Comment Salto est devenue une plateforme cool ?

SURPRISE Moquée avant son lancement, Salto s’impose comme une plateforme de complément avec une offre pointue de séries étrangères

Anne Demoulin

— 

Salto est le fruit du partenariat de France Télévisions, TF1 et M6.
Salto est le fruit du partenariat de France Télévisions, TF1 et M6. — Salto
  • Moquée à ses débuts, Salto compte 200.000 abonnés en France.
  • Salto mise sur la diffusion d’une vingtaine de chaînes en direct, une plateforme de replay et une offre de streaming vidéo et des avant-premières.
  • Le catalogue de Salto propose toute une série de pépites étrangères.

Le vilain petit canard des plateformes de streaming ! « Netflix doit trembler avec l’arrivée de Salto », riait-on sur Twitter., « Salto : On a le crossover entre Joséphine l’Ange gardien et Plus Belle la Vie », moquait-on encore avant son lancement en octobre. La plateforme française Salto mérite-t-elle donc tant de haine ? Alors que la plateforme lance ce vendredi une série événement, le sequel du Silence des agneaux de CBS Clarice en « US + 24 », 20 Minutes fait le point sur cette plateforme devenue cool.

Peut-on vraiment reprocher aux groupes français TF1, France Télévisions et M6, d’essayer de formuler une offre alternative, avec des contenus hexagonaux et européens, face aux géants américains Netflix, Prime Video, Disney+ et Apple TV+ ?

Les moqueries, dont Salto a été victime, sont dues en partie au dénigrement quasi systématique d’une partie du public français vis-à-vis de la fiction télévisuelle française, alors même que professionnels américains ne manquent pas d’évoquer leur admiration pour les productions hexagonales :  Damon Lindelof, le créateur de Lost, admire Les Revenants, la star Sigourney Weaver était si enthousiaste à l’idée d’être une guest dans Dix pour cent qu’elle admet volontiers avoir dit « oui » sans avoir lu le scénario… Pour preuve de ce french bashing, les commentaires désobligeants dont a fait l’objet Je te promets, adaptation de la série américaine This is Us, avant même sa diffusion.

Salto en position d’outsider

Salto est en partie responsable des railleries qu’elle a subies. La genèse du projet a été longue et fastidieuse, et sa communication, malhabile. Delphine Ernotte, la présidente de France Télévisions avait, en 2018, présenté le service comme un futur « champion européen qui pèse (rait) sur la scène mondiale », ce qui a conduit les médias à présenter Salto comme le concurrent du géant américain Netflix, alors que les deux plateformes ne jouent pas dans la même catégorie.

La plateforme de Los Gatos compte 200 millions d’abonnés dans le monde, Salto affiche en janvier 200.000 abonnés (Netflix avait rassemblé 750.000 abonnés en moins d’un an lors de son lancement en France en 2014, à un moment où la concurrence sur le marché du streaming était bien moins féroce). Côté budget, on parle d’entre 135 et 250 millions d’euros sur trois ans pour Salto, tandis Netflix va investir 19 milliards de dollars dans ses productions en 2021.

Salto a bien raison de ne plus se présenter désormais comme un futur cador, mais comme une offre de complément. « D’ici une dizaine d’années, Salto ne sera pas incontournable dans le monde, mais Salto sera incontournable pour tous les publics français », a déclaré Thomas Follin, le directeur général de Salto, lors d’une conférence de presse en ligne le 15 octobre. Une humilité et une position d’outsider qui rendent la plateforme cool.

Salto propose de la « télévision enrichie »

Salto a surpris avec une proposition habile, mixant la diffusion d’une vingtaine de chaînes en direct, une plateforme de replay et une offre de streaming vidéo, la « télévision enrichie », selon Thomas Follin.

A la manière d’Arte.TV, Salto propose des séries événements comme Je te promets de TF1, Les Aventures du jeune Voltaire de France 2 ou Ils étaient dix de M6 en intégralité quelques jours avant la diffusion à l’antenne. La plateforme met aussi en ligne en amont de la diffusion les feuilletons quotidiens stars de TF1, France 2 et France 3 comme Demain nous appartient, Plus belle la vie et Un si grand soleil.

Le service mise, comme Arte. TV, sur un travail d’éditorialisation fort. Sur Salto, on peut même choisir sa programmation en fonction de son signe astrologique ! Ça prouve que la plateforme a de l’autodérision, et ça c’est cool.

Salto déniche des pépites

Le catalogue de Salto n’a pas à rougir. Outre les séries et fictions diffusées sur France Télévisions, TF1 et M6, Salto dispose d’une offre solide d’intégrales de séries cultes : Seinfeld, Parks and Recreation, The Office, Downton Abbey, Person of Interest, Fargo et à compter du 5 mars, The Big Bang Theory. La plateforme propose des séries américaines inédites en France comme Looking for Alaska ou Evil.

Si Arte. TV est devenue la championne de l’humour made in Britain, Salto se positionne également en dénicheur de pépites étrangères pointues. Le 26 février, la plateforme française va mettre en ligne Small Axe, l’anthologie du réalisateur oscarisé Steve McQueen, nommée deux fois aux Golden Globes. Salto a aussi fait l’acquisition de la série israélienne On The Spectrum, le coup de coeur de 20 Minutes de l’édition 2018 de Séries Mania, sacrée meilleure série par le festival lillois, une dramédie aussi touchante qu’hilarante, qui suit le quotidien de trois jeunes adultes, autistes, en colocation.

La coproduction britannico-australienne The Cry aborde de son côté le tabou de la détresse des jeunes parents qui accompagnent parfois l’arrivée d’un enfant. Une œuvre violente et exigeante en quatre épisodes. The Sister, mini-série britannique de Neil Cross (Luther) est un thriller aussi haletant que désarçonnant.

Pour ajouter un peu d’humour et de piquant à cette sélection Salto, la Québécoise C’est comme ça que je t’aime est une désopilante tragicomédie qui suit deux couples à l’été 1974 qui vont tuer le profond ennui de leur vie conjugale en devenant des criminels. Une série drôle, grinçante, déjantée, tout comme la flamande Callboys qui distille au travers le parcours dans les seventies aussi de quatre gigolos un peu bas du front qui lancent leur société d’escort boys son humour trash insolent. Et pouvoir conseiller une comédie trash flamande ou québécoise à quelqu’un qui vous demande que regarder après Le Jeu de la dame (série brillante, mais que tout le monde a vu), c’est cool !

Salto va prochainement débarquer sur la TNT

« Dans les prochains mois, Salto va arriver en TNT et sur certaines gammes de télé », a assuré Thomas Follin. Et ça c’est cool, parce que tout le monde n’a pas les moyens de se payer une télé connectée.

Salto lance son premier programme original

Salto a aussi pour ambition de développer des programmes originaux. La plateforme vient d’annoncer son premier projet : une série documentaire sur les massacres de la secte de l’Ordre du Temple Solaire survenus entre 1994 et 1997. Aux commandes, Jean-Xavier de Lestrade, Oscar du meilleur film documentaire en 2002 pour Un coupable idéal, à qui l’on doit aussi Laëtitia, la seule série française qui a été sélectionnée au Sundance Festival (disponible aussi sur Salto). Avec un positionnement adéquat, une proposition de diffusion pertinente, un catalogue loin d’être ridicule et un premier projet de création alléchant, Salto est vraiment devenue une plateforme cool.