Pourquoi « Perry Mason » est un reboot particulièrement réussi ?

POLAR Le reboot de « Perry Mason », diffusé ce lundi sur OCS, est un polar noir qui brille par sa mise en scène et son interprétation soignée

Anne Demoulin

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L’ex-star de The Americans, sacrée aux Emmy Awards en 2018, Matthew Rhys campe Perry Mason dans la série de HBO.
L’ex-star de The Americans, sacrée aux Emmy Awards en 2018, Matthew Rhys campe Perry Mason dans la série de HBO. — HBO
  • Matthew Rhys, le héros de The Americans, succède à Raymond Burr dans le costume de Perry Mason. 
  • La série Perry Mason de HBO est une histoire d’origine du héros, confiée au tandem Rolin Jones (Friday Night Lights) et Ron Fitzgerald (Westworld).
  • Perry Mason n’est pas (encore) un avocat de la défense réputé, mais un détective privé sans le sou...

Perry Mason avait-il besoin d’un reboot ? Probablement pas. Les plus jeunes ne connaissent pas ce personnage créé dans les années 1930 par le romancier Erle Stanley Gardner et incarné à l’écran par Raymond Burr. D’abord dans une série de 1957 à 1966, puis dans une ribambelle de téléfilms de 1985 à 1993. Pour les fans plus âgés de la série judiciaire, nul doute que seule Barbara Hale est la véritable Della Street.

Pourtant, dès 2011, Robert Downey Junior n’a de cesse d’en faire un remake. Il tente sa chance au cinéma, sans succès. En 2016, il tente d’enfiler le fédora de Perry Mason avec Nic Pizzolatto (True Detective) à l’écriture pour HBO. L’emploi du temps surchargé des deux hommes ne permet pas de mener à bien ce projet. L’acteur ne lâche pas l’affaire et devient le producteur exécutif de la série en huit épisodes HBO diffusée ce lundi à 21h en US + 24 sur OCS. Alors, l’ex-Iron Man a-t-il eu raison de déterrer le légendaire avocat incarné par L’Homme de fer ?

Si vous espérez revoir les joutes verbales qui permettaient à l’imposant Perry Mason d’obtenir les aveux des témoins dans les fictions judiciaires de CBS et NBC, passez votre chemin. La série Perry Mason de HBO est une histoire d’origine du héros, confiée au tandem Rolin Jones (Friday Night Lights) et Ron Fitzgerald (Westworld). Comme les versions télévisées précédentes s’intéressait peu à la vie privée de l’avocat, les deux scénaristes ont eu le champ libre.

Une « origin story »

Comme dans Penny Dreadful : City of Angels, l’histoire débute en pleine prohibition dans le Los Angeles en plein essor du début des années 1930 alors que les Etats-Unis traversent la Grande Dépression. Perry Mason (Matthew Rhys) n’est pas (encore) un avocat de la défense réputé, mais un détective privé sans le sou, qui se fournit en cravates à la morgue du comté. Paul Drake (Chris Chalk), un flic noir qui enquête sur la corruption du LAPD. Della Street (Juliet Rylance) est déjà une assistante juridique créative et sous-évaluée.

Une prestation impeccable de Matthew Rhys

Le fedora de cette version rajeunie de Perry Mason sied parfaitement à l’ex-caméléon de The Americans. L’acteur livre une prestation impeccable entre tourment intériorisé et explosions volcaniques.

Son Perry Mason souffre d’un trouble de stress post-traumatique après avoir combattu en France pendant la Première Guerre mondiale. Il hurle au téléphone avec son ex-femme. Une performance qui tient plus de celle d’Humphrey Bogart dans les costumes de Sam Spade ou un Philip Marlowe que de celle de Raymond Burr.

Une vraie série noire

Perry Mason est une vraie série noire. Dès les premières minutes, on pense au Dahlia noir ou à  L.A. Confidential de James Ellroy. Dans la foulée d’une enquête scabreuse impliquant une vedette de cinéma, Perry Mason et son bras droit Pete Strickland (Shea Whigham, vu dans Boardwalk Empire) sont embauchés par l’avocat E.B. Jonathan (John Lithgow, vu dans Dexter) pour résoudre une affaire trouble impliquant le kidnapping et l’assassinat effroyable d’un nourrisson.

Très vite, les soupçons se portent sur les parents (Nate Corddry et Gayle Rankin) sur fond de radio évangéliste portée par la charismatique sœur Alice (Tatiana Maslany, vue dans Orphan Black). Un whodunit classique à combustion lente qui s’appuie sur une imagerie totalement maîtrisée.

Une mise en scène soignée

L’atmosphère léchée de Perry Mason évoque en couleurs les films noirs de l’âge d’or de Hollywood au son feutré du saxophone. Une réussite que l’on doit à la réalisation soignée de Tim Van Patten, qui a notamment travaillé sur Boardwalk Empire et The Pacific (on y pense en voyant les flash-back de la guerre dans l’épisode 2) et Deniz Gamze Ergüven, qui a notamment travaillé sur The Handmaid’s Tale et à qui l’on doit le long-métrage Mustang.

Un exploit visuel que l’on doit aussi au directeur de la photographie David Franco qui a œuvré sur Game of Thrones ou Boardwalk Empire et à la costumière Emma Potter, qui a bossé sur True Detective. D’une série judiciaire datée, Perry Mason s’est muée en un polar aussi noir que brillant.