« WandaVision » : Comment la série Marvel a-t-elle changé le « game » dans l’industrie audiovisuelle ?

BILAN Retour sur le succès de la série « WandaVision » qui a redéfini les canons de diffusion sur les plateformes de streaming et brouillé les pistes entre cinéma, télé et réalité

Anne Demoulin

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La série « WandaVision », portée par Elizabeth Olsen et Paul Bettany, a bousculé les codes de l'industrie audiovisuelle.
La série « WandaVision », portée par Elizabeth Olsen et Paul Bettany, a bousculé les codes de l'industrie audiovisuelle. — Disney
  • Le final de la minisérie Wandavision a été mis en ligne ce vendredi sur Disney+.
  • WandaVision est tout à la fois l’adaptation d’une bande dessinée House of M, une série de plateformes qui fait partie d’une série de films, une ode à l’histoire des sitcoms américaines et une des œuvres les plus métas de l’histoire des séries.
  • Comment cette œuvre a-t-elle changé le game du streaming et de l’industrie audiovisuelle ?

WandaVision sera à l’histoire du streaming ce que Twin Peaks est à l’histoire de la télévision ! WandaVision est à la fois l’adaptation d’une bande dessinée House of M, une série de plateformes qui fait partie d’une série de films, une ode à l’histoire des sitcoms américaines et une des œuvres les plus métas de l’histoire des séries.

A l’heure où Disney+ vient de dévoiler l’ultime chapitre de la minisérie, intitulé « Le grand final », retour sur comment la première série Marvel Studios pour Disney+ a changé le game du streaming et de l’industrie audiovisuelle ?

WandaVision se mue en objet filmique non identifié

Alors que le calendrier de sortie des films Marvel a été bousculé par la crise du Covid-19, la phase 4 du MCU, la franchise ciné la plus rentable de tous les temps, a débuté par un pastiche de sitcoms télés américaines sur la plateforme de streaming Disney+.

Le premier projet Marvel présenté depuis Spider-Man: Far From Home en 2019 a dérouté les fans. WandaVision débute comme un vibrant hommage à l’histoire de la sitcom américaine avec un épisode en 4/3 et en noir et blanc, loin des codes traditionnels des productions Marvel. Au fil des épisodes, cette ode à la sitcom dévoile ses charmes se muant en mystère fantastique, en drame sur le deuil ou encore une origin story sur la Sorcière rouge…. Le tout dans un format inhabituel d’une demi-heure, à l’exception de l’épisode final qui dure 42 minutes.

WandaVision renoue avec les bonnes vieilles recettes de la télé

En 2019, on pensait que Game of Thrones sur HBO serait le dernier grand succès sériel bâti sur une diffusion hebdomadaire à l’ancienne. Netflix impose le modèle d’une mise en ligne d’une saison complète.

Avec The Mandalorian, puis avec WandaVision, Disney+ s’appuie sur les bonnes recettes de la télé à l’ancienne : à savoir la mise en ligne d’un épisode par semaine qui se conclut sur un bon vieux cliffhanger bien maîtrisé. The Mandalorian entre dans l’histoire en devenant la première série non disponible sur Netflix à se hisser à la première place du classement hebdomadaire de Nielsen. Selon Parrot Analytics, moins de quatre semaines après son lancement, WandaVision se hisse à la première place des séries les plus populaires du monde. Cette montée en puissance est le résultat de cette stratégie de publication.

Une stratégie de publication qui inspire les concurrents : alors que la première saison de The Boys est publiée d’un seul coup sur Amazon Prime Video, la seconde, qui est devenue le succès que la plateforme de Jeff Bezos attendait, adopte le déploiement hebdomadaire par épisode.

WandaVision, la série la plus méta de tous les temps

Jamais, depuis Game of Thrones, une série n’avait suscité autant de théories que WandaVision ! Le MCU est un univers géant et interconnecté, et Jac Schaeffer, la showrunneuse de WandaVision, l’a bien compris.

Durant ses neuf épisodes, WandaVision n’a eu de cesse d’inciter ses fans à la discussion, en disséminant d’innombrables easter eggs et clins d’œil aux spectateurs au sein de la fiction. « J’espère que les spectateurs auront l’impression que le voyage a été satisfaisant. Je sais qu’il y a de nombreuses théories sur la série ; il y aura beaucoup de gens qui seront sans doute déçus par notre choix », a confié le réalisateur Matt Shakman à la veille de la diffusion du final à nos confrères de EW.

La série s’est appuyée sur les connaissances de la fan base Marvel pour qu’ils théorisent chaque semaine, semant vrais et faux indices : les publicités reflétaient bien l’inconscient de Wanda, les références démoniaques faisaient à tort penser à Mephisto et l’apparition du Pietro de X-Men laissait espérer un cross-over entre les X-Men de la Fox (récemment acquis par Disney) et les Avengers, etc. Fietro n’était finalement pas le Quicksilver des X-Men, issu d’une dimension parallèle, mais Ralph Bohmer, un acteur manipulé par Agatha Harkness.

La fiction a aussi multiplié les allusions méta aux séries et à la télévision en général, rappelant par exemple les techniques utilisées dans les feuilletons pour camoufler la grossesse d’une actrice lorsque Wanda cache la sienne à Géraldine avec un manteau, une corbeille de fruits ou un gros vase.

Dans l’épisode final, Wanda accepte enfin de faire le deuil de Vision et à affronter la solitude. (Même si durant cet épisode, les deux versions de Vision se sont affrontées et ont chacune survécu d’une certaine manière. La Vision reprogrammée par S.W.O.R.D. a recouvré la mémoire, et celui créé par Wanda lui lance : « qui sait ce que je vais devenir ? »). Wanda abandonne le monde de sitcom qu’elle a créé, invitant par la même occasion le spectateur à faire le deuil du monde fictionnel proposé par la série. Une métaphore émouvante.

WandaVision brouille les frontières entre cinéma, télé et streaming

Disney s’est inspiré pour ses productions audiovisuelles du modèle des newsrooms dans la presse. « Ce que nous voulons faire, c’est séparer les personnes qui créent notre merveilleux contenu de la prise de décision en ce qui concerne la façon dont il est commercialisé sur le marché », a expliqué en octobre 2020 le PDG de Disney, Bob Chapek, sur CNBC.

D’un côté, les producteurs de contenus, de l’autre, ceux chargées de déterminer le meilleur de monétiser et de diffuser ce contenu, « par opposition à ce qu’il soit prédéterminé qu’un film est destiné aux cinémas ou qu’une série télé est destinée à ABC », précise le patron de Disney. Cette direction stratégique, que la pandémie a accélérée, est en train de brouiller les frontières traditionnelles entre cinéma, télévision et streaming.

WandaVision a été annoncée comme une minisérie. « Je travaille chez Marvel depuis suffisamment longtemps pour ne pas dire un non définitif à un projet, pas même à une suite de WandaVision », a pourtant déclaré le président de Marvel Studios, Kevin Feige à Deadline. Falcon et le Soldat de l’Hiver ou encore Loki, pensés comme de one-shots, pourraient eux aussi avoir le droit à une suite en série, ou au cinéma. « Le plaisir du MCU est évidemment tout le croisement que nous pouvons faire entre les séries, entre les films. Cela variera donc en fonction de l’histoire. Parfois il y aura une saison 2, parfois cela va se poursuivre dans un film, puis revenir en série », explique Kevin Feige, qui a cartographié le MCU et les séries Disney+. On sait déjà que Wanda Maximoff apparaît dans le film Doctor Strange in the Multiverse of Madness, qui devait initialement sortir le 20 mars 2020 et devrait être en salles en 2022.

Cette stratégie va fidéliser les abonnés à Disney+, et leur donner envie d’aller voir les films en salles. Les cinéphiles auront envie de voir les séries, pour appréhender pleinement les films. Un cercle vertueux qui a pour objectif de faire de Disney+, la première plateforme mondiale face au leader Netflix.

Le final de WandaVision s’achève ainsi par deux séquences post-génériques. Dans la première, un officier interpelle Monica : « Capitaine Rambeau, on vous demande au cinéma ». Un clin d’œil méta, une fois encore. L’agent se révèle être un Skrull… Il est probable que cette scène post-générique introduise Captain Marvel 2.

La seconde scène post-générique montre Wanda retirée dans un havre de paix au cœur des montagnes. Elle génère une projection astrale d’elle-même en Sorcière rouge qui lit le Darkhold, un ensemble de parchemins qui recense des sorts maléfiques rassemblés par l’Ancien Dieu malfaisant Chthon, à l’origine de la fameuse « magie du chaos » évoquée dans WandaVision. A la fin de la scène, elle entend ses enfants appeler. Nul doute que cela a un lien avec le prochain Doctor Strange in the Multiverse of Madness, et qui sait, peut-être l’éventuelle prochaine saison de WandaVision ?