« Validé » : « Ces rappeurs célèbres donnent leur crédibilité à la série », explique Franck Gastambide

INTERVIEW Franck Gastambide signe la nouvelle création originale de Canal+, « Validé », toute première série française consacrée au rap hexagonal

Propos recueillis par Anne Demoulin

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Franck Gastambide joue Sno dans la série « Validé ».
Franck Gastambide joue Sno dans la série « Validé ». — Mika Cotellon - Mandarin Télévision/Canal+
  • Après les films Les Kaïra, Pattaya et Taxi 5, Franck Gastambide signe la nouvelle création originale de Canal+, Validé.
  • Validé est la première série française consacrée au rap hexagonal.
  • L’acteur, réalisateur et scénariste explique à 20 Minutes l’importance d’être « Validé » dans le monde du rap.

Dix ans après avoir créé la première Web série de Canal+ Kaïra Shopping et après les films Les Kaïra, Pattaya et Taxi 5, Franck Gastambide signe la nouvelle création originale de Canal+, Validé, toute première série française consacrée au rap hexagonal. Cette fiction suit l’itinéraire d’un jeune rappeur talentueux, qui se retrouve du jour au lendemain « validé » par une des stars du milieu. Rencontre avec l’acteur, réalisateur et scénariste aux manettes des 10 épisodes de 30 minutes, disponibles ce vendredi sur la plateforme Canal+Séries et myCanal.

Validé, c’est une référence au titre de Disiz la Peste ou à celui de Booba ?

Je pense qu’il y en a plus que deux chansons de rap intitulées « Validé », c’est un terme très courant dans le milieu ! Je cherchais un titre qui expliquait en un mot, ce qui est essentiel pour la carrière d’un rappeur. Pour être rappeur, il faut être validé par une maison de disques, par le public, par d’autres rappeurs, par la street, c’est-à-dire qu’il faut avoir un peu de crédibilité, c’est essentiel. La série parle d’un mec qui va être validé. Il y a eu comme une sorte d’évidence pour ce titre que j’ai trouvé bien avant tout le reste.

Comment expliquez-vous qu’il n’y a pas eu de série sur le rap en France avant Validé ?

Tout d’abord, il y a la question de la légitimité à pouvoir raconter une série dans le rap. Je ne suis pas sûr que l’on soit très nombreux réalisateurs français à être passionnés de cette musique. Le rap est un milieu particulier où il faut avoir des entrées pour faire en sorte que ce milieu participe à cette aventure. C’est un milieu de susceptibles, qui n’ont pas envie qu’on se moque d’eux. Donc, il fallait pouvoir rassurer les gens.

Et comment avez-vous pu les rassurer ?

Ma petite légitimité, c’est que je suis issu de cette culture-là, que mes films parlent tous de cette culture, que des rappeurs participent à mes films en tant qu’acteur ou sur les bandes originales. Je suis proche de beaucoup d’entre eux. Et l’autre case qu’il faut cocher, c’est d’avoir une légitimité et une crédibilité auprès des diffuseurs, et avoir de quoi les rassurer sur des capacités à livrer une série aussi ambitieuse et particulière que celle-ci.

Et comment avez-vous rassuré ces derniers ?

Je le dois au succès de mes trois premiers films, de toute évidence. Si je n’avais pas cette petite carrière, on ne m’aurait jamais confié une mission aussi ambitieuse que de faire la première série française qui se déroule dans le rap.

Pourquoi avoir choisi de faire une série et pas un film ?

Les séries font désormais dans nos vies à tous, c’est dans l’air du temps. Je n’y échappe pas, je suis accro à beaucoup de séries. Le sujet du rap français est un vaste sujet qui se prêtait beaucoup plus à la série qu’à un film. On est déjà en train de préparer la saison 2, c’est dire à quel point il y a des choses fascinantes et passionnantes à raconter sur ce milieu. Passer à la série était un nouveau challenge et une étape importante, je rêvais d’avoir ma création originale Canal+ !

Qu’est-ce que ça change d’écrire une série ?

J’ai découvert ce que c’était d’écrire dans une room à l’américaine, alors que j’écris mes films seuls. Là, ça se fait à plusieurs cerveaux enfermés dans un bureau pendant un an. Comment on rend une série addictive et prenante ? Pour ça, j’ai puisé dans tout ce que je connaissais, et je me suis aussi fait aider de tout un tas de consultants. C’est un travail d’équipe pour sortir dix épisodes de cette intensité-là.

Arte prépare une série sur la genèse de NTM, Canal+ propose Validé, pensez-vous qu’il y a quelque chose à dire précisément maintenant sur le rap ou la banlieue ?

Il y a dix ans quand j’ai fait Les Kaïra, et que le cinéma français faisait des drames sur la banlieue, mon propos était de dire qu’en banlieue, on rigole aussi beaucoup. J’avais envie de parler de la banlieue que je connais. Je n’ai jamais revendiqué être un porte-parole de la banlieue, en revanche, je revendiquais le fait de bien connaître la mienne.

C’est-à-dire ?

Les personnages des Kairas sont issus de ce que j’étais, un mec de Melun, avec mes codes, avec mes complexes de mec de Melun qui vient à Paris, qui s’habillait plus chez Intersport et Décathlon que dans des boutiques hip-hop chics de Châtelet. J’ai essayé faire de mes complexes une force comique. Avec Validé, je ne me sens pas du tout porte-drapeau de quoique ce soit, j’avais juste envie de décrire le plus justement possible ce milieu du rap que je connais bien et qui m’intéresse beaucoup, de raconter cette musique qui est devenue la première musique de France, avec tout ce qu’elle comporte de fascinant, passionnant et parfois dramatique.

Les séries américaines sur le rap vous ont-elles inspirées ?

J’ai pris pour référence des séries qui me touchent et que j’aime. Entourage, une sorte de Dix pour cent américain qui parle de l’inside d’Hollywood du point de vue d’un jeune acteur et de sa bande, est vraiment l’inspiration première pour Validé. Il y a ensuite, Gomorra, une série italienne incroyable, pour la photographie et les lumières.

Estimez-vous qu’il y a une spécificité de la scène rap française ?

A une époque, le rap français était une musique très militante. Nos parents pensaient que c’était un phénomène de mode, que cela allait passer. Cette musique est devenue la première musique de France et aujourd’hui, dans le rap français, on a tous les styles. On a des rappeurs festifs, plus durs… C’est une musique qui commencé dans des caves et des MJC et qui remplit désormais des Stade de France avec Maitre Gims, des stades Vélodromes avec Soprano, des stades partout en France avec Bigflo et Oli, l’U-Arena avec Booba. Cette évolution est la merveilleuse histoire du rap français.

Qu’est-ce que cette évolution a changé en France ?

J’ai commencé en écoutant NTM à 15 ans, et ça parlait d’une musique qui ne passait pas en radio, qu’on censurait ! Cette musique a la particularité d’avoir popularisé les codes de gens qui, très souvent, se sont sentis un peu exclus. C’est très positif ! Ça fait bien longtemps qu’on ne regarde plus de travers quelqu’un qui porte une casquette ou des baskets, parce qu’on écoute tous ou qu’on a tous des enfants qui écoutent des rappeurs et portent des casquettes ou des baskets. Cette popularisation de cette population stigmatisée ou associée à des mauvaises nouvelles ou à des choses négatives, c’est très positif. Voilà ce qu’à permis le rap français.

Clément et Mastar, sont-ils inspirés de rappeur en particulier ?

Je ne me suis inspiré de personne en particulier et de tout le monde en général.

Pouvez-vous nous parler d’Hatik, qui est une vraie révélation à l’écran ?

C’est la première fois que je tournais avec des gens que je ne connaissais pas, et surtout qui étaient des débutants. Pour les rôles de Clément, William et Brahim, je voulais trois révélations. Je tenais absolument qu’on s’identifie à ces mecs et il fallait pour ça trois inconnus, avec tout ce que cela implique de complications.

Et comment les avez-vous dénichés ?

On a fait un casting géant, on a vu tout un tas de p’tits mecs supers et on est tombé sur ces trois-là. Saïdou Camara qui joue William vivait en foyer. Hatik, qui joue Clément, n’avait pas du tout commencé sa carrière. J’ai repéré Brahim Bouhlel sur des petites storys Instagram. C’est un challenge. Quand on les prend, ils sont bruts. Pendant des mois, on a fait des répétitions et on en a fait des acteurs.

Moussa Mansaly incarne Mastar, un rappeur « embourgeoisé »…

On s’est trompé pendant longtemps en disant que lorsqu’on s’embourgeoise dans le rap, on peut plus rapper parce qu’on ne peut plus parler du quartier. Booba est l’exemple de la manière dont le rap peut évoluer. Booba fait des morceaux où il parle de sa vie à Miami et de sa Lamborghini, et on adore l’écouter ! Nos plus anciens rappeurs, IAM, NTM, Assassins, sont en train de vieillir. Pendant longtemps, on s’est dit on ne pouvait pas rapper jusqu’à 50 ans. J’ai été au dernier Bercy de NTM et je me suis rendu compte que si. L’énergie que Kool Shen et JoeyStarr envoyaient à Bercy était incroyable, folle et foutait des frissons. Booba a 42 ou 43 ans, et il est le numéro 1. J’ai finalement l’impression qu’on vieillit bien dans le rap !

Inès, campée par Sabrina Ouazani est un personnage féminin fort, dans un monde très masculin…

Les femmes comme Inès existent dans le monde du rap. Il y a des patronnes de label, des avocates, des femmes à poigne qui se font respecter par ces hommes. Et Sabrina était l’actrice idéale pour ça, elle est elle-même très familière du milieu du rap. C’est un personnage très important, essentiel, et qui nous rappelle que ces mecs ne sont pas tous des gros machos et que très souvent, derrière ces mecs, il y a une femme. Elles sont très présentes dans l’ombre des rappeurs.

Ninho, Soprano, Kool Shen, Lacrim, Mister V… On ne compte plus les guests dans « Validé »…

C’était le pari. On ne pourrait pas imaginer Dix pour cent sans acteurs célèbres. Ces rappeurs célèbres donnent leur crédibilité à ce projet en venant, c’était un vrai pari pour eux. Pour une majorité d’entre eux, j’avais leurs contacts perso comme Kool Shen. Soprano était dans Taxi 5, Mister V dans Pataya, Cut Killer dans les Kaïra. Pour d’autres, comme Ninho ou Mac Tyer, ce sont des personnes de mon équipe comme Moussa Mansaly qui ont contribué au fait qu’on puisse avoir la confiance de ces gens et qu’ils acceptent de venir tourner.

Parlez-nous de cette BO incroyable…

J’ai confié la BO à Moussa Mansaly. Je voulais une BO représentative du rap français et non pas une BO faite par une équipe. Je voulais que ce soit la Suisse cette BO et que tout le monde puisse y venir. Des rappeurs de tous horizons sont venus, même des gens qui ne s’entendent pas ou qui sont dans des labels concurrents. La réussite de cette BO, c’est sa feuille de match, on a vraiment des gros noms Gims, La Crim, Ninho ou Soprano. Tous ces gens par leur présence sur cette BO valident Validé, et c’est une victoire !

Avez-vous briefé ces artistes ?

Le but, c’était de rassembler tous ces grands noms sur la première série française sur le rap. Alors, on les a laissés libres de faire le morceau dont ils avaient envie. Certains parlent de la série, d’autres moins. Certains citent Validé, d’autres pas. L’essentiel était de rassembler une partie du rap français autour de cette série.