« Hollywood » : Ryan Murphy corrige l'histoire avec une version fantasmée et inclusive de l'usine à rêves

MYTHE Dans sa mini-série Hollywood sur Netflix, Ryan Murphy mêle fiction et réalité et « 20 Minutes » démêle le vrai de l’imaginaire

Anne Demoulin

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Une partie du casting de la mini-série "Hollywood".
Une partie du casting de la mini-série "Hollywood". — Netflix
  • Ryan Murphy et Ian Brennan signent Hollywood, minisérie en sept épisodes sur l’âge d’or des studios.
  • Les deux créateurs mêlent des stars réelles comme Vivien Leigh à des personnages fictifs. Ils imaginent aussi des scénarios imaginaires inspirés d’une histoire vraie.
  • 20 Minutes démêle le vrai de l’imaginaire.

Sexe, mensonges, gigolos et quelques vérités… Dans Hollywood, minisérie en 7 épisodes disponible sur Netflix, Ryan Murphy (Glee, American Horror Story) et Ian Brennan (The Politician, Scream Queens) revisitent l’âge d’or du cinéma hollywoodien à la manière de Quentin Tarantino dans Once Upon a Time... in Hollywood. Une usine à rêves plus inclusive, plus ouverte et plus représentative dès l’après-guerre… Avec son Hollywood fantasmé, Ryan Murphy, corrige l’histoire d’une industrie qui laisse encore trop peu de place aux minorités.

Alors que cette uchronie mêle fiction et réalité, 20 Minutes démêle le vrai de l’imaginaire.

Jack Castello est un personnage fictif

Hollywood suit les aventures de Jack Castello (David Corenswet), jeune vétéran qui rêve de devenir acteur et joue les gigolos pour gagner sa vie. Ce personnage est fictif, tout comme une bonne partie du groupe qui aspire à percer dans le showbiz : le scénariste Afro-américain Archie Coleman (Jeremy Pope), le réalisateur d’origine malgache Raymond Ainsley (Darren Criss) ou encore Camille Washington (Laura Harrier), personnage fictif inspiré des actrices Lena Horne et Dorothy Dandridge, première Afro-américaine nommée aux Oscars de la meilleure actrice.

Si Ernie (Dylan McDermott) n’a pas réellement existé, il est inspiré par Scotty Bowers, un marine américain, venu à Hollywood avec l’espoir de devenir acteur et qui a opéré des années 1940 aux années 1980 en tant que proxénète à partir d’une station-service similaire, comme raconté dans ses mémoires recueillies par Lionel Friedberg et intitulées Full Service.

Comme la petite bande de Hollywood, de nombreux jeunes naïfs, bercés par les sirènes du star-system, ont sombré dans la prostitution, comme le raconte Kenneth Anger dans son célèbre livre Hollywood Babylone et sa suite Retour à Babylone.

Hattie McDaniel est bien la première afro américaine à remporter un Oscar

Oscar Micheaux est le premier Afro-américain à écrire, réaliser et produire un film aux Etats-Unis, The Homesteader, en 1919. Dans les années 1920, en réaction au film raciste et à succès de D.W. Griffith Naissance d’une nation (où notamment les personnages noirs sont des acteurs blancs grimés), se développent les race films, destinés et vus, en ces temps de ségrégation, dans des salles exclusivement dédiées au public afro-américain.

Dans les productions destinées aux blancs de l’âge d’or hollywoodien, teintées de stéréotypes racistes, les acteurs noirs sont cantonnés à des rôles d’amuseurs, de musiciens de jazz, de malfrats ou de domestiques. Ils sont très présents dans les plantations films, qui décrivent des Sudistes dans de splendides demeures avec de nombreux esclaves, ne semblant pas mécontents de leur sort.

Dans Autant en emporte le vent, sorti en 1939, Hattie Daniels (Queen Latifah) campe Mammy, la nounou de Scarlett, parfaite caricature de la figure du noir tout dévoué à son maître blanc. Le 29 février 1940, Hattie Daniels est réellement devenue la première interprète afro-américaine à recevoir un oscar, comme meilleure actrice dans un second rôle.

La fin de la ségrégation, en 1948, signe la fin des race films. Il faut attendre les années 1960 et quelques réalisateurs progressistes dont John Cassavetes (Shadows en 1960), Norman Jewison (Dans la chaleur de la nuit en 1967), Stanley Kramer (Pressure Point en 1962, Devine qui vient dîner ce soir en 1967) pour voir des noirs dans d’autres rôles que ceux de chauffeurs ou de danseurs de claquette. Acteur fétiche de l’époque, Sidney Poitier est le premier Noir à recevoir l’Oscar du meilleur acteur en 1964 pour son rôle dans Le Lys des champs.

Les studios Ace, la quintessence des Big Five

Les studios Ace ne sont pas réels, mais ils représentent la quintessence des Big Five, ces cinq majors, soit les plus gros studios américains des années 1950, à savoir RKO Pictures, 20th Century Fox Film Corporation, Warner Bros. Pictures, Paramount Pictures et Metro-Goldwyn-Mayer. La porte où les figurants se réunissent pour obtenir un rôle est la porte Bronson de Paramount.

Avis Amberg, une femme au pays des studios

Avis Amberg (Patti LuPone) est un personnage de fiction, mais Ryan Murphy s’est inspiré de deux femmes ayant bien réellement existé, Irene Selznick et Sherry Lansing.

Comme Avis Amberg, Irene Selznick a vécu dans l’ombre de deux nababs hollywoodien, son père, Louis B. Mayer, un des fondateurs de la MGM, et son époux, David O. Selznick, le producteur d’Autant en emporte le vent. Après son divorce en 1945, elle se lance dans la production théâtrale et lance notamment en 1947 la pièce Un tramway nommé Désir, écrite par Tennessee Williams et mise en scène par Elia Kazan, qui révèle au public une des plus grandes stars du cinéma, Marlon Brando. Sherry Lansing est quant à elle la première femme à tenir les rênes d’un studio, la 20th Century Fox, en 1980.

Le scénario d’Archie Coleman s’inspire d’une histoire vraie

Le scénario du personnage fictif Archie Coleman s’inspire de l’histoire réelle de Peg Entwistle, une actrice à succès du Broadway des années 1920, installée à Los Angeles en 1932 dans l’espoir de percer au cinéma.

Après maintes auditions, elle décroche un rôle dans Hypnose en 1932, produit par David O. Selznick. Sa participation est coupée au montage, parce que son rôle comporte un sous-texte lesbien, estime les censeurs du code moraliste Hays.

L’actrice tombe en dépression, avant de se suicider en sautant de la lettre « H » du panneau « Hollywoodland » de Los Angeles.

Henry Willson, un célèbre agent et un prédateur

Henry Willson, joué par la star de The Big Bang Theory Jim Parsons, est un agent artistique qui a lancé notamment Robert Wagner et Lana Turner. Il a aussi découvert Roy Fitzgerald (incarné par Jake Picking), lui a trouvé son pseudonyme, Rock Hudson – en référence au rocher de Gibraltar (« Rock » en anglais) et à la rivière Hudson – et lui a fait refaire les dents.

Comme dans la série, le plus grand faiseur de star de l’époque contraint fréquemment ses talents à des relations sexuelles en échange de rôles, comme évoqué dans Rock Hudson, beau ténébreux.

Le tragique destin de Rock Hudson

Il a vraiment fallu 38 prises à Rock Hudson pour décrocher son premier rôle mineur dans le film Fighter Squadron (1948).

« Toutes les personnes avec qui Rock a travaillé, ou du moins, la plupart, des réalisateurs à l’équipe de production, savaient qu’il était gay », explique à NPR l’auteur Mark Griffin, auteur de la biographie All That Heavens Allow. Cette immense star n’a cependant jamais pu faire son coming out, ni vivre sa sexualité au grand jour.

L’acteur a même été obligé d’épouser la secrétaire de son agent, Phyllis Gates, pour faire taire les rumeurs sur sa sexualité. « Il était si gentil avec ses collègues, de sa partenaire à l’écran au monteur, que tout le monde acceptait de garder ce secret, pour lui », raconte encore Mark Griffin. Ce n’est qu’en 1985, alors qu’il se mourait du sida, que le grand public découvre son homosexualité.

George Cukor organisait vraiment des orgies

Dans la série, Vivien Leigh, héroïne d’Autant en emporte le vent, s’apprête à triompher dans Un tramway nommé désir, qui lui vaudra un Oscar. Ryan Murphy dépeint une femme très perturbée, en proie à des crises. La star souffrait de troubles bipolaires.

George Cukor, le réalisateur d’Une Etoile est née et My Fair Lady, était homosexuel. Il organisait vraiment des orgies les dimanches autour de sa piscine, comme le rappelle Los Angeles Times.

Anna May Wong et son Oscar mérité

Anna May Wong (Michelle Krusiec), première star sino-américaine à Hollywood, joue notamment dans Le Voleur de Bagdad avec Douglas Fairbanks en 1924. Lassée par les rôles stéréotypés qu’on lui offre, elle s’exile en Europe. En 1935, la MGM refuse sa participation à Visages d’Orient, adaptation du livre éponyme de Pearl Buck, en raison du code Hays interdisant les gestes intimes entre les diverses ethnies. De retour en Amérique à la fin des années 1930, elle tourne dans des films de série B et à la télévision jusqu’à sa mort en 1961. Anna May Wong n’a jamais eu d’Oscar dans la réalité, bien qu’elle l’eût mérité.