EXCLUSIF. « Skam France » : David Hourrègue quitte la série avec « le sentiment du devoir accompli »

INFO « 20 MINUTES » Le réalisateur des six premières saisons de « Skam » va passer la main. Il se confie en exclusivité à « 20 Minutes » sur cette décision

Le réalisateur David Hourrègue quitte « Skam »
Le réalisateur David Hourrègue quitte « Skam » — TimeArt/David Hourrègue
  • David Hourrègue a annoncé quitter Skam ce vendredi dans un live diffusé sur la chaîne YouTube de francetv slash.
  • Le réalisateur a choisi 20 Minutes pour s’expliquer sur ce choix.
  • Il s’exprime sur son intention de passer le flambeau, fait le bilan de ces trois ans passés derrière la caméra et se confie sur ses projets à venir.

Le papa de Skam va laisser s’envoler sa progéniture. David Hourrègue, le réalisateur des six premières saisons de la série, se retire après trois ans de travail de longue haleine. Avec lui, toute une partie de l’équipe technique fait ses adieux à la fiction de francetv slash, en même temps que la première génération de comédiens. Dans les prochains mois, Shirley Monsarrat sera derrière la caméra pour exprimer sa vision de la série. En exclusivité pour 20 Minutes, David Hourrègue explique son choix, revient sur cette épopée et les souvenirs qu’il en garde.

Pourquoi avez-vous pris la décision d’arrêter Skam ?

Au moment où on nous a proposé la suite, j’avais très envie de clôturer l’histoire de la génération avec laquelle j’avais commencé. Rapidement, on s’est rendu compte que ce serait plus compliqué pour des questions de droits de pouvoir faire exactement ce que nous avions en tête. Ça nous a d’autant plus motivés à écrire la fin d’une génération dans la saison 5 et de faire une saison 6 sur un sujet qui nous importait beaucoup, l’autodestruction et le deuil, et d’orchestrer un passage de relais le plus harmonieux possible. Ça aurait été un crève-cœur de voir tant de gens partir et de rester accompagner cette nouvelle génération. Comme j’ai donné tout ce que j’avais dans ce programme depuis trois ans, il y a une émotion bien sûr, le sentiment du devoir accompli, et une satisfaction de le laisser entre de très bonnes mains.

Dans la vie d’un réalisateur, ça représente quoi Skam ?

Ça représente un travail quasiment à temps plein puisqu’au-delà de la supervision de toutes les étapes artistiques, il y a aussi le suivi de près de la diffusion. On essaye d’être le plus pertinent, en voyant ce qui déclenche un écho, un débat, un rejet, une identification du public. Je n’ai jamais eu jusqu’alors une telle rencontre avec le public potentiel d’une œuvre. C’était un peu le désert dans les programmes jeunesse en France jusqu’à notre arrivée, et Skam n’a fait que confirmer l’énorme besoin pour ce type de programmes, et l’absolue certitude que le public ne veut plus être passif. Il veut interagir, s’exprimer, ou au contraire faire barrage.

Shirley Monsarrat vous succédera. Est-ce vous qui l’avez choisie ?

Je l’ai vivement conseillée. Il y a deux façons de partir d’un programme : s’en aller et dire « après moi, le déluge » ou, au contraire, proposer quelqu’un dont j’admire le travail et que j’aime en tant que personne. Elle va amener quelque chose de différent et de nouveau. On a énormément de respect l’un pour l’autre, on s’enrichit mutuellement lorsqu’on échange. Il faut beaucoup d’énergie et d’inventivité pour sortir des pièges éventuels de Skam, et Shirley n’en manque pas. Je suis extrêmement heureux qu’elle prenne la suite et impatient de voir ce qu’elle va en faire.

Est-ce qu’il y a eu une sorte de passation de pouvoir entre vous ?

On a eu des discussions avant qu’elle ne soit choisie. Si Shirley a des questions, elle viendra me les poser mais je ne me positionnerai jamais comme un papa. Skam est tellement changeant et mouvant que les conseils que je pourrais lui donner seront peut-être obsolètes par rapport à l’histoire qu’elle s’apprête à raconter. Elle sait juste qu’elle ne va pas beaucoup dormir dans les mois à venir, mais elle est très solide (rires).

Est-ce que Niels Rahou, le directeur de collection de la série, part avec vous ? Qu’en est-il du reste de l’équipe ?

On a eu une discussion il y a un an au moment de la signature des saisons 5 et 6 et on est tombés d’accord sur le fait de s’arrêter ensemble, avec cette vague de comédiens qu’on avait amenés et en faisant le passage de relais. Il y aura un changement très important. Mon équipe technique me suit sur mes futurs projets, comme mon chef opérateur et mon monteur. On a toujours Carole Della Valle, notre productrice, qui monte la garde sur l’identité du programme et sa nécessité d’évoluer. Je connais la plupart des gens qui prennent la suite, et ça reste quand même en famille.

Vous étiez présent à toutes les étapes de la fabrication : l’écriture, le casting, le tournage, le montage, la postproduction. Où vous épanouissiez-vous le plus ?

Chaque fois que j’ai espéré que quelque chose se produise, j’ai pu compter sur l’adhésion totale de l’équipe technique et des comédiens. Ils ont accepté de tout donner, et c’est ce qui fait qu’on ressort émotionnellement éreinté d’une saison de Skam. Ce qu’on a raconté contient tellement d’émotions que c’est un marathon émotionnel. Il y a eu plusieurs choses assez incroyables ; la pluie qui se met à tomber lors du baiser, le fait que les comédiens bravent la nuit, le froid, parfois les tempêtes pour jouer les séquences, le fait que Robin Migné [héros de la saison 5] brave sa peur de l’apnée pour descendre dans la piscine. Ça a été une expérience que je n’oublierai jamais.

Quel est le souvenir le plus précieux que vous gardez en tête ?

Je parlerais sans doute de la séquence de la fresque à la fin de la saison 5. On disait au revoir à toute une génération qui se donnait la main, ils faisaient un bloc, et il y avait ce regard que lançait Eliott à Lola. On avait peur de lancer notre bébé dans cette aventure et elle a gagné les cœurs et renversé des montagnes. Pour cette transition-là et tout ce qui a suivi, tout le monde était en larmes.

Quand on travaille pendant trois ans quasiment exclusivement sur une série telle que Skam, on imagine qu’on en ressort épuisé ?

Ce qui était le plus usant, c’était les deux premières saisons parce qu’on avait l’obligation contractuelle de suivre trait pour trait le programme norvégien. Je ne m’attendais pas vraiment à ça. Dans le fait d’aller quelque part chaque jour pour livrer une copie conforme, il y avait quelque chose de très dénaturant et on avait vite fait de perdre ce qui nous faisait vibrer. À partir du moment où Carole Della Valle est arrivée et qu’il y a eu cette envie d’aller très fort dans une direction différente, ça a été éreintant. On faisait sept séquences par jour. Mais quoi de plus beau que de se lever le matin pour raconter une histoire.

Quel bilan tirez-vous de votre sixième et ultime saison ?

On avait 17 jours pour tourner la saison 6. Je voulais épouser au plus près ce m’inspirait Lola et ce que me provoquait cette histoire. Il s’agissait de faire un écho très important à tous ces courriers qu’on recevait. Des Lola, il y en a des milliers parmi les spectateurs de Skam qui nous disaient parfois graver dans leur chair leur propre souffrance. Moi, j’ai vécu ce deuil qui jette soudain une ombre sur une famille. Pendant dix semaines, Lola mène ses combats, même s’ils ne sont pas finis et qu’on est très lucides par rapport à ça. Cette saison était à part, ça me tenait à cœur qu’elle le soit parce qu’il fallait aussi marquer une rupture franche avec la saison 5 et on a essayé au maximum de se concentrer sur cette histoire et de ne pas céder à la tentation de mettre tout le monde pour mettre tout le monde.

On imagine que c’est une nouvelle qui va affecter la « Skamily ». Comment expliquez-vous qu’une communauté s’attache autant à un « homme de l’ombre » ?

La très belle leçon de Skam, c’est qu’on peut être la star d’une saison et être au quatrième plan la saison d’après. C’est un travail monumental sur l’ego. Tout ça, c’est un épiphénomène. Dès la première minute de la saison 7, ce sera déjà du passé. Au-delà de moi, même Slash, le diffuseur, a appuyé le propos et le message. C’est ça, la véritable révolution de Skam. Au-delà du réalisateur et du dialogue des comédiens avec les spectateurs, même le diffuseur ne reste plus passif et entre dans la discussion. C’était quasiment du jamais-vu d’avoir un diffuseur aussi impliqué auprès de son public. En ce qui me concerne, je n’en fais pas grand cas. C’était une expérience incroyable et d’autres prendront bientôt les rênes, au-delà de mes émotions multiples.

Quels sont vos projets désormais ?

Je suis sur un gros projet, une série pour France Télévisions, qui fait écho à tous les cris qu’on peut entendre dans la rue actuellement, à une époque différente mais d’autant plus à l’ordre du jour. La situation actuelle fait qu’on avance, on y croit. On espère tourner à l’automne mais on avance prudemment, on ne sait jamais ce qu’il peut se passer.