« En thérapie », une série qui « libère les mots et les maux »

VOUS TEMOIGNEZ « En thérapie » a « chamboulé » ses téléspectateurs, parce qu’elle « est explicitement en lien avec la découverte de l’inconscient », explique le psychanalyste Michaël Stora

Anne Demoulin
— 
Frédéric Pierrot et Mélanie Thierry dans En Thérapie.
Frédéric Pierrot et Mélanie Thierry dans En Thérapie. — Arte
  • Arte diffuse ce jeudi les épisodes 16 à 20 de la série En Thérapie, qui cumule près de 26,5 millions de vues sur Arte.tv.
  • 20 Minutes a demandé à ses lecteurs quel impact psychologique la série, qui met en scène un psy et ses patients, avait eu sur eux.
  • Le psychanalyste Michaël Stora a accepté de les commenter.

« J’ai beaucoup aimé la série, mais j’en suis sortie, bouleversée et chamboulée », écrit Caroline, 52 ans. En thérapie ne laisse pas ses spectateurs indifférents ! Cette fiction met en scène les séances d’un psychanalyste qui reçoit quatre jours durant un patient différent avant, le vendredi, de se rendre lui-même chez sa contrôleuse, au lendemain des attentats du 13-Novembre. En thérapie explore ainsi au cours de ses 35 épisodes tout à la fois les traumatismes intimes de ces personnages et celui, national des attentats. Alors que l’adaptation française du format israélien BeTipul sur Arte fait un carton aussi bien à l’antenne qu’en ligne (avec près de 26,5 millions de vues), 20 Minutes a demandé à ses lecteurs quel impact psychologique la série initiée par le duo Eric Toledano et Olivier Nakache, dont les épisodes 16 à 20 sont diffusés sur Arte ce jeudi, a eu sur eux.

« J’ai pleuré à presque chaque épisode et c’était bien », confie Valérie, 57 ans. En thérapie a ravivé de mauvais souvenirs. Celle qui vit et travaille entre la Place de la République et la Bastille se souvient : « J’ai été traumatisée par Charlie puis le Bataclan ». La période évoquée « fait écho à celle que nous traversons aujourd’hui », estime-t-elle.

« Pendant ma thérapie, j’ai évoqué les attentats de 2015 »

« Pendant ma thérapie, j’ai évoqué les attentats de 2015 comme ayant balayé l’insouciance dans ma vie à tout jamais », témoigne Rose, 56 ans. Elle évoque ces « actes de barbarie » de nouveau chez son thérapeute au moment de l’assassinat de Samuel Paty et du procès des attentats de Charlie Hebdo. « Au-delà du traumatisme laissé par les attentats du 13-Novembre, elle a aussi fait ressurgir mes propres blessures intimes, des sentiments d’injustice ou d’auto jugement, et a forcé à l’introspection », relate Marianne, 55 ans.

En thérapie s’invite aussi régulièrement sur le divan de Michaël Stora, psychologue, psychanalyste, fondateur et président de l’Observatoire des mondes numériques en sciences humaines. « C’est une série qui remue, constate l’expert. Si la série a pour contexte, la problématique du 13-Novembre, très rapidement, cette question n’est plus vraiment au centre. Elle montre l’après-coup du 13-Novembre, dans ce que chacun va venir convoquer de son histoire personnelle et inconsciente, avec des personnages de fiction », analyse-t-il.

« Une thérapie par écran interposé »

« La série est explicitement en lien avec la découverte de l’inconscient. C’est un de ses grands talents, elle nous fait prendre conscience qu’on a un inconscient, et c’est en ça qu’elle est très intelligente », salue Michaël Stora. « J’ai eu l’impression de suivre une thérapie par écran interposé et cela me conduira peut-être à démarrer la mienne », explique Marianne. « Ce n’est pas une série, c’est une vraie thérapie. Ayant fait une psychanalyse, je retrouve les réflexes et ressorts qui, malgré la fiction, m’aident à être un meilleur être humain. Une série qui devrait être remboursée par la Sécu ! », témoigne Max, 41 ans. « J’ai été en analyse 20 ans. Cette série m’a replongé dans des moments que j’avais évoqués sur le divan. Des rêves symboliques. Une certaine anxiété », relate Sophie, 68 ans. « J’ai fait une thérapie il y a maintenant cinq ans, c’est un peu comme une piqûre de rappel », raconte Patrick, 65 ans.

« Ce que j’ai pu lire dans les témoignages, c’est que chacun a été ravivé dans sa propre analyse, entre ceux qui pensent que ça vaut le coup d’en commencer une, et d’autres qui se demandent à quel point ils ont terminé la leur, et d’autres qui ont vécu presque une dimension cathartique, comme si la série en elle-même avait permis à certains d’élaborer finalement des zones obscures qu’ils n’avaient peut-être pas visitées », commente Michaël Stora.

« Cet épisode m’a ramené 29 ans en arrière »

« J’ai regardé En Thérapie, et j’ai regardé à nouveau en replay la séquence dans laquelle le couple s’interroge s’il garde ou non l’enfant à venir. Cet épisode m’a ramené 29 ans en arrière où mon mari et moi avons eu ce choix à faire. Ce troisième enfant que j’aurai pu avoir me manque encore aujourd’hui », raconte Aline, 63 ans. A l’époque, Aline n’a pas consulté : « On n’avait pas forcément ce réflexe, mais je suis sûre que cela m’aurait beaucoup aidé », poursuit-elle. Et de conclure : « Je me demande maintenant si je ne vais pas faire la démarche vers un psy, pour parler de tout cela, car au fond, la blessure est toujours là. »

« La série est faite telle qu’il y a forcément dans l’histoire des personnages, des analogies avec sa propre histoire… Comment ne pas s’en saisir ? Je digère, mais j’ai encore faim », souligne Marianne. « Le climat actuel étant anxiogène tout s’est agrégé. Je me suis reconnue dans un personnage. J’ai réalisé que le travail analytique n’était pas arrivé à son terme », relate Sophie, 68 ans. « J’ai fait quelques transferts sur ma propre vie alors que je n’ai jamais fait de thérapie de ma vie », note Caroline, 52 ans.

« Ce qui fait qu’on aime une série, c’est qu’il y a des processus d’identification aux personnages. Ces processus, avec ce type de séries, peuvent être très adhésifs. On peut se dire : "Mais, c’est moi ! Cette histoire-là, ça me cause", comme diraient certains Lacaniens. Il est évident qu’on aborde au travers cette série quand même les grands conflits psychiques de base. Les histoires évoquées sont des histoires que l’on rencontre assez couramment : le couple, le monde professionnel, l’abus sexuel », expose le psychanalyste.

« Mon Dieu qu’il était beau ! J’ai été l’incarnation du transfert »

« J’ai regardé avec intérêt les quinze premiers épisodes », raconte Sylvia, 65 ans, qui a eu après le visionnage « des réminiscences » de sa thérapie. Elle n’a pas poursuivi à cause de l’intrigue entre la patiente Ariane et son psy : « J’ai trouvé cela incohérent et même contraire à la déontologie du praticien », souligne Sylvia.

« Cette série vient donner des éléments de compréhension du fonctionnement de l’analyste, et de son contre-transfert, ici, avec Ariane, ce qui vient raviver chez pas mal de téléspectateurs qui ont fait ou pas une analyse, cette question du transfert, qui est une des bases même de la relation psychanalytique », commente Michaël Stora. Et d’ajouter : « Ce secret, bien gardé des psychanalystes, fait partie, peut-être d’un des éléments qui vient chahuter beaucoup de personnes qui ont fait une analyse. »

« J’ai vécu vingt-cinq ans de thérapie avec un psychiatre qui a remonté ses manches et recollé les morceaux un à un, j’avais 20 ans, il en avait 40, et bon sang, mon Dieu qu’il était beau ! J’ai été l’incarnation du transfert sur pattes pendant plusieurs années, maintenant, on en rit ensemble », se remémore quant à elle Stéphanie, 47 ans, après avoir vu la série.

« C’est une psychothérapie rock’n’roll »

« Je crois que je suis aussi en plein transfert sur Frédéric Pierrot, le psy qui est extraordinaire », plaisante de son côté Laurence, 51 ans. « Le personnage du psy est très présent, peut-être trop, c’est un point de vue, néanmoins, beaucoup de gens peuvent se demander à quel point ils n’aimeraient pas avoir un psy comme Dayan », commente Michaël Stora.

« Les faux patients qui agressent le psy m’ont tapé sur les nerfs. On a l’impression que le patient a le droit de maltraiter le thérapeute de par son langage et son comportement, ce qui est faux », déplore Isabelle, 60 ans. « Cette fiction fait de la psychothérapie ou de la psychanalyse un espace où il se passe beaucoup de choses. C’est une psychothérapie rock’n’roll », tempère Michaël Stora.

« Le confinement du cabinet du psychiatre libère les mots et les maux »

« J’ai beaucoup aimé mais la diffusion en cette période n’est peut-être pas propice ??? Trop de fragilité », s’interroge Caroline, 52 ans. « A l’heure où tout nous est interdit : bars, concerts, restos fermés, le confinement du cabinet du psychiatre libère les mots et les maux, la profondeur de l’écoute donne sens et importance à notre détresse, nos traumas, nos comportements à risque, nos crises de couple infernales », écrit Rose, 56 ans.

En pleine pandémie, « le cabinet de l’analyste est aussi un refuge et peut-être un lieu d’enfermement. Pendant 45 minutes, on est confiné avec son analyste. C’est une série qui renvoie à quelque chose du confinement », souligne Michaël Stora. Et de rappeler, qu’en cette période « dans laquelle nous sommes un peu tous en dépression, reliée à un contexte », « on a jamais vu autant de séries avec ces histoires de confinement et de couvre-feu. » Nul doute que parmi toutes celles à notre disposition, En thérapie, résonne particulièrement avec ce que nous vivons.