacy est la nouvelle série superhéroïque de Netflix.
  • Jupiter’s Legacy suit les aventures d’une famille de superhéros sur cent ans et deux générations.
  • Le conflit générationnel au cœur de la série oppose des baby-boomers omnipotents à des millénials désabusés.

L’industrie du collant n’est pas près de faire faillite tant les superhéros sont légions sur les écrans. Après le phénomène WandaVision et Falcon et le Soldat de l’hiver, Disney+ a d’ores et déjà annoncé pas moins de dix séries Marvel. Après Superman & Lois, l’univers partagé d’Arrow va lui aussi encore s’étendre sur The CW avec Naomi. HBO Max a commandé plusieurs productions DC Comics, dont la très attendue Peacemaker avec John Cena, spin-off du film The Suicide Squad ou encore Green Lantern. Amazon Prime Video se démarque avec ses iconoclastes The Boys et la série d’animation Invincible. Et Netflix, le leader du streaming, n’est pas en reste.

Après The Umbrella Academy, Titans ou encore Ragnarök, la plateforme de Los Gatos lance ce vendredi Jupiter's Legacy, une nouvelle série super-héroïque en huit épisodes adaptée des comics de Mark Millar et Frank Quitely du même nom, publiée pour la première fois en 2013. A l’heure où l’on frôle l’overdose de superhéros, Jupiter’s Legacy réussit à tirer son épingle du jeu en mettant en scène un conflit de générations.

Une histoire qui se déploie sur cent ans

Jupiter’s Legacy suit les aventures de Sheldon Sampson ( Josh Duhamel), aka Utopian, un Superman-like à la tête de l’Union, une organisation formée par les six superhéros les plus puissants du monde qui s’est donnée pour mission de protéger l’humanité des super-méchants au début des années 1930. « Avec ces livres, ma seule et unique ambition était de créer la plus grande et la meilleure histoire de super-héros de tous les temps. Un grand et autonome Seigneur des Anneaux ou Game of Thrones avec des super-héros », raconte Mark Millar dans les notes de production.

Les aventures de Jupiter’s Legacy se déroulent sur cent ans et deux chronologies différentes. De nos jours, la série prend l’allure d’un drame familial au sein d’une superfamille. « On ne voit pas beaucoup d’histoires de super-héros sur des hommes ou des femmes avec des enfants. On ne voit jamais Superman, Batman ou Spiderman nourrir un bébé tard le soir. Je me suis demandé ce que ça donnerait si quelqu’un d’aussi cool que Superman épousait quelqu’un d’aussi génial que Wonder Woman et qu’ils avaient une famille », poursuit-il. Les célèbres Utopian et son épouse, Grace aka Lady Liberty (Leslie Bibb), parents de deux jeunes adultes, souhaitent passer le flambeau.

Un drame au sein d’une superfamille

Mais Brandon, aka Paragon, et Chloé (Andrew Horton et Elena Kampouris), les descendants des Sampson, ne sont pas vraiment enclins à assumer cet héritage et supporte tant bien que mal les attentes de leurs parents. Si Brandon a choisi d’embrasser la carrière de sauveur de l’humanité, il ne se sent pas à la hauteur de ses illustres prédécesseurs. De son côté, Chloé refuse de prendre la cape parce qu’elle s’est sentie délaissée toute son enfance par des parents trop absorbés par leurs devoirs. « Il ne s’agit pas d’attraper des voleurs de banque ou de combattre un scientifique diabolique sur trois actes. Il s’agit d’enfants qui n’ont jamais demandé ces pouvoirs et veulent se débrouiller seuls. », commente Mark Millar.

Du côté des anciens, l’ambiance n’est pas au beau fixe. Sheldon et son frère Walter, aka Brainwave (Ben Daniels), ne sont pas d’accord sur l’usage de leurs pouvoirs au sein de la société et l’avenir de l’Union. « Il s’agit aussi de parents qui regardent le monde qu’ils étaient censés sauver et le voient plus en désordre que jamais », abonde le créateur des comics.

En parallèle, Jupiter’s Legacy raconte l’origin story des membres fondateurs de l’Union qui commence en 1929, alors qu’une crise économique sans précédent frappe l’Amérique, et l’on découvre comment Sheldon Sampson, ses acolytes ont acquis leurs superpouvoirs. « Lorsque j’ai écrit la bande dessinée en 2012, j’ai été fasciné par le fait que le monde se remette de la crise financière de 2008 et j’ai fait des parallèles entre cette crise et le Krach de 1929 », raconte Mark Millar.

Un inévitable conflit de générations

Le conflit générationnel au cœur de Jupiter’s Legacy, qui oppose des baby-boomers omnipotents à des millennials désabusés s’avère particulièrement intéressant. La série dresse le portrait d’une jeune génération en mal d’espoir, qui verse dans le cynisme, les excès et exploite une célébrité non méritée. De l’autre, celui d’une ancienne génération, à l’heure du bilan, qui questionne les idéaux de sa jeunesse.

La série explore le classique topique de la responsabilité des superhéros au travers deux prismes, celui, intime, de la transmission des valeurs au sein de la famille, et celui, plus politique, du bien commun. Utopian est l’incarnation du rêve américain. Après la crise de 1929, il rêvait de sauver l’Amérique. De nos jours, il regarde avec regrets sa vie et ses échecs : il a été un père absent et l’Amérique est toujours criblée de problèmes.