« Etre à l’écoute, le "Doc" Andrea Fanti, c’est ça », estime Luca Argentero

INTERVIEW Rencontre avec Luca Argentero, le héros de « Doc », la nouvelle série médicale de TF1, lancée ce mercredi soir et inspirée d’une histoire vraie, qui va vous faire oublier le « Dr Mamour »

Propos recueillis par Anne Demoulin

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Luca Argentero campe le héros de « Doc », la nouvelle série médicale de TF1.
Luca Argentero campe le héros de « Doc », la nouvelle série médicale de TF1. — Fabrizio De Blasio/Lux Vide/Sony Pictures Television
  • Luca Argentero campe le héros de « Doc », la nouvelle série médicale de TF1, diffusée ce mercredi.
  • La série, inspirée d’une histoire vraie, a fait un carton au pays de Dante (l’épisode final a réuni 8,5 millions de téléspectateurs sur la chaîne Rai 1).
  • Rencontre avec l’acteur italien qui risque fort de vous faire oublier le Dr Mamour.

Après les américaines Grey’s Anatomy, Good Doctor et New Amsterdam, et la française Les Bracelets rouges, TF1 mise sur une série médicale italienne, qui a fait un carton au pays de Dante (l'épisode final a réuni 8,5 millions de téléspectateurs sur la chaîne Rai 1). Inspirée de l’histoire vraie de Pierdante Piccioni, un médecin urgentiste qui a perdu la mémoire après un accident de voiture, Doc  suit Andrea Fanti, un brillant médecin, qui voit sa vie basculer après que le père d’un patient lui tire une balle dans la tête. S’il survit à la fusillade, Andrea Fanti se réveille en ayant perdu le souvenir des douze dernières années de sa vie. Il va devoir se réapproprier sa vie et accepter l’homme qu’il était devenu… L’Italien Luca Argentero, qui campe le héros à trois différentes périodes de sa vie, a accordé à 20 minutes une consultation. 

Ma première question est pour les spectateurs français qui ne vous connaissent peut-être pas encore… Vous avez étudié l’économie et êtes devenu célèbre grâce au « Big Brother » italien, « Grande Fratello », comment est née votre vocation d’acteur ? 

Wouah ! Vous me faites parler de quelque chose qui s’est passé il y a vingt ans ! A l’époque, Big Brother était une sorte d’expérience sociale. J'étais jeune, et je ne sais pas si j'étais stupide ou courageux, mais après cela, on m’a proposé un petit rôle dans une série. J’ai répondu : « Je ne suis pas acteur, c’est à vos risques et périls ! » J’ai découvert ma passion et me suis dit que si je pouvais faire cela toute ma vie, je serais un homme heureux. J’ai mis tout mon temps et mon énergie dans ce domaine. Et les choses ont fonctionné : je tourne deux à trois films par an depuis une quinzaine d’années. J’ai travaillé avec des réalisateurs très importants, j’ai eu de bons professeurs. J’ai presque quarante-quatre ans et quelques cinquante films derrière moi. Depuis le début, je suis un gars chanceux ! 

Qu’est-ce qui vous a donné envie de jouer Andrea Fanti, ce personnage inspiré d’un vrai docteur, Pierdante Piccioni, dans la série « Doc » ?

Dès la première lecture du scénario, j’ai tout de suite su que Doc était une grande histoire et une belle opportunité en tant qu’acteur. Parce que dès la première saison, je joue trois versions du docteur Andrea Fanti. C’était aussi très intéressant d’avoir l’opportunité de traiter avec les vrais protagonistes de cette histoire. 

Avez-vous rencontré Pierdante Piccioni ?

Pierdante Piccioni a été vraiment impliqué dans toutes les étapes de la production depuis le début. Cette histoire est tirée de son livre, intitulé Meno Dodici (un ouvrage publié en 2016, encore inédit dans l’Hexagone, dont le titre signifie « Moins douze » en français). Il participe aujourd’hui à l’écriture de la saison 2. Nous avons échangé pendant des heures. On peut comprendre ce que signifie perdre douze ans de souvenirs, mais ce qu’il a surtout essayé de m’expliquer c’est à quel point le monde change en douze ans. Quand on se réveille avec douze ans de souvenirs disparus, on oublie à quel point les smartphones et  les réseaux sociaux sont entrés dans nos vies ou encore qu’il n’y avait pas de gratte-ciel à Milan, ni de sushi-bars. La compréhension de tout ce qui nous entoure change totalement.

Et pour la partie médicale, avez-vous eu une formation ? 

Avec tous les acteurs, nous avons passé deux mois dans un véritable hôpital à Rome dans le service du professeur Gandolfi. Une expérience incroyable ! Nous étions aux urgences, dans les salles d’opération en tant qu’observateurs discrets et polis. J’ai compris que je n’aurais jamais pu devenir médecin. Absolument pas ! Mais c’était très intéressant et nous voulions vraiment respecter le monde réel des médecins. Nous avons eu aussi des conseillers sur le tournage. Nous avons surtout compris  comment les médecins se parlent entre eux, comment ils parlent aux infirmières, aux internes. 

Julianna Margulies d’«Urgences » dit que c’est très difficile de jouer avec le jargon médical …

C'est difficile. C’est tout un nouveau vocabulaire à apprendre. Il faut juste s’entraîner… comme pour réciter une prière. 

Comment décririez-vous le Dr Andrea Fanti ou plutôt les différentes versions du Dr Fanti et lequel est votre préféré ? 

Mon préféré est celui qui est né de cette tragédie et que l’on apprend à connaître au fil de la série. Le jeune Andrea est très drôle. C'était un jeune médecin, enthousiaste, plein de vie, plein d'amour pour sa femme, ses enfants et pour son travail. Un homme plein de rêves. Le mauvais Andrea Fanti est un médecin détaché, égoïste et arrogant, mais je ne le blâme pas, c’est le résultat de la perte de son enfant. Ce qui les unit, c’est l’empathie. C’est quelque chose que je partage avec lui. L’empathie est le mot-clé de cette histoire, mais aussi celui qui convient à la situation que nous vivons tous en ce moment. S’occuper de celui qui est à côté, être à l’écoute, Andrea Fanti, c’est ça. 

Vous êtes récemment devenu papa, ce n’était pas trop difficile de jouer un personnage face au deuil de son enfant alors que votre compagne était enceinte ? 

C'était fou et tellement dur ! J'ai beaucoup de chance parce que j'ai une femme formidable. Elle comprenait mon état émotionnel quand je revenais à la maison le soir après le travail, après avoir pleuré toute la journée la perte d’un enfant et que j’embrassais son ventre. Emotionnellement, cela a été incroyablement difficile. Nous avons vécu cette grossesse pendant le premier confinement. Nous étions très inquiets de la situation. Alors, imaginer en même temps la perte d’un enfant ! Je pense que cela a été un élément clé de mon interprétation. Une grossesse, ce sont les montagnes russes des émotions, et j’ai gardé ces émotions en moi et je les ai laissées passer sur le tournage. Je remercie surtout ma compagne, Christina, parce que dans ces moments-là, on a besoin d’un bon partenaire.

« Doc » a été un immense succès en Italie, qu’est-ce qui fait de cette fiction, une série médicale différente des autres ? 

Ce qui fait sa particularité, et ce qui m’a convaincu de jouer dedans, c’est le fait qu’elle est inspirée d’une histoire vraie. Quand je vais au cinéma et que je vois à l’écran « inspirée d’une histoire vraie », mon cerveau fait preuve d’une étrange attention supérieure… Je ne sais pas pourquoi. En Italie, avant Doc, les séries médicales n’avaient pas énormément de succès. Ce succès incroyable est assez bizarre en Italie. Je ne sais pas ce qui s’est passé, mais c’est arrivé. Nous ne savons pas quelle a été la recette. Sur les réseaux sociaux, nous avons reçu plein de messages de remerciements du public. Je me dis que c’est probablement parce cette série montre l’empathie que nous éprouvons les uns les autres dans un moment où nous sommes si isolés de tous...

En France, et sur TF1 en particulier, les séries médicales ont beaucoup de succès… 

Et je suis très heureux de cette diffusion en France, et en même temps au Portugal et en Espagne. Cela signifie que nous travaillons de la bonne manière. Aujourd'hui, il faut penser à un public européen et c'est ce qui se passe. Nous sommes donc très fiers de la première saison de Doc.