« Gangs of London » : Quand une série met un coup de boule au cinéma d’action

ACTION Le réalisateur français Xavier Gens signe plusieurs épisodes de cette série coup de poing, diffusée le dimanche soir sur Starzplay

Vincent Julé

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«Gangs of London», une série où les réalisateurs - dont le Français Xavier Gens - ont pu poussé les voyants dans le rouge (sang)
«Gangs of London», une série où les réalisateurs - dont le Français Xavier Gens - ont pu poussé les voyants dans le rouge (sang) — Sky Atlantic
  • Diffusée outre-Manche en avril, la série Gangs of London est maintenant proposée sur Starzplay en France, à raison d’un épisode par semaine.
  • Dimanche soir, les téléspectateurs et téléspectatrices découvriront l’épisode 5, un morceau de bravoure ultra-tendu et violent, qui fait la nique au cinéma d’action.
  • Le réalisateur français Xavier Gens a participé à la série et raconte son expérience.

Vous n’en avez peut-être pas entendu parler, ou pas assez, et pourtant. Le meilleur film d’action de l’année est une série. Loin de nous l’idée de rejouer la guéguerre stérile film/série, mais force est de constater que l’action ne s’impose plus sur grand écran, ou se limite au grand écart entre les super-héros de Marvel et les chorégraphies de John Wick – avec un passage par les DTV fauchés avec Scott Adkins (les vrais savent). C’est bien beau, mais ça ne fait pas mal.

Or, depuis avril et sa diffusion sur Sky au Royaume-Uni, la série Gangs of Londonest lentement mais sûrement sortie de sous les radars, jusqu’à un épisode 5 qui a mis la tête des téléspectateurs et téléspectatrices à l’envers. Le public français pourra le découvrir dimanche soir sur Starzplay, avant d’enchaîner la semaine suivante sur les épisodes signés par Xavier Gens, réalisateur de genre incontournable en France, avec les films Frontière(s), Hitman ou The Divide, et au point de jouer les consultants sur le jeu District Z.

Une histoire de famille et de potes

Après 20 ans de règne et des milliards de livres blanchis, le mafieux le plus puissant de Londres, Finn Wallace, est assassiné. Par qui et pourquoi ? C’est ce que veut découvrir son fils Sean, en reprenant tant bien que mal le flambeau, aidé par la famille Dumani. Mais les différents clans de la ville se méfient, s’organisent, et une guerre des gangs est prête à éclater. Si Gangs of London se veut une tragédie shakespearienne dans le milieu criminel londonien d’aujourd’hui, elle est aussi une histoire toute simple de potes.

« Gareth Evans et moi sommes amis dans la vie, raconte Xavier Gens, de par les films qu’on essaie de faire depuis dix ans, avec le plus de liberté possible, parfois au sein des studios, le plus souvent de manière indépendante. » Gareth Evans est connu pour les deux The Raid, maîtres étalons du cinéma d’action contemporain, et il n’est pas interdit de voir Gangs of London comme le troisième épisode qu’il n’a jamais tourné. « Nous partageons la même vision du cinéma de genre, moins aseptisée, plus auteurisante, continue le réalisateur français. Comme pouvaient l’être les films des années 1970 et 1980, de William Friedkin, Paul Verhoeven ou John McTiernan. La série est un cri d’amour à ce cinéma-là, et nous avons poussé les potards. »

« Que chaque scène d’action soit un morceau de bravoure »

Nous, c’est Gareth Evans, Xavier Gens et aussi Corin Hardy (La Nonne). Les trois cinéastes se partagent les neuf épisodes, mais Gareth Evans, également co-créateur, s’est gardé quelques-unes des meilleures scènes d’action, dont le fameux épisode 5 et l’assaut d’une maison en temps réel, tension maximum et violence inouïe. Âmes sensibles s’abstenir. Quant aux amateurs de frissons, vous n’êtes pas prêts… « L’idée était que les scènes d’action soient un rendez-vous à chaque épisode, un morceau de bravoure, commente Xavier Gens. Mais ce n’est pas systématique, par exemple l’épisode 7, il n’y a pas d’action à proprement dit, il fallait remettre en place les personnages, les intrigues, et la confrontation se passe autour d’une table. Gareth voulait que j’apporte une touche européenne, française, aux épisodes plus orientés sur la narration ».

Un déchaînement de violence

Mais avouons-le, si le téléspectateur ou la téléspectatrice suit sans déplaisir ces jeux de pouvoir, parfois artificiels, il ou elle reste surtout pour l’action, qui n’hésite pas à surprendre, à durer, à faire mal, et frappe autant l’écran que les esprits. C’est une baston au couteau de boucher, le saccage d’un camp de gitans ou un déchaînement de rage dans une chambre d’hôtel. « Des scènes très brutales, très violentes, mais jamais gratuites », explique Xavier Gens, qui insiste également sur le rôle des femmes, devant (les scénaristes) et derrière la caméra (les actrices), et la volonté de « créer des femmes fortes dans un univers ultra-masculin ».

Impossible au cinéma ?

Si la télévision a déjà connu de vraies séries d’action (Banshee, Stricke Back, Warrior…), Gangs of London semble ne pas avoir de limite. « Parce que nous avions une liberté absolue, renchérit le réalisateur français. D’habitude, tu as une dizaine de jours pour tourner un épisode de série, or, nous avons pu avoir 20-30 jours, Gareth a eu une semaine pour la seule scène de baston avec le boucher. C’est un processus de fabrication inhabituel dans le paysage actuel. » Et impossible au cinéma ?

« Gareth a débloqué 30-40 millions d'euros de budget pour Gangs of London, là où il n’aurait eu que 10 millions pour un The Raid 3, éclaire-t-il. C’est comme David Fincher, qui fait des films du milieu, des films que les studios hollywoodiens ne produisent plus, donc il se retrouve à les faire sur Netflix. Je ne dis pas que c’est une obligation, mais c’est une possibilité. Une coexistence. » D’ailleurs, après des années à avoir essayé de le monter au cinéma, Xavier Gens développe son projet Vanikoro, sur le naufrage de Lapérouse, en… série.