« Ovni(s) » : Comment Thylacine réinvente-t-il la synthpop pour son envoûtante BO ?

MUSIQUE ELECTRONIQUE La bande originale, entêtante et tubesque de la série de Canal+ « Ovni(s) », mêle habilement les pépites des pionniers de l’électro aux compositions originales, signées Thylacine

Anne Demoulin

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Le compositeur Thylacine sur le tournage de la série « Ovni(s) ».
Le compositeur Thylacine sur le tournage de la série « Ovni(s) ». — Cécile Chabert
  • Ovni(s), création originale de Canal+ diffusé chaque lundi depuis le 11 janvier, suit les balbutiements du Gepan, un bureau d’enquête sur les extraterrestres, dans la France de Giscard.
  • La bande originale, entêtante et tubesque, mêle habilement les pépites des pionniers de l’électro aux compositions originales, signées Thylacine.
  • Comment le jeune compositeur a réussi à faire de la musique d’aujourd’hui avec des synthés des seventies ?

Un voyage dans le temps ! Ovni(s) suit, à la fin des années 1970, les balbutiements du Gepan, un groupe d’études sur les extraterrestres. Dans cette reconstitution fantasmée et joyeusement caricaturale de la France giscardienne, la musique originale de l’Angevin Thylacine s’entrelace divinement bien avec les airs signés par les pionniers de l’électro comme Jean-Michel Jarre et Tangerine Dream ou les mélopées disco de Cerrone ou Bernard Estardy. Comment Thylacine s’est approprié les codes de la synthpop des années 1970 pour signer une bande originale envoûtante de notre temps ?

« Ovni(s) est une série qui traite des racines d’un monde. Les années 1970 sont à l’origine de la French Touch, avec Jean-Michel Jarre en particulier, le compositeur le plus populaire à cette époque-là, », explique le réalisateur de la série, Anthony Cordier.

La bande originale d’Ovni(s) est placée sous les figures tutélaires du père de la musique électronique française et du groupe allemand Tangerine Dream, précurseur de l’électro expérimentale, avec le morceau Zero Gravity en guise de générique. « Anthony Cordier a une très grande culture musicale. Il a connu cette période et est allé chercher des génériques télés et plein de trucs qui ont beaucoup de sens », salue Thylacine, déjà à l’œuvre sur son dernier long-métrage, Gaspard va au mariage, sorti en 2018.

« Une énorme collection de synthés de l’époque »

« J’ai lu tout le scénario, le plus important. Ensuite, je suis allé sur le tournage, et j’ai pu découvrir l’atmosphère et l’ambiance qui se dégageaient. Je suis ensuite parti m’enfermer avec mes synthés », énumère-t-il. Afin de se plonger dans l’ambiance sonore des années 1970, Thylacine s’est rendu à deux reprises au SMEM [Swiss Museum & Center for Electronic Music] à Fribourg, qui dispose d' « une énorme collection de synthés de l’époque ».

« Thylacine a eu envie d’utiliser les sonorités de cette époque-là », commente Anthony Cordier. « J’avais envie de travailler dans les mêmes conditions qu’à l’époque, de faire ma musique à moi avec les machines et les synthés de l’époque », poursuit le compositeur.

« Ce qui est génial, c’est qu’il a du jeu »

L’artiste, « à la base, pas un fan des gros synthés » a pris beaucoup de plaisir à composer à l’aide de ses machines pachydermiques. « La difficulté, c’est que souvent, on ne sait pas comment ça marche. C’est une contrainte qui est plutôt positive, parce que ce qui est génial, c’est qu’il a du jeu », se réjouit-il. Outre le temps passé à appréhender l’instrument, les synthés peuvent provoquer des « accidents » : « On peut partir sur quelque chose, appuyer sur le mauvais bouton, partir totalement dans une autre direction et créer quelque chose d’improbable et du coup intéressant », se réjouit-il.

« Avec ces gros objets qui fonctionnent bizarrement, il y a un vrai rapport au jeu, hyperefficace en termes de créativité. On s’amuse et on est heureux, plus qu’avec un ordinateur, de fabriquer ces sons qu’on a vraiment l’impression d’avoir créés. Cela aide beaucoup à créer un morceau. »

« Je n’ai quasiment rien écouté de l’époque »

Thylacine n’a cependant pas réécouté les tubes électro et disco des années 1970. « Je ne voulais pas faire des copies », raconte-t-il. Pourtant, le vibrant et tubesque 1978, accompagné par la voix chaude de Yan Wagner, le planant Discovery, l’entêtant Gepan ou le « joyeusement naïf » Véra ont, avec leurs relents disco et leurs mélopées synthpop, la substance rafraîchissante des seventies. « C’était drôle de voir comment je n’ai quasiment rien écouté de l’époque et pourtant, dans ce que j’ai fait, il y a une touche bien forte, bien baignée de la période qui est venue naturellement des instruments que j’ai utilisés », commente-t-il.

« C’est la première fois où je me suis permis de faire des thèmes très naïfs, comme 1978, des petites mélodies de notes au synthé, que je ne me serais jamais autorisées en temps normal, parce que je n’ose pas faire quelque chose que je trouve un peu kitsch. » Tout le talent de Thylacine réside dans le fait de ne pas surjouer le côté vintage grâce à des boucles légères, claires et contemporaines. « En fait, j’ai pris énormément de plaisir à composer de manière très simple, avec très peu de couches », confie-t-il.

Résultat ? Cette BO, disponible sur les plateformes de streaming, allie parfaitement musique d’aujourd’hui aux pépites d’hier, et donne furieusement envie de dance floors transpirants. « Je suis content parce qu’une saison 2 se prépare et que je vais pouvoir retourner jouer avec mes synthés », conclut Thylacine.