« Validé » sur Canal+ : La première série française sur le rap passée au crible des clichés

RAP Réalisée par Franck Gastambide, la série sera disponible vendredi sur Canal+ Séries et sur MyCanal

Clio Weickert

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Image extraite de la série "Validé" sur Canal+.
Image extraite de la série "Validé" sur Canal+. — Canal+
  • « Validé », la première série sur le rap, débarque vendredi sur Canal+ Séries et sur MyCanal.
  • Réalisée par Franck Gastambide, la série tourne autour de Clément aka Apash, un jeune homme qui débute dans le rap.
  • Bad buzz, clash, drogue, violence… « Validé » n’évite pas certains clichés, mais perd-elle pour autant en crédibilité ?

Des millions de fans en ont (probablement) rêvé, Franck Gastambide l’a fait. Validé, la première série française sur le rap réalisée par l’auteur des Kaïra et de Pattaya, sera disponible vendredi sur Canal+ Séries et MyCanal. Le bail ? Une dramédie de 10 épisodes de 30 minutes sur les coulisses de la musique la plus écoutée de France. On y suit ainsi le parcours de Clément, aka Apash, un petit dealer de quartier qui devient l’étoile montante du rap français. Un destin ponctué d’obstacles, de coups bas et d’opérations médiatiques.

« Validée » par de nombreux médias spécialisés (Skyrock, Mouv', Booska-p etc.) qui figurent en bonne place au cœur même de l’histoire, ainsi que par une tripotée de rappeurs français qui y jouent leur propre rôle (Kool Shen, Ninho, Soprano, Lacrim…), la fiction n’évite pas pour autant certains stéréotypes qui collent au rap. Buzz, clashs, drogues… Cliché ou pas cliché Validé ?

Une histoire de clashs

Si certains déplorent que le rap soit régulièrement réduit à ses clashs (pas besoin de vous faire un dessin), Franck Gastambide décide d’y plonger dès le départ, et d’en faire le fil rouge principal de son histoire. La série commence lorsque le jeune talent Apash (joué par le rappeur Hatik), du haut de sa vingtaine, défie gentiment Mastar, le boss du game, lors d’un freestyle surprise pendant son Planète Rap sur Skyrock. Après une rapide entente cordiale, la relation entre les deux artistes s’envenime, pour faire place à une rivalité de plus en plus agressive. Un combat de coqs se met alors en place, monté en épingle par les médias. En assumant clairement le parallèle avec l’affaire  Booba/Kaaris, une séquence met carrément en scène un règlement de comptes par téléphones interposés entre les deux rappeurs, en direct sur le plateau de Cyril Hanouna… Un poil too much ?

« Validé assume les clichés, parce que c’est ça, le rap, estime Moussa Mansaly, rappeur, comédien, et interprète de Mastar. Ça aurait été démago et hypocrite de faire une série sur un rappeur où tout est beau, tout est cool, tout le monde est gentil… Non ! Ce n’est pas ça la réalité ». Une réalité qui frôle parfois l’incroyable. « Quand tu vois deux rappeurs millionnaires qui se croisent à l’aéroport et se fritent, quand tu vois un rappeur qui se prend la tête avec un influenceur et qui décide d’aller en découdre… C’est surréaliste ! Et en même temps, cette série aide plus ou moins à comprendre ce qui peut amener des rappeurs à se taper. Ce qu’on montre dans la série, c’est propre au rap game. Tu ne verras jamais Benjamin Biolay et M se battre à l’aéroport… »

Du buzz à tout prix

Qui dit clash, dit buzz, et une fois encore, le réalisateur ne lésine pas sur la came. Du coup de sang sur un plateau à la vieille chanson que l’on déterre et qui insulte la France, en passant par un concert surprise immortalisé sur les réseaux sociaux, tout y passe. « Evidemment, c’est une série en 10 épisodes, et on a l’impression qu’il y a un enchaînement de tentatives de buzz qui sont énormes, explique Hatik, aka Clément/Apash. C’est comme dans Desperate Housewives quand on se dit qu’il y a beaucoup de meurtres pour une seule rue ! On raconte pleins d’histoires entremêlées et on les concentre sur 5 ou 6 personnages. Mais ça n’enlève rien au réalisme de la série puisqu’il y a des buzz véridiques, qui ont existé, ou d’autres qui pourraient très bien l’être. »

Pour Moussa Mansaly, Validé « est une série qui est en phase avec sa génération. On est dans le culte de l’image, du buzz, la génération Internet, avec tout ce qui fait qu’un buzz prend super vite, comme le contre-buzz, les stratégies… » On y découvre ainsi le rôle non négligeable des médias qui se nourrissent des coups d’éclat, et le goût des artistes pour les opérations de com. « Aujourd’hui le paraître est bien plus important que le message, malheureusement. Il faut faire avec, on vit dans une société où le fond apporte moins que la forme », analyse Hatik, qui met toutefois en garde contre l’abus de buzz : « Ça peut marcher mais il faut toujours que la musique suive, parce qu’un buzz on l’oublie vite, alors que la musique reste ».

Rap et deal

Fumette, deal, marijuana, cocaïne… Il nous manquait plus que la drogue pour terminer le tour des clichés. Et là encore, Franck Gastambide répond présent. Il plante le décor dans un quartier de banlieue, où se côtoient petits dealers et gros mafieux, et entremêle les embrouilles perso d’Apash à sa carrière musicale. Cliché et prévisible ? Pas tant que ça pour Hatik : « En tant que rappeur, je ne vais jamais me voiler la face, le rap a une image très axée sur la violence, le trafic… Mais les rappeurs sont les premiers à véhiculer ce truc-là, dans leurs sons ils parlent tous de ramener des tonnes de cocaïne de Colombie, quasiment tous aujourd’hui parlent de drogue. Mais c’est aussi que la drogue existe, le trafic existe, des quartiers survivent en grande partie grâce aux trafics de drogue. Et c’est de ces quartiers-là qu’émanent des rappeurs qui vont parler de leurs vies ».

Selon Hatik, Validé n’est pas là pour faire la promotion du rap, mais pour essayer d’en dresser un portrait aussi réaliste que possible : « Il y a aussi ça dans le rap. Le but n’est pas de vendre le rap comme la musique la plus populaire, mais de montrer aussi les aspects négatifs qui existent ». Malgré quelques lourdeurs, la série n’en reste pas moins prenante et portée par acteurs qui rappent aussi bien qu’ils jouent la comédie, et apportent du crédit à Validé.