« La Révolution » : La série Netflix dynamite l’histoire de France à la sauce fantastique

SANGLANT Les huit épisodes de la nouvelle production tricolore de Netflix, mise en ligne ce vendredi, proposent une relecture très libre de la révolution française

Fabien Randanne

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Julien Frison incarne Donatien de Montargis dans la série La Révolution.
Julien Frison incarne Donatien de Montargis dans la série La Révolution. — Netflix
  • La série La Révolution est en ligne sur Netflix.
  • Son pitch : Et si la prise de la Bastille avait été causée par une épidémie, portant le nom de « sang bleu », ayant contaminé la noblesse et poussé le peuple à se défendre ?
  • « La base reste la même, c’est la révolte du peuple pour son émancipation. Ce qu’on a apporté, c’est le côté fantastique, avance à 20 Minutes Amir El Kacem, qui incarne Pierre Guillotin. L’objectif était de parler à la jeunesse de 2020 et de lui faire comprendre qu’il faut avoir un but commun. »

La Révolution s’ouvre sur une citation prêtée à Napoléon : « L’histoire est un tissu de mensonge sur lequel on est d’accord. » Puis, une voix chuchote : « On dit que l’histoire est racontée par les vainqueurs. On oublie de dire qu’elle est réécrite avec le temps, transformée par les livres, réinventée par ceux qui ne l’ont pas vécue. »

Le concept de la nouvelle production française de Netflix, mise en ligne vendredi, est ainsi doublement souligné. Les huit épisodes proposent une relecture de la révolution française comme vous ne l’auriez jamais imaginée sur les bancs de l’école. Et si la prise de la Bastille avait été causée par une épidémie, portant le nom de « sang bleu », ayant contaminé la noblesse et poussé le peuple à se défendre ?

Une révolution fantasmée

Ce révisionnisme par le prisme du fantastique et de l’horreur pourrait faire bondir plus d’un Stéphane Bern. « Une historienne a relu le scénario pour qu’il y ait une crédibilité d’ensemble, mais cette uchronie, c’est surtout un rêve de cinéphile », explique à 20 Minutes Aurélien Molas, créateur de la série. Enfant de la génération Starfix, il fantasme davantage le XVIIIe siècle devant l’action du Pacte des loups de Christophe Gans qu’à travers la vision ampoulée d’Un peuple et son roi de Pierre Schoeller.

« On ne s’est pas éloignés tant que ça de la réalité : il y a eu du sang, des affrontements, les plus faibles opprimés par les puissants. La base reste la même, c’est la révolte du peuple pour son émancipation. Ce qu’on a apporté, c’est le côté fantastique, avance Amir El Kacem, qui incarne l’un des rôles principaux, le médecin Pierre Guillotin. L’objectif était de parler à la jeunesse de 2020 et de lui faire comprendre qu’il faut avoir un but commun. »

« Les anachronismes sont assumés »

A l’époque des « gilets jaunes » et de la pandémie de Covid-19, les huit épisodes trouvent plusieurs résonances. Si ces échos sont involontaires, il n’en demeure pas moins que le thème des idéaux taraude Aurélien Molas depuis un moment. Cela fait plusieurs années, qu’il avait en tête de « twister » un événement historique. « Le déclic est arrivé en 2005 avec les émeutes de banlieue : la méthode était discutable, mais le combat était légitime », explique-t-il. Il dit avoir été marqué par cette jeunesse qui lui semblait « ne pas savoir comment exprimer sa colère » et la question de la révolte est devenu son « obsession d’auteur ». Il l’a notamment traitée dans ses romans, dont le thriller La Onzième plaie, paru en 2010.

Le défi de La Révolution est de trouver l’équilibre entre la représentation du passé, ses accents actuels et les codes du genre. « Cela passe par la modernité du casting, la vision globale et par le fait, au niveau des dialogues, d’être à l’extrême limite sans jamais franchir la barre du pastiche, reprend le créateur de la série. On respecte certains codes mais on voulait que ça sonne juste, que ce ne soit pas théâtralisé. » « Les anachronismes sont assumés, ajoute Marilou Aussilloux qui incarne l’aristocrate Elise de Montargis. La ligne qui nous était fixée était de garder notre naturel et notre côté contemporain dans le langage. J’ai veillé à faire un compromis et à ne pas parler de manière trop relâchée car le statut de mon personnage ne le permettait pas. »

L’intrigue de la saison 1 se déroule en 1787, soit deux ans avant la prise de la Bastille. Si la suite n’a pour le moment pas été officialisée par Netflix, nul doute qu’Aurélien Molas l’a en tête. Il est fasciné par la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen et surtout son article premier : « Tous les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droit. » « C’est la plus belle phrase de l’histoire de l’humanité, estime-t-il. A quel moment des esprits se sont-ils concertés pour aboutir à cela ? C’est ça qui m’a inspiré : je voulais représenter, à travers des rebondissements, du genre, une jeunesse arrivant à l’idée que les hommes naissent libres et égaux en droit. Cette phrase est la plus universelle, elle restera jusqu’à la fin des temps. Il y a quelque chose de magnifiquement inspirant là-dedans. »