« Laëtitia », une fiction qui dépasse le simple fait divers autour du meurtre de Laëtitia Perrais

VIOLENCE Inspirée du meurtre de Laëtitia Perrais, la minisérie « Laëtitia » du réalisateur oscarisé Jean-Xavier de Lestrade, diffusée ce lundi sur France 2, dépasse largement le fait divers

Anne Demoulin

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Marie Colomb campe l'héroïne de « Laëtitia ».
Marie Colomb campe l'héroïne de « Laëtitia ». — Jérôme Prébois/FTV/CPB Films - Création graphique Patrick Tanguy/Nuit de Chine
  • France 2 diffuse ce lundi la minisérie du réalisateur oscarisé Jean-Xavier de Lestrade Laëtitia inspirée du meurtre de Laëtitia Perrais.
  • La série est l’adaptation de l’enquête d’Ivan Jablonka, Laëtitia ou la fin des hommes, prix Médicis en 2016 (Éditions du Seuil).
  • « Evidemment, c’est un fait divers qui raconte la mort atroce d’une jeune fille, mais ce n’est pas le sujet ni du livre, ni de la série », explique le réalisateur.

Il fallait toute la délicatesse du regard du réalisateur oscarisé Jean-Xavier de Lestrade pour mettre en images cette tragédie. La minisérie en 6x45 minutes Laëtitia, diffusée sur France 2 ce lundi à 21h05, revient sur le meurtre de Laëtitia Perrais, 18 ans, enlevée, violée et assassinée par le criminel multirécidiviste Tony Meilhon à La Bernerie-en-Retz, un village non loin de Pornic dans la nuit du 18 au 19 janvier 2011. La tête et les membres de la jeune femme seront retrouvés au fond d’un plan d’eau à Lavau-sur-Loire le 1er février 2011.

Ce fait divers se transforme en affaire d’Etat lorsque Nicolas Sarkozy, alors président de la République, avait mis en cause les juges sur la prévention de la récidive, précipitant quelque 8.000 magistrats dans la rue en février 2011. Pourquoi la fiction Laëtitia dépasse-t-elle la simple mise en images d’un fait divers sordide et monstrueux ?

« L’histoire n’a cessé de me hanter »

Laëtitia est l’adaptation de l’enquête d’Ivan Jablonka, Laëtitia ou la fin des hommes, prix Médicis en 2016 (Éditions du Seuil). « Evidemment, c’est un fait divers qui raconte la mort atroce d’une jeune fille, mais ce n’est pas le sujet ni du livre, ni de la série », explique Jean-Xavier de Lestrade lors d’une table ronde à l’occasion du Festival de la fiction de La Rochelle 2019.

D’abord réticent à « mettre en images » un livre « tellement fort et bien écrit », Jean-Xavier de Lestrade décide finalement de l’adapter avec Antoine Lacomblez. « L’histoire n’a cessé de me hanter jusqu’à ce que je me dise "non seulement, il faut le faire, mais c’est une absolue nécessité". »

« Une violence ordinaire, quotidienne, presque invisible »

Dans son livre, l’historien Ivan Jablonka aborde « le fait divers comme un objet d’histoire, et la vie de Laëtitia comme un fait social », résume les Editions du Seuil. Au-delà du fait divers, Laëtitia est une réflexion sur les violences faites aux enfants et aux femmes. « Au travers de la mort de cette jeune fille, on découvre un monde, une société dans laquelle il y a une violence ordinaire, quotidienne, presque invisible », résume le réalisateur.

Et d’ajouter : « Au fond, ce qui m’a frappé en lisant le livre, j’avais l’impression quelque part de lire Les Misérables de Victor Hugo, sauf que c’est maintenant, c’est aujourd’hui, c’est là, devant nos yeux. C’est ça qui est bouleversant. »

« J’ai voulu parler de la vie de Laëtitia »

« J’ai voulu parler de la vie de Laëtitia. Pas du cadavre découpé en morceaux, mais de cette jeune femme qui a eu des peines, des joies, des petits copains ; qui a traversé des épreuves, mais qui a eu sa part de bonheur », relate Ivan Jablonka.

Et quelles épreuves ! Après une enfance jalonnée de maltraitances, Laëtitia Perrais vivait avec sa sœur jumelle, Jessica, dans une famille d’accueil. Sa sœur était sexuellement agressée par son père de substitution. « Il en faut de la force de vie pour surmonter toutes les épreuves qu’elles ont vécues et arriver où elles sont arrivées », commente Jean-Xavier de Lestrade.

« On a rencontré Jessica, elle a lu le scénario »

La série s’est faite en collaboration avec la famille de Laetitia Perrais : son oncle et sa tante (le frère de leur père biologique et sa femme), et sa sœur. « On a rencontré Jessica, elle a lu le scénario. Si elle n’avait pas accepté qu’on le fasse, on ne l’aurait pas fait », indique-t-il, ne voulant pas les déposséder de leur histoire.

A l’écran, c’est Marie Colomb qui redonne une autre forme de vie à la jeune femme : « J’avais peur de ne pas être à la hauteur », raconte l’actrice. « Tous les comédiens avaient peur. Ce n’est pas fréquent d’incarner des personnages du réel aussi proches et encore vivants », souligne le réalisateur. A ses côtés, Yannick Choirat campe un enquêteur persévérant, Sam Karmann, un prédateur sexuel, Alix Poisson, une assistante sociale bouée de sauvetage, et Sophie Breyer, Jessica, la jumelle de Laëtitia.

Non, Laëtitia, première série française sélectionnée au Sundance Film Festival 2020 dans la section Indie Episodic, présentée au Festival de la Fiction TV de la Rochelle 2019 et à Séries Mania 2019, n’est pas une énième fiction relatant un fait divers, c’est un portrait émouvant qui redonne de l’humanité à une jeune fille que notre société n’a pas su protéger.