« Moah », la série préhistorique sans dialogue, ni musique, mais pleine d’humanité

OVNI OCS diffuse ce jeudi « Moah », une série qui suit la vie compliquée d’un homme préhistorique il y a 45.000 ans

Anne Demoulin

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Tigran Mekhitarian campe le héros de la série préhistorique « Moah ».
Tigran Mekhitarian campe le héros de la série préhistorique « Moah ». — Empreinte Digitale
  • « Moah », diffusée ce jeudi sur à 20h40 sur OCS City et disponible en intégralité à la demande, est la première série française en prise de vues réelles sans dialogue et sans musique.
  • Cette fiction en 10x26 minutes suit la vie compliquée d’un homme préhistorique, prénommé Moah.
  • L’acteur Tigran Mekhitarian raconte à 20 Minutes comment il s’est glissé dans la peau (de bête) du personnage, quasi muet.

Une série silencieuse qui va faire parler d’elle. Moah, diffusée ce jeudi sur à 20 h 40 sur OCS City et disponible en intégralité à la demande, est la première série française en prise de vues réelles sans dialogue et sans musique. Et pour cause ! Créée par Henri Debeurme, Benjamin Rocher (qui signe également la réalisation), Bertrand Soulier, d’après une idée originale d’Henri Debeurme, cette fiction en 10x26 minutes suit la vie compliquée d’un homme préhistorique, prénommé Moah, il y a 45.000 ans tentant de survivre dans un milieu hostile. L’acteur Tigran Mekhitarian raconte à 20 Minutes comment il s’est glissé dans la peau (de bête) du personnage, quasi muet.

« On disposait de 13 "mots" de vocabulaire »

Moah fait le pari audacieux d’une narration sans dialogue. Les émotions, les réactions et les intentions des personnages passent par l’interprétation des acteurs. « Je suis un enfant du théâtre. C’est justement cela qui m’a excité sur le plan du jeu », raconte Tigran Mekhitarian. Quelques onomatopées permettent d’exprimer les besoins essentiels comme « boire », « manger » ou « faire l’amour ». « Elles ont toutes été inventées par le scénariste Bertrand Soulier. En tout, on disposait de 13 "mots" de vocabulaire ». De quoi comprendre les tenants et les aboutissants de cette (pré)histoire.

Pour les souvenirs et les pensées les plus élaborées, le réalisateur Benjamin Rocher s’appuie sur un habile dispositif de plans en insert qui permet au spectateur de plonger dans la psyché des personnages. « Pour être franc, je tournais parfois des choses sans comprendre vraiment le pourquoi du comment. Quand j’ai vu la série, tout s’est remis en place », plaisante Tigran Mekhitarian.

« Pouvoir se faire comprendre sans être contemporain »

Pour préparer ce rôle atypique, Tigran Mekhitarian a revu quelques films de Charlie Chaplin. « Je me suis vite rendu compte que ce n’est pas cela qui allait m’aider, même si Chaplin est un bon repère pour la précision du corps. Ce qui est compliqué avec Moah, c’est de pouvoir être clair et se faire comprendre sans être contemporain. Les gens dans les films muets sont contemporains et le défi pour nous était de ne pas l’être », explique l’acteur.

Et d’ajouter : « J’ai aussi regardé La Guerre du feu, Les Croods et toutes les références que Benjamin Rocher nous a données, mais ce n’est pas cela qui m’a inspiré. » La véritable préparation a eu lieu lors des répétitions avant le tournage. « On s’est mis d’accord sur la façon dont les personnages devaient bouger. Benjamin ne voulait pas quelque chose de trop animalier, il ne voulait pas de singes. Il ne voulait pas non plus qu’on bouge comme en 2020. Il fallait trouver un juste milieu », détaille-t-il.

« Moah parle des relations entre êtres humains »

« Quand Moah regarde le ciel, il est heureux d’être là. Il est heureux de vivre. Il a le cœur sur la main et fera tout pour aider les autres s’il voit qu’il est dans le besoin. Il est naïf, mais aussi vif et intelligent. Il n’est pas forcément plus intelligent que les autres mais il se pose plus de questions. Il est plus curieux et cherche des solutions », résume-t-il. Mais l’homme préhistorique a un défaut : « Il aime le pouvoir. » Sous les cheveux crasseux et les peaux de bête, Tigran Mekhitarian réussit à insuffler beaucoup d’humanité au souffre-douleur de la tribu.

« Les personnages sont très humains et nous ressemblent, tout part de là », explique l’acteur. Le système patriarcal, la soif du pouvoir, la quête d’identité ou la première histoire d’amour, les thèmes abordés par cette série préhistorique résonnent étrangement avec les préoccupations d’aujourd’hui. « Comme dans une pièce de Molière, Moah parle des relations entre êtres humains : de trahison, d’amitié, de fidélité, d’amour, de jalousie. Il n’y avait que des choses contemporaines à jouer », estime-t-il. Et d’insister : « Après 45.000 ans, on n’a pas changé ! On est les mêmes, même si on a bâti des immeubles, on ne change pas ».

« Il fallait manger de la viande quasi-pas cuite »

Moah a été tournée à l’automne 2019 sur sept semaines, en Dordogne, notamment aux Gorges de l’enfer, le plus grand abri-sous-roche d’Europe, classé monument historique. « C’était difficile, on tournait dans la boue. Il pleuvait et il faisait froid. On portait des peaux de bêtes, il fallait manger de la viande quasi-pas cuite, on tournait dans des grottes par moins je ne sais pas combien, et pas une seule fois un acteur ou technicien ne s’est plaint », se souvient l’acteur.

Pourquoi une si grande abnégation ? « Tout le monde a senti qu’un tournage comme cela, il n’y en aurait pas deux. On sentait qu’on faisait quelque chose d’à part et de spécial. On voulait aller jusqu’au bout », confie Tigran Mekhitarian.

Résultat ? « La série, tantôt drôle, émouvante ou angoissante, est une prouesse narrative et visuelle », avait à juste titre salué Frederic Lavigne, le directeur artistique de Séries Mania lors de l’annonce de sa sélection de l’édition annulée pour cause de Covid-19. Tout à tour, drôle, burlesque, contemplative, cruelle, poétique et déroutante, Moah offre une vision inattendue de la nature humaine.