Comment « Euphoria » est-elle devenue la série de la génération Z ?

CULTE A l’occasion de la diffusion de l’épisode spécial d'« Euphoria » sur OCS ce lundi, retour sur le phénomène populaire et arty du premier teen drama de HBO

Anne Demoulin

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Hunter Schafer et Zendaya dans la série HBO «Euphoria»
Hunter Schafer et Zendaya dans la série HBO «Euphoria» — HBO

La première série ado estampillée HBO a su capter l’essence d’une génération désabusée. Encensée par la critique et le public, la série produite par Drake, Euphoria, revient avec deux épisodes spéciaux, la pandémie de Covid-19 ayant retardé la production de la saison 2, attendue en 2021. Alors que la première partie, intitulée Trouble Don’t Last Always en version originale, est diffusée ce lundi à 20h40 sur OCS City en US + 24 et dispo à la demande sur OCS, retour un phénomène populaire et arty dont l’influence dépasse déjà largement la petite lucarne.

Un teen show qui capte la vérité d’une génération

Créée par Sam Levinson (le fils du cinéaste Barry Levinson) et basée sur la série israélienne éponyme créée par Ron Leshem et Daphna Levin, Euphoria raconte le quotidien d’une bande de lycéens lessivés en quête d’identité dans un monde ultra-connecté et hypersexualisé.

Au centre de l’intrigue, le coup de foudre entre Rue (jouée par Zendaya, 16 ans), toxicomane de 16 ans qui sort d’une cure de désintox, et sa nouvelle, lumineuse et fantasque camarade Jules (incarnée par la mannequin transgenre Hunter Schafer).

La transidentité n’est pas la caractéristique principale de Jules, tout comme la fluidité sexuelle n’est pas celle de Rue. Homo ou hétéro, cis ou trans… Euphoria cerne une génération qui veut se libérer des représentations binaires et des frontières de la sexualité, bien plus encore que Sex Education.

Si la série HBO a été un choc, c’est aussi parce qu’elle dessine une génération qui déprime. Née le 11 septembre 2001, Rue symbolise cette génération Z, qui a grandi dans la peur du terrorisme, des fusillades dans les lycées, de la crise de 2008, de l’accélération du réchauffement climatique, de la montée des populismes et du harcèlement en ligne. Trash, sombre et cynique, Euphoria tient du Skins contemporain, servi à la sauce HBO.

Un teen show esthétiquement supérieur à ses prédécesseurs

Euphoria est aussi une grosse claque visuelle. La réalisation de Sam Levinson et des trois réalisatrices qui l’accompagnent (Jennifer Morrison, Augustine Frizzell et Pippa Bianco) est ultra-léchée et stylisée. Chaque prologue, par exemple, sous la forme d’une origine story d’un personnage, tient du petit chef-d’œuvre, comme celui du pilote où l’on s’immisce dans l’utérus de la mère de Rue.

Le maquillage est un personnage à part entière. Le fard « aile de papillon » strassé de Maddy, le nuage autour des yeux de Jules et les larmes pailletées de Rue… A chaque fois, le make-up traduit précisément ce que les personnages ressentent. Un travail récompensé par un Emmy.

La génération Z a immédiatement adopté ces codes (pour preuve les milliers de photos sur Instagram et les centaines de tuto sur YouTube) tout comme les make-up artists sur les défilés : des larmes pailletées chez Fendi à l’aplat jaune surligné de blanc chez Anna Sui en passant par le cumulus oculaire chez Cynthia Rowley.

La bande-son, composée de chansons cultes de la scène rap des années 1990 et début 2000 comme Shook Ones Pt. II de Mobb Deep, 03' Bonnie and Clyde de Beyoncé et Jay-Z, ou encore I Know There’s Gonna Be (Good Times) de Jamie XX envoie du lourd et est savamment choisie pour accompagner la narration.

Un teen show qui sacre l’icône d’une génération

La série de HBO a révélé la puissance dramatique de Zendaya. La star d’Euphoria est entrée dans l’histoire des Emmy Awards en septembre en tant que plus jeune actrice à remporter le prix de la meilleure actrice dans une série dramatique, battant le record établi l’an passé par la star de Killing Eve Jodie Comer.

A 24 ans, l’actrice afro-américaine est en passe de devenir l’une des célébrités les plus emblématiques de la génération Z. L’actrice compte 80,7 millions de followers sur Instagram (contre 7,3 millions pour Nicole Kidman). L’ex-star de Disney Channel et des deux derniers Spider-Man est l’égérie du bien nommé nouveau parfum Lancôme, Idole. Elle est depuis vendredi le nouveau visage de Valentino : « C’est une jeune femme puissante et intense qui utilise son talent et son travail pour exprimer ses valeurs ainsi que celles de sa génération », résume parfaitement Pierpaolo Piccioli, le directeur artistique de la marque.