« Skam » : « Pour Tiffany, il ne fallait pas aller là où les fans ont envie qu'on aille », raconte Déborah Hassoun

INTERVIEW Déborah Hassoun succède à Niels Rahou en tant que directrice de collection de « Skam France » de la saisons 7 de la version française de « Skam »

Propos recueillis par Anne Demoulin

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La saison 7 de « Skam France » met en scène Tiffany, nouveau personnage depuis la saison 6
La saison 7 de « Skam France » met en scène Tiffany, nouveau personnage depuis la saison 6 — Capture ecran France TV Slash
  • La saison 7 de Skam France est actuellement diffusée sur France TV Slash, et sur les réseaux sociaux.
  • Déborah Hassoun succède à Niels Rahou en tant que directrice de collection de « Skam France ».
  • Elle explique à 20 Minutes comment, avec son équipe de quatre scénaristes, elle a réussi à faire de la peste de la saison 6 l’héroïne de la saison 7.

Un pari réussi ! Déborah Hassoun succède à Niels Rahou en tant que directrice de collection de la version française de Skam. Elle explique à 20 Minutes comment, avec son équipe de quatre scénaristes, ils ont réussi à faire de Tiffany, la peste de la saison 6, l’héroïne de la saison 7, dont le 4e volet est disponible ce vendredi sur France TV Slash.

Qu’est-ce qui vous a donné envie de reprendre la direction d’écriture de « Skam » ?

J’ai surtout eu la chance qu’on me le propose ! Les producteurs Alban Etienne et Carole Della Valle ont pensé à moi parce que j’avais déjà travaillé sur des séries ados, un genre que j’aime beaucoup. J’avais dit à mon agent que j’aimais beaucoup Skam et il les avait appelés. J’ai donc sauté sur l’occasion quand on me l’a proposé !

On n’a pas trop de pression quand on débarque sur une série avec une grosse communauté de fans au bout de six saisons ?

On a beaucoup de pression, mais en même temps, l’idée est de surprendre les fans et de ne pas faire ce qu’ils attendent ou ce qu’ils ont déjà vu. C’est pour cela que j’ai été attirée par le personnage de Tiffany. Il ne faut pas forcément aller où les fans ont envie qu’on aille, parce que sinon, ils seraient déçus. C’est à la fois de la pression, mais c’est aussi marrant de jouer avec cette attente.

Cela suppose de s’adapter à ce qui a déjà été fait précédemment…

Ce qui est agréable quand on arrive sur une série qui existe déjà, aussi cadrée, c’est un peu une autoroute sans flics sur laquelle on nous dit : « Tu peux prendre la voiture que tu veux, rouler comme tu veux, faire des zigzags, mais il ne faut pas sortir de l’autoroute » Cela permet d’écrire un peu plus vite, parce que certaines choses ne sont pas possibles, en raison de la tonalité, pour des histoires de construction des scènes, ou de moyens de production. Il y a des codes qui sont posés et qui me permettent de me dire : « Ça, ce n’est pas possible, donc il faut trouver une autre idée. »

La tonalité a légèrement changé, non ?

L’idée est d’avoir des sujets compliqués, difficiles, mais en étant à hauteur d’adolescence, donc avec une certaine légèreté, des moments de joie et de groupe. On avait ça avec le Gang et le Crew, d’autant plus avec la Mif. Avant, il y avait un peu les garçons d’un côté, les filles, de l’autre, on avait envie d’un groupe très mélangé, métissé, plus LGBT aussi, avec un rapport au monde qui n’est pas le même. Ils ont vécu des trucs difficiles mais c’est un groupe où l’on sait se moquer de soi-même. C’est une tonalité qu’on a amenée en plus, et en même temps, il ne faut pas oublier d’où l’on vient.

Dans cette saison 7, les spectateurs sont donc un peu comme Tiffany lorsqu’elle découvre au café dans le premier épisode l’humour et l’autodérision de la Mif ?

Exactement ! Notre idée, je travaille avec une équipe de quatre auteurs, était vraiment que Tiffany découvre la Mif en même temps que le spectateur. Et que peut-être, ça le surprenne un peu, mais qu’il se rende compte assez vite que c’est une façon de gérer les malheurs qui amène de la légèreté. Quand elle dit à Max : « Moi, je n’ai pas l’habitude de parler des choses comme cela sans filtre », cela montre une Tiffany n’a pas été élevée de la même façon et qu’elle était jusque-là beaucoup dans le contrôle.

Pourquoi avoir choisi Tiffany comme personnage principal, la peste dans la précédente saison ?

Justement cela ! C’est un challenge pour un scénariste de prendre une antagoniste et d’en faire une héroïne. J’adore les films de lycée un peu caricaturaux, et qui finalement en apprennent un peu plus sur la vie. Je suis une grande fan de Mean Girls. Je voulais montrer pourquoi est-on une peste ? Pourquoi a-t-on besoin de perfection ? Ma théorie sur Tiffany et Lola, c’est que quelque part Lola a perçu l’imperfection de Tiffany. Et c’est cela qui rend Tiffany méchante avec elle. Pour Tiffany, c’est insupportable que l’on voit ses failles. Le déni de grossesse raconte cela aussi : un blocage psychologique, un contrôle inconscient de son corps.

Comment l’idée du déni de grossesse comme thème de cette saison est née ?

La productrice Carole Della Valle avait envie depuis longtemps de parler de la maternité. Dans Skam, comme le temps de fiction est le temps réel, il faut une histoire qui puisse se raconter sur deux mois et demi. Suivre une grossesse n’était pas possible. J’avais aussi l’impression qu’on avait déjà raconté et vu des histoires de filles qui tombent enceintes, qui gardent le bébé ou pas. Le déni de grossesse m’intéressait parce que c’est une peur que beaucoup de femmes ont et que c’est quelque chose d’encore assez méconnu. J’ai beaucoup lu sur le sujet par rapport à l’adolescence. Une association de médecins préconise qu’on enseigne le déni de grossesse au lycée comme la prévention, parce que plus on en parle, plus on a conscience que cela peut arriver, moins cela arrive. Ce thème me semblait pertinent par rapport à notre cible et aussi parce que cela raconte beaucoup de choses sur le corps de la femme. Le déni de grossesse arrive pour 1000 raisons, mais il y a toujours une histoire derrière, une famille, quelque chose de l’ordre de la pression sociale…

Pari réussi, les fans de « Skam » ont appris comme la Mif à aimer Tiffany…

Le teaser fort a beaucoup aidé pour qu’on soit tout de suite en empathie avec Tiffany. C’était notre objectif : qu’on soit dès le début et tout au long de la saison en empathie avec elle. Même si elle était avant une antagoniste, si on la voit accoucher sans qu’on sache ce qu’il lui arrive, c’est tellement une panique, qu’au pire on se demande ce qui lui arrive et on a envie de savoir et au mieux, on se demande ce qui s’est passé et comment on peut souffrir comme cela. La peur qu’elle a dans ses yeux montre à quel point Lucie Fagedet est une très bonne comédienne.

Les rapports entre Tiffany et sa mère ne semblent pas simples…

Tiffany a une pression sociale très forte. Sa mère est dans une sorte d’envie de perfection. Tiffany ressent cette pression en permanence, et forcément, le déni de grossesse est lié à cela. On ne fait pas un déni de grossesse par hasard. Les rapports entre la mère et la fille sont compliqués. Il fallait cela aussi pour être en empathie avec elle et que l’on comprenne pourquoi elle a harcelé Lola l’année d’avant. Elle reproduit des rapports de domination. On reproduit toujours ce qu’on vit à la maison.

Le Covid-19 est évoqué à une seule reprise, pourquoi n’avoir pas fait une saison de Skam en temps de pandémie ?

On a commencé les ateliers d’écriture en janvier dernier et fini fin février. Le Covid-19 était présent, mais pas comme aujourd’hui. Lors du tournage, on ne savait où on en serait lors de la diffusion. On a fait le choix du monde d’après. Il n’était pas question de voir les personnages masqués. Tout le monde est saturé du monde actuel. En allumant leur télé, les spectateurs veulent voir le monde tel qu’il était ou qu’il sera. On a discuté avec la chaîne pour savoir si le gommait totalement ou pas… C’est un peu compliqué de savoir ce qu’on fait avec le Covid, comme pour toutes les séries en ce moment. Skam est un monde où le Covid a existé, mais où il n’existe pas comme on le connaît aujourd’hui. Cela aurait été bizarre aussi de ne pas du tout en parler. Ce sont des choix subjectifs, faits un peu sur le moment. On peut se dire que tout est anecdotique par rapport à ce que l’on vit, mais non, les histoires de famille, les drames, les dénis de grossesse, tout cela continue à arriver malgré le Covid. C’est une question compliquée qui se pose sur toutes les séries aujourd’hui.