« Cheyenne et Lola », un « "Breaking Bad" dans les Hauts-de-France »

AMITIE La nouvelle série signature d’OCS « Cheyenne et Lola » met en scène l’amitié improbable de deux femmes prises dans l’engrenage du crime

Anne Demoulin

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Charlotte Le Bon et Veerle Baetens campent les héroïnes de « Cheyenne et Lola ».
Charlotte Le Bon et Veerle Baetens campent les héroïnes de « Cheyenne et Lola ». — Lincoln TV/Orange Studio
  • La série en huit épisodes Cheyenne et Lola est disponible ce mardi sur OCS.
  • Cette fiction, portée par Veerle Baetens et Charlotte Le Bon, raconte l’amitié improbable de deux femmes scellée par un homicide, qui vont devenir passeuses de migrants sur les ferries entre la France et la Grande-Bretagne.
  • « Le modèle dramaturgique, c’est Breaking Bad », explique à 20 Minutes Virginie Brac, la créatrice de cette œuvre singulière.

Une histoire d’amitié improbable, scellée par un homicide. Rien ne prédestinait les héroïnes de Cheyenne et Lola, diffusée à partir de ce mardi à 20h40 sur OCS Max et disponible en intégralité sur OCS, à se rencontrer. Récemment sortie de prison, Cheyenne ( Veerle Baetens) fait des ménages sur les ferries en rêvant de s’établir comme tatoueuse au Brésil. Lola ( Charlotte Le Bon), ancienne miss locale, vient de s’installer dans le Nord près de son bien-aimé, un petit escroc qui se prétend coach de vie, en rêvant de mariage.

Quand Lola tue au cours d’une violente altercation l’épouse de son amant, elle fait comprendre à Cheyenne, femme de ménage du couple et témoin involontaire du meurtre, qu’elle n’aura aucun scrupule à lui faire porter le chapeau si elle ne l’aide pas. Le début d’un « "Breaking Bad" dans les Hauts-de-France », résume la créatrice de la série, Virginie Brac.

« La dure » et « l’archétype de la bimbo »

Comme Jesse Pinkman et Walter White, les héros de Breaking Bad, tout semble de prime abord opposer nos deux héroïnes. D’un côté, Cheyenne, crâne rasé et caparaçonnée dans son blouson de cuir, est une mère courage qui encaisse les coups durs, coincée entre son époux, un violent braqueur en détention qui refuse le divorce, et une demi-sœur boulet à protéger.

De l’autre, Lola, « l’archétype de la bimbo », selon Virginie Brac, blonde, très belle et féminine, frivole et égoïste, a pour seule ambition de trouver un homme qui la prenne en charge. Le réalisateur « Eshref Reybrouck m’a demandé dès le casting si j’étais pour me teindre les cheveux en blond et j’ai dit “oui”. C’était la première fois et j’ai détesté », rit Charlotte Le Bon.

« Cheyenne pense au départ que Lola est stupide », lance l’actrice flamande Veerle Baetens, pour qui « le rôle de Cheyenne a été écrit », souligne Virginie Brac. Et d’expliquer : « Veerle est l’une des meilleures actrices au monde, elle est d’une beauté et d’une finesse de jeu incroyables et d’une émotion contenue. On voulait quelqu’un qui soit dur, parce qu’elle a une vie dure, mais qui est tout le temps dans l’émotion. »

« Une relation compliquée »

« Ce qui les unit au départ, c’est l’énorme bêtise que commet Lola », lance Charlotte Le Bon. La Québécoise a auditionné pour le rôle et « est arrivée comme un miracle. Elle est l’incarnation de Lola, parce qu’elle a l’humour, le décalage et la plastique », raconte Virginie Brac.

« C’est une relation compliquée », poursuit la scénariste. « Cheyenne va mettre du temps pour comprendre qu’elle ne peut pas fonctionner sans Lola, alors que Lola s’accroche à Cheyenne tout de suite, parce qu’elle a un profond vide affectif. »

Les deux femmes vont pourtant s’apporter des choses. « Lola va apprendre à Cheyenne à avoir plus confiance dans les autres et de ne pas devoir tout faire seule », estime Veerle Baetens. « Cheyenne apprend à Lola à être plus ancrée, plus loyale, à essayer de retenir son côté zinzin et à attirer un peu moins l’attention », énumère Charlotte Le Bon.

« Le modèle dramaturgique, c’est “Breaking Bad” »

Cheyenne et Lola vont se retrouver bien malgré elles prises dans un engrenage criminel. « Le modèle dramaturgique, c’est Breaking Bad, où chaque catastrophe porte le germe de la suivante. Elles vont progresser de catastrophe en catastrophe », explique la scénariste pour qui l’engrenage est la spécialité.

L’autrice a en effet publié ses premiers polars dans la collection « Engrenage » (éditions Jean Goujon) dans les années 1980. Virginie Brac s’impose ensuite dans le monde des séries en écrivant la saison 2 d’Engrenages sur Canal+.

Cheyenne et Lola vont faire appel au caïd local pour faire disparaître le cadavre qu’elles ont sur les bras, à la condition de payer 5.000 euros sous 24 heures. Les deux femmes vont ainsi se lancer dans un rocambolesque trafic de migrants.

« Ce ne sont pas des gangsters, mais juste des femmes qui ont besoin d’argent. Elles ne savent pas vraiment être trafiquantes, mais elles sont gonflées, et elles vont aller de plus en plus loin en réussissant leur coup de poker », explique la scénariste. Et d’ajouter : « Il y a évidemment une dimension féministe et sociale. Au bas de l’échelle, il y a toujours des femmes. »

L’amitié entre Lola et Cheyenne va passer par des hauts et des bas : « parce que Lola est quand même très cinglée et que Cheyenne est foncièrement morale », analyse Virginie Brac. Alors que Lola cherche l’enrichissement personnel, Cheyenne veut aider ses amies femmes de ménage. « Elles vont gagner sur les migrants parce qu’elles vont leur donner une meilleure vie que les autres trafiquants. Il y a une sorte de solidarité qui se crée au travers cela », considère Veerle Baetens.

« Un western » à la sauce flamande

Résultat ? Une histoire d’amitié aux accents de Thelma et Louise, même si à la différence du destin tragique de Susan Sarandon et Geena Davis, Virginie Brac préfère réserver à ses héroïnes une success story : « Parce qu’à chaque fois qu’on parle d’une amitié féminine ou de femmes qui s’allient pour faire quelque chose, à la fin cela échoue. Je ne voulais pas qu’elles échouent mais qu’elles réussissent. »

Si Breaking Bad était une sorte de western moderne à Albuquerque, Cheyenne et Lola, série tournée à Cherbourg, au Touquet et à Dunkerque, tient du western à la sauce flamande. Le réalisateur flamand Eshref Reybrouck « aime jouer avec les silences, les paysages et la façon de jouer est très minimaliste, cela passe beaucoup par les yeux », indique Veerle Baetens. « Et ce sont les codes du western », rappelle Charlotte Le Bon.

« Eshref Reybrouck connaît la beauté et la poésie du Nord, qu’on n’a pas l’habitude de montrer. On ne voulait surtout pas d’une série plombante à propos de trafic, de gens pauvres. Il y a une noblesse dans le western, une élégance, un côté rock’n’roll. Et cette élégance-là, le réalisateur flamand l’a trouvé. Et nos deux comédiennes, l’une canadienne, l’autre flamande, qui sont des filles du Nord, l’incarnent à merveille. C’est très important la poésie dans une série. Une série, c’est un univers », analyse Virginie Brac.

Et l’univers singulier de Cheyenne et Lola, même si rien n’est commandé pour l’heure, pourrait se décliner sur plusieurs saisons. « Tout le monde a signé pour trois saisons », conclut la créatrice Virginie Brac.