« Charisme » d’Omar Sy, rareté des séries françaises… Les raisons du carton de « Lupin » aux Etats-Unis

CULTURE Avec une seconde partie attendue cet été, la série française a séduit le grand public outre-Atlantique, mais aussi les critiques

Philippe Berry

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Omar Sy dans la série «Lupin».
Omar Sy dans la série «Lupin». — NETFLIX

De notre correspondant aux Etats-Unis,

Netflix tient donc son carton français. Après plusieurs fours (ah, Marseille…), Lupin semble parti pour être son troisième plus gros démarrage pour une série. L’entreprise américaine a donc vite annoncé l’arrivée de la seconde partie des aventures du gentleman cambrioleur incarné par Omar Sy pour l’été. Un succès planétaire auquel n’échappent pas les Etats-Unis.

Un vrai succès aux Etats-Unis… Qui reste difficile à mesurer

Netflix a annoncé en fanfare à ses actionnaires, mi-janvier, que Lupin était parti, après 11 jours, pour atteindre la barre de « 70 millions de foyers ayant décidé de regarder » la série sur quatre semaines. Attention, deux gros bémols : il s’agit à ce stade d’une projection – on devrait connaître les chiffres définitifs en milieu de semaine – et Netflix compte tout abonné connecté pour un minimum de… deux minutes.

L’opacité de Netflix sur les audiences signifie qu’on n’aura aucune idée de combien de personnes ont regardé la série, ou même un épisode, en entier. Et que ces chiffres sont impossibles à comparer aux audiences officielles mesurées par Nielsen pour la télévision traditionnelle. Mais ce qui est sûr, c’est que Lupin devrait dépasser sur Netflix Le Jeu de la dame (62 millions) et La Casa de Papel (65 millions) pour monter sur la troisième marche du podium, derrière The Witcher (76 millions) et Bridgerton (82 millions).

Ça, c’est dans le monde entier. Aux Etats-Unis, lors de sa sortie, Lupin s’est hissée en seconde position des programmes les plus regardés la semaine. Impossible d’avoir un chiffre précis – Netflix n’a pas répondu à nos sollicitations – mais c’est la première fois qu’une production française rentre dans le top 10 américain. Une performance d’autant plus remarquable qu’au pays de Raymond Chandler et de Colombo, le personnage créé par Maurice Leblanc restait un illustre inconnu.

Des critiques américains séduits et bienveillants

Mais la véritable surprise, c’est que Lupin a été accueillie avec enthousiasme par les critiques américains. Alors que les grosses ficelles et les invraisemblances ont relativement divisé les journalistes français (3.2 de moyenne presse sur Allocine), la fiction de George Kay et François Uzan est un home-run de l’autre côté de l’Atlantique : 97 % « fresh » (critiques positives) sur l’agrégateur Rotten Tomatoes et un score de 83/100 sur Metacritic. Pour The Atlantic, Lupin est « une adaptation proche de la perfection » et Slate en fait même d’emblée « un prétendant au titre de meilleure série de l’année ».

« Il y a un facteur nouveauté qui joue », juge Alan Sepinwall, critique en chef de Rolling Stone. Comprendre : les séries françaises, mêmes s’il y a eu des succès confidentiels comme Les Revenants, diffusé sur la chaîne Sundance TV, ne se sont jamais vraiment exportées avec succès. Alan Sepinwall fait le parallèle avec l’arrivée des premières séries britanniques aux Etats-Unis : « Je me souviens avoir parfois été dithyrambique alors que mes amis anglais me disaient : ''Ce n’est même pas notre meilleur show''. »

« Même si certains spectateurs regardent la version doublée en anglais, il y a un filtre du langage et de la culture. On pardonne davantage les ratés », acquiesce Robert Lloyd, du L.A. Times. Et même si Lupin est loin de l’image de carte postale d’Emily in Paris, « il y a un élément touristique presque romanesque de voir ces lieux français et parisiens. »

Le « charisme fou » d’Omar Sy

Alan Sepinwall, qui a mis 4/5 à la série, reconnaît volontiers les facilités scénaristiques. « Mais Omar Sy a un charisme fou et l’intrigue principale est tellement fun que j’ai arrêté de me poser des questions assez rapidement », confesse-t-il. Selon Robert Lloyd, le téléphone de l’agent de l’acteur français, installé à Los Angeles depuis 2014, devrait d’ailleurs « vite sonner ». Il vient de mettre en vente sa maison d’Hidden Hills mais Omar Sy avait indiqué début janvier au Parisien qu’un retour en France n’était « pas prévu ».

Révélé aux Etats-Unis par le succès d’Intouchables (10 millions de dollars au box-office américain), Omar Sy compte déjà plusieurs brèves apparitions dans des blockbusters à son actif (X-Men : Days of Future Past, Jurassic World et Transformers : The Last Knight). Mais pour devenir une star à Hollywood, « l’obstacle principal va être sa capacité à jouer en anglais et adopter différents types d’accent », estime Alan Sepinwall, afin de ne pas être limité à jouer le méchant français de service. Bref, Omar Sy va devoir prouver qu’il peut se fondre dans n’importe quel rôle. Comme Arsène Lupin.