« Un homme ordinaire », une « fiction librement inspirée » de l’affaire Xavier Dupont de Ligonnès

FICTION M6 diffuse ce mardi « Un homme ordinaire », une minisérie « librement inspirée » de l’affaire Xavier Dupont de Ligonnès

Anne Demoulin

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Arnaud Ducret incarne Christophe Salin, un personnage inspiré de Xavier Dupont de Ligonnès dans « Un homme ordinaire »
Arnaud Ducret incarne Christophe Salin, un personnage inspiré de Xavier Dupont de Ligonnès dans « Un homme ordinaire » — Fabrice LANG / CAPA DRAMA / M6
  • M6 diffuse ce mardi Un homme ordinaire, une minisérie en quatre épisodes « librement inspirée » de l’affaire Xavier Dupont de Ligonnès.
  • Fiction oblige, la famille Dupont de Ligonnès devient ici la famille Salin, et Arnaud Ducret incarne Christophe Salin, un père de famille qui tue sa femme et quatre enfants.
  • Comment faire une oeuvre de fiction à partir d’un fait divers qui n’est toujours pas résolu ?

Neuf ans après les faits, l’affaire Xavier Dupont de Ligonnès fascine toujours autant et inspire la fiction. Un an après La Part du soupçon, téléfilm de TF1 porté par Kad Merad qui imaginait comment l’homme soupçonné d’avoir tué toute sa famille avait refait sa vie, M6 diffuse ce mardi Un Homme ordinaire, une minisérie créée par Anne Badel et Pierre Aknine, librement inspirée de la tuerie de Nantes.

Fiction oblige, la famille Dupont de Ligonnès devient ici la famille Salin. Les quatre épisodes suivent l’enquête de police, après que les cadavres de l’épouse de Christophe Salin, incarné par Arnaud Ducret, et de ses quatre enfants ont été retrouvés enterrés sous la terrasse de la demeure familiale lyonnaise en avril 2011. Mais la fiction de M6 suit aussi l’enquête parallèle menée par une hackeuse, interprétée par Emilie Dequenne, qui avait croisé par accident Christophe Salin, quelques jours avant la tuerie. Comment faire une œuvre de fiction à partir d’un fait divers qui n’est toujours pas résolu ?

« Au début, je ne voulais pas le faire »

« Ce fait divers est important. On a le droit de s’en emparer tout en spécifiant que ce n’est pas un documentaire », explique le scénariste et réalisateur Pierre Aknine, que 20 Minutes a rencontré lors d’une table ronde au Festival de la Fiction TV de La Rochelle 2019. « C’est une fiction, inspirée de la réalité. On a essayé d’être respectueux, sans arrêt », souligne la scénariste Anne Badel.

Ce qui intéresse les scénaristes, c’est la trajectoire du personnage : « Comment un homme ordinaire peut-il passer à l’acte ? », s’interroge le réalisateur. « Au début, je ne voulais pas le faire, confie Anne Badel. Il a fallu qu’on le comprenne. Comment faire avec un personnage qui apparaît comme détestable ? Pour témoigner de lui, on est obligé d’arriver à l’aimer par moments… Ce qu’il a fait est inimaginable, l’affaire Xavier Dupont de Ligonnès défie la raison ». Et pour tenter d’approcher le mystère Xavier Dupont de Ligonnès, « on a choisi une forme un peu kaléidoscopique et puzzle. »

« Un travail presque journalistique »

Les scénaristes ont d’abord mené l’enquête. « On a énormément lu, on a essayé de trouver toutes les traces, de rencontrer les personnes. On a fait un travail presque journalistique », détaille Anne Badel. « On a rencontré des gens qui l’ont côtoyé, après nous nous en sommes faits une idée personnelle », renchérit Pierre Aknine.

« On a été nourris de choses réelles », assume Anne Badel. Le fait que l’affaire ne soit pas résolue et toujours en cours « nous a obligés et permis de faire un pas de côté, en partant chaque fois d’un élément de réalité. Nous sommes devenus créateurs », poursuit la scénariste. « La limite de ce que nous avons écrit est ce qui nous semble vraisemblable pour notre fiction », commente Pierre Aknine.

« On s’est éloigné et on a inventé des choses »

Outre le nom des protagonistes, les scénaristes ont aussi inventé des situations qui ont pu exister. « Il y avait des lettres, et de ces lettres, on a fait des scènes. Ces lettres étaient tellement empreintes de vérité. On s’est éloigné et on a inventé des choses. On a émis des hypothèses, on peut ne pas être d’accord. Nous avons une conviction, mais c’est le sujet du dernier épisode », développe Pierre Aknine. « On n’est pas restés au niveau de la réalité, on a essayé d’aller au cœur d’une vérité. On est obligé de se positionner parce que sinon on ne pourrait pas finir la série », confirme Anne Badel.

Si l’affaire Xavier Dupont de Ligonnès s’est déroulée à Nantes, l’action d’Un homme ordinaire se déroule à Lyon. « A Nantes, ils ont été extrêmement perturbés. Chez les flics, des psys sont venus, rappelle le scénariste. On a choisi Lyon parce qu’il fallait donner une autre respiration et une autre luminosité. Cette affaire aurait pu se passer n’importe où. La famille Dupont de Ligonnès a beaucoup déménagé », poursuit-il.

« La fiction apporte la chair et l’émotion »

Mais que peut apporter la fiction par rapport à un documentaire ou aux 77 pages del’enquête publiée par Society cet été ? « Quand il y a quelque chose d’incompréhensible et une énigme totale, la fiction a toute sa part à jouer. Le fait d’incarner permet d’accéder à une forme de compréhension. Un documentaire ne peut pas le communiquer parce qu’il reste au niveau des faits et reste à distance », estime Anne Badel. « La fiction apporte la chair et l’émotion. Les personnages prennent vie. Cela donne un contexte. Le documentaire est efficace, réel, factuel. Là, les personnages ont de la chair », estime Pierre Aknine.

Cette chair, c’est Arnaud Ducret qui l’apporte, impeccable dans ce rôle à contre-emploi. « Il n’a pas joué, il a incarné », félicite le réalisateur. « J’ai bouquiné, j’ai regardé des documentaires. J’ai aussi essayé d’enlever tout ce qui faisait trop Arnaud Ducret. J’ai essayé de comprendre pour pouvoir l’interpréter », raconte Arnaud Ducret, ravi qu’on lui propose ce rôle : « En tant que comédien, c’est plus intrigant de jouer Xavier Dupont de Ligonnès qu’un prof de karaté. »

« Je suis allé à l’encontre de ce que je suis »

Et d’expliquer comment il a travaillé le rôle avec sa coach, Patricia Sterlin : « J’ai enlevé toute l’énergie que j’ai dans la vie. J’ai changé ma voix. J’ai cintré le personnage. Je suis allé à l’encontre de ce que je suis. Et avec tous les documentaires que j’ai vus, j’ai tenté de m’approcher de ce mec. »

De son côté, Emilie Dequenne incarne l’obsession du public pour l’affaire Xavier Dupont de Ligonnès. « Le personnage d’Emilie peut paraître un peu surgir dans cette histoire, mais là aussi, c’est un élément de réalité. Cette affaire est l’une des premières enquêtes qui a fait intervenir le Net d’une façon phénoménale. Le hacker a réellement existé. C’était un homme, on l’a transformé en femme, mais ils ont le même parcours », souligne Anne Badel.

« Ce personnage est obsédé par cette histoire »

« Ce personnage est obsédé par cette histoire, par l’envie de comprendre, et cela ne la lâche pas et lui donne une énergie folle », résume Emilie Dequenne, pour qui le challenge sur le plateau a été de jouer seule face à « des écrans, des claviers et des portables ».

« Il fallait que les deux personnages se rencontrent. Il fallait une scène d’ouverture où les deux personnages allaient suivre leur chemin. Ils ne sont pas souvent ensemble mais ils sont consubstantiels. Ils se répondent. C’est un couple », considère Pierre Aknine. Si le fait divers nourrit la fiction, notre obsession pour les faits divers aussi.