« WandaVision » raconte le passé, le présent et le futur de la télé (et des super-héros à la télévision)

MAGNETO Entre références cachées et mises en abyme profondes, « WandaVision », première série Marvel de Disney+, amuse et excite sa communauté de fans avec talent

Anne Demoulin

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Elizabeth Olsen incarne Wanda dans « WandaVision ».
Elizabeth Olsen incarne Wanda dans « WandaVision ». — Marvel Studios
  • Alors que l’épisode 6 de Wandavision est mis en ligne ce vendredi sur Disney+, 20 Minutes analyse le twist final de l’épisode 5.
  • Il s’agit de l’apparition d’un personnage qui change radicalement les règles du Marvel Cinematic Universe, l’ensemble des films et séries Marvel.
  • WandaVision utilise mises en abyme et clins d’œil pour écrire le futur des super-héros à la télé.

Un caméo qui n’a pas fini de nous retourner le cerveau ! La fin du cinquième épisode de WandaVision, première série Marvel disponible sur Disney+ à raison d’un épisode chaque vendredi, a ouvert la porte à de fascinantes perspectives pour les prochains films et séries Marvel. « Dans cet épisode très spécial… », comme son titre l’indique, a cassé le quatrième mur et changé radicalement les règles du MCU (le Marvel Cinematic Universe, l’ensemble des films et séries Marvel) grâce à l’apparition surprise d’un personnage bien connu des fans…

Depuis son lancement, l’arme secrète de WandaVision est la  transtextualité, un concept théorisé par Gérard Genette en 1982. Pour le théoricien, la « transcendance textuelle du texte » est ce qui met le texte en relation avec d’autres textes, ici, WandaVision avec d’autres œuvres. Pas de panique, on vous explique en détail…

Une série liée aux comics Marvel et au MCU

Comme The Mandalorian avec Star Wars, WandaVision est une série connectée à tout Marvel. La série est officiellement l’adaptation de La Vision de Gabriel Walta et Tom King, un comics dans lequel l’Avenger synthézoïde emménage en banlieue, bien décidé à fonder une famille et mener l’existence paisible de la classe moyenne américaine. De nombreux éléments de la série évoquent aussi La Vision & La Sorcière, une série de comics parus dans les années 1980 et surtout House of M, paru en 2005, dans lequel une Sorcière rouge incontrôlable, cachée par son père Magneto et son frère Quicksilver, réécrit l’univers avec ses incroyables pouvoirs.

WandaVision est aussi évidemment liée à la saga cinématographique The Avengers et est située après les événements d’Avengers: Endgame. Elizabeth Olsen et Paul Bettany y reprennent leurs rôles de super-héros. On sait déjà que l’actrice sera à l’affiche de Doctor Strange in the Multiverse of Madness de Sam Raimi, attendu en 2022. Les événements de WandaVision sont donc jumelés d’une façon ou d’une autre à ce long-métrage. C’est ce que Gérard Genette appelle l’intertextualité.

Une série jumelée aux sitcoms américaines

A un second niveau, WandaVision conte l’histoire de la sitcom américaine. Le premier épisode intitulé « Filmé en public », réellement tourné en public et présenté au format 4/3 et en noir et blanc, pastiche le Dick Van Dyke Show, sitcom culte des années 1960, qui raconte le quotidien d’un scénariste d’émission de variétés comique de Manhattan.

Comme à la télévision, l’épisode est interrompu par une publicité. Cette dernière vante les mérites d’un toaster Stark Industries, qui produit un son qui évoque celui d’un décompte avant l’envoi d’un missile. Avant que Stark ne devienne Iron Man, une de ses armes a été utilisée pour bombarder Sokovia, tuant les parents de Wanda. Un événement évoqué dans Avengers: l'ère d'Ultron. « Oubliez le passé, c’est votre avenir ! », indique le slogan à la fin de la réclame.

Le générique de fin, à la manière de I Love Lucy, un monument télévisuel des fifties, montre quelqu’un regardant le show sur un écran de télévision. Une nouvelle mise en abyme. WandaVision est donc une métafiction autoréférentielle qui dévoile ses propres mécanismes par des références explicites.

Une série apparentée à l’histoire de la télévision

Dans « Ne zappez pas », WandaVision pastiche Ma Sorcière Bien Aimée, et la maison de nos deux héros change et copie l’apparence de celle de Samantha et Jean-Pierre Stevens. Et de glisser un easter eggs aux initiés Marvel, le couple est installé dans la maison 2800, en référence à Terre-2800, le numéro officiel de la dimension parallèle du MCU dans le multivers de Marvel. La publicité pour la montre Strucker, fait aussi référence au Baron Wolfgang von Strucker, qui a donné ses pouvoirs à Wanda, et à l’organisation Hydra.

WandaVision s’amuse avec les archétypes de la sitcom, comme celui de la voisine envahissante, Agnes (Kathryn Hahn), qui a des faux airs de Kimmy Gibler (Andrea Barber) de La Fête à la maison. La croissance accélérée des jumeaux de Wanda fait aussi écho à l’évolution parfois trop rapide des enfants nés dans les sitcoms d’une saison à l’autre, mais aussi au sort des enfants stars virés de leur série parce qu’ils grandissent trop vite.

La vie est un show télé

A un troisième niveau méta, WandaVision évoque les conditions de production d’une série télévisée. Lorsque Wanda tente de cacher sa grossesse à Géraldine dans un large manteau, puis derrière une corbeille de fruits, puis un gros vase, cela fait écho aux techniques utilisées dans les feuilletons pour camoufler le fait qu’une actrice est enceinte. C’est précisément ce que Gérard Genette appelle la métatextualité, c’est-à-dire le rapport critique qu’un texte entretient avec lui-même.

L’épisode 5, intitulé « Dans cet épisode très spécial… », a permis à la série de franchir un nouveau cap. On y assiste à des scènes d’un plateau télé que semble diriger la showrunneur Wanda. Les personnages semblent peu à peu prendre conscience qu’ils vivent dans une fiction. Agnes, qui a de bonnes chances d’être la puissante sorcière Agatha Harkness, propose ainsi à Wanda de refaire une prise, comme sur un plateau de télé. Vision devient de plus en plus soupçonneux sur l’étrange monde parfait dans lequel il vit. Cette technique de métafiction s’appelle une métaréférence.

Le twist qui rend tout possible

« On avait depuis longtemps l’idée de ce trope classique de sitcom avec le frère ou le parent qui débarque en ville et bouscule le quotidien de la famille », explique Jac Schaeffer sur Marvel.com à propos du caméo de la fin de l’épisode 5.

Sur le palier apparaît (à la grande surprise de Wanda) Pietro Maximoff (alias Quicksilver, le frère décédé de Wanda). Sauf que ce dernier n’est pas incarné par Aaron Taylor-Johnson, qui joue ce personnage dans le MCU, mais par l’acteur Evan Peters, qui campe ce dernier dans X-Men: Days of Future Past et X-Men: Apocalypse, films de la Fox.

Un caméo rendu possible par l’acquisition par Disney de la Fox et qui laisse imaginer un crossover entre le MCU et les X-Men comme le Professeur X de Patrick Stewart, le Magneto d’Ian McKellan, ou encore le Wolverine de Hugh Jackman. Dans le fandom, l’excitation est légitimement à son comble.

Entre les innombrables easter eggs et autres clins d’œil méta, WandaVision risque bien de rendre (à l’instar de son héroïne ?) ses fans fous !