« Le Monde merveilleux de Mickey » : Peut-on faire tout (et n’importe quoi) avec la mascotte de Disney ?

ANIMATION La nouvelle série animée de Mickey montre la mascotte de Disney loin de l’image que l’on peut s’en faire, avec des histoires farfelues et un design moderne

Vincent Julé

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« Le Monde merveilleux de Mickey », nouvelle série animée de Disney+ avec Mickey et ses amis dans tous leurs états
« Le Monde merveilleux de Mickey », nouvelle série animée de Disney+ avec Mickey et ses amis dans tous leurs états — Disney
  • Suite spirituelle de l’anthologie Mickey Mouse, la série Le Monde merveilleux de Mickey est disponible sur Disney+, à raison de deux épisodes par semaine
  • La série revient au Mickey des débuts, blagueur, absurde, mais avec un design moderne
  • Fabrizio Petrossi, auteur, dessinateur et spécialiste de Disney, explique comment le personnage a évolué à travers les âges, entre respect et innovation

Mercredi, jour des 92 ans de Mickey, la plateforme Disney+ a mis en ligne les deux premiers épisodes du Monde merveilleux de Mickey, nouvelle série animée autour de la célèbre souris et ses amis. Les autres suivront à partir du vendredi 27 novembre, à raison de deux par semaine, pour un total de 10 épisodes de huit minutes.

Il serait d’ailleurs plus approprié de parler de courts-métrages, car la série est en fait la suite spirituelle de l’anthologie Mickey Mouse, qui, à partir de 2013, faisait se rencontrer l’esprit burlesque des premiers films Mickey et une animation plus moderne, plus proche de la production actuelle.

La preuve que Mickey n’est pas le ringard de la bande, et qu’il est possible de tout faire avec lui. Tout ou presque.

Adieu Oswald, salut Mickey

Passionné de Disney depuis l’enfance, lecteur puis dessinateur de Topolino, l’équivalent italien de notre Journal de Mickey, Fabrizio Petrossi a aussi joué les gardiens du temple au service Merchandising et Publishing de Disney à Paris, et signé la bande dessinée Mickey à travers les siècles (Glénat).

Mickey, il connaît donc, et rappelle que le personnage est né sous l’influence d’Oswald le lapin chanceux, dont Walt Disney​ avait perdu les droits et qu’il fallait remplacer. « Il a croqué sa souris la première fois lors d’un voyage en train entre San Francisco et Los Angeles, raconte-t-il. Mais il ne faut pas oublier le rôle joué par Ub Iwerks, le plus grand animateur de tous les temps. »

« Mickey a l’énergie de l’enfance »

Plane Crazy, Mickey gaucho, Steamboat Willie… Les premiers courts des années 1930 montrent un Mickey loin de l’image que l’on peut s’en faire, coquin, blagueur. Son côté plus gentil, humain, et même symbolique est arrivé la décennie suivante, « parce qu’il représente Walt Disney lui-même, explique le spécialiste. Il lui a donné son caractère, sa voix. Il s’identifiait à cet enfant, car Mickey est un enfant, un enfant héros malgré lui. Mickey se retrouve toujours dans des aventures sans être un aventurier, comme les enfants aimeraient vivre de grandes aventures. Il lui est parfois reproché d’être un personnage savant, mais je ne suis pas d’accord, Mickey a l’énergie de l’enfance. »

L’image de Mickey est ainsi née dans l’inconscient collectif, incontournable, immuable. Mais Fabrizio Petrossi apporte une précision importante : « Chez Disney, il y a des personnages classiques comme la Reine des neiges, qui sont les mêmes dans toutes leurs déclinaisons, film, livre, produits dérivés… Puis il y a des personnages historiques comme Mickey, à la fois stars de films d’animation et de bandes dessinées. La BD offre plus de liberté aux auteurs et dessinateurs pour apposer leur patte personnelle, apporter une valeur ajoutée. Mais sur le reste, le modèle doit être unique. On ne peut pas changer le moindre petit détail. » C’est ce qu’il a fait pendant près de dix ans à Paris, comme responsable de la direction artistique des personnages et de la formation des nouveaux dessinateurs.

Des histoires farfelues et des dessins enlevés

Ce qui ne veut pas dire que Disney n’expérimente pas. Fabrizio Petrossi en a été le premier témoin, lorsque, au début des années 2010, on lui a demandé, à lui et d’autres dessinateurs, de travailler sur un nouveau modèle de Mickey, qu’il a voulu inspirer par Charlie Chaplin. Il ne sait pas si ses dessins et storyboards ont servi, mais quelque temps après, la série Mickey Mouse débarquait avec ses histoires farfelues et ses dessins enlevés.

« Ils ont été recherchés l’esprit des débuts, avec plus de gags, un humour poussé, presque absurde, tout en ajoutant des nouveautés, une modernité dans le design, une dynamique dans la narration, commente-t-il. Il fallait que ce soit en ligne avec le reste de l’animation actuelle. » On pense à la chaîne Cartoon Network, au travail de Genndy Tartakovsky (La Laboratoire de Dexter, Samurai Jack), avec lequel a d’ailleurs travaillé Paul Rudish, réalisateur de Mickey Mouse et du Monde merveilleux.

Respecter mais innover

Quant à ceux qui se demanderaient « ah, OK, c’est ça maintenant le modèle de Mickey ? », il faut savoir que Le Monde merveilleux de Mickey n’est pas la seule série Mickey à l’antenne et cohabite avec Mickey et ses amis : Top Départ ! sur Disney Channel, spin-off de La Maison de Mickey, et bientôt avec Mickey Mouse Funhouse prévue pour 2021. Toutes reprennent le look classique de Mickey mais en 3D. « Il y a là aussi un choix particulier, un parti pris, en reprenant le modèle des années 1940, le personnage plus doux, très enfant, pour une cible jeunesse, le préscolaire », raconte le spécialiste.

Respecter ou innover, hyper classicisme ou changement radical, Fabrizio Petrossi aime les deux, répondre à une exigence pour une illustration de magazine ainsi qu’explorer et faire évoluer le personnage. C’est pourquoi ces œuvres de Mickey favorites sont aussi les plus expérimentales : Mickey perd la tête (1995) et son échange de corps, A cheval (2013) où Mickey crève littéralement l’écran, et Epic Mickey (2010), le jeu vidéo méta qui faisait se rencontrer pour la première fois Mickey… et Oswald.