« H24 » : « J'ai mis mes propres larmes dans Florence », confie Frédérique Bel

INTERVIEW Frédérique Bel campe Florence, une infirmière dépendante à la morphine, dans « H24 » ce lundi sur TF1

Propos recueillis par Anne Demoulin

— 

Frédérique Bel incarne Florence dans la série « H24 ».
Frédérique Bel incarne Florence dans la série « H24 ». — Gilles Gustine

Adaptée de la série médicale finlandaise à succès Syke, H24, diffusée ce lundi à 21 heures sur TF1, suit le quotidien de quatre infirmières dans un service d’urgences. Frédérique Bel campe l’une d’elle, Florence, une infirmière qui souffre d’une dépendance à la morphine. Rencontre avec l’actrice qui livre une interprétation tout en émotions.

Qu’est-ce qui vous a donné envie de jouer dans H24 ?

Je rêvais d’un rôle dramatique depuis longtemps ! TF1 a tendance à me donner des choses étonnantes, comme le rôle de Camille, la tueuse en série transgenre dans La Mante. Quand j’ai passé le casting, je me suis dit que ce serait tellement chouette si je pouvais enfin montrer ma fragilité. Cela m’a touché de voir que TF1 me faisait confiance.

Avez-vous regardé la version finlandaise originale de la série ?

Je n’ai pas vu la série finlandaise parce que je ne voulais ni imiter, ni être frustrée, ni me challenger sur un truc bizarre de vouloir ressembler absolument à une Finlandaise parce qu’elle joue très bien. Je voulais créer ma propre vision de Florence.

Comment voyez-vous votre personnage, Florence ?

Elle pourrait être moi si j’étais infirmière. Je suis idéaliste et elle a cet idéal de sauver les gens et de donner de l’espoir à tous ses patients. Elle a voué sa vie à son métier. Malheureusement, lorsqu’elle a signé pour devenir infirmière, elle n’a pas intégré la mort. Elle est hypersensible et j’ai aussi ce point commun avec elle. Elle est devenue ingérable parce qu’elle doit cacher quelque chose. J’ai décidé de l’avaler. Je n’ai rien composé, j’ai joué moi. Florence a ma voix, ma façon de bouger, ma façon d’aimer et de pleurer aussi.

Votre interprétation est toute en sensibilité…

Je ne savais pas comment font ces acteurs qui pleurent sur commande. Je n’ai pas eu de formation dramatique à la base. Je me suis demandé comment faire. Et je me suis réfugiée dans quelque chose d’assez intime puisque mon papa a eu un souci de santé assez grave il y a quelque temps. Chaque fois que je poussais une porte de l’hôpital, je pensais que c’était mon papa derrière. Sauf que lorsque vous faites cela pendant trois à quatre mois, vous sombrez. J’y ai mis mes propres larmes. Je n’ai pas réprimé ce glissement puisqu’il m’était utile. Avant, je ne comprenais pas les comédiens qui disaient à la radio : « Je me suis mis en danger pour ce rôle ». Je me disais : « Ça va ! Tu n’as sauvé personne ! Tu n’as pas opéré à cœur ouvert ! Tu n’es qu’un acteur ! ». Je sais maintenant ce que cela veut dire d’y laisser des plumes. Oser emmener sa fragilité devant les gens… J’ai beaucoup stressé, j’avais peur de ne pas y arriver. Quand les larmes, l’émotion et la sincérité ont commencé à venir, j’ai commencé à appeler mon père tous les soirs pour lui dire que je l’aimais. C’était n’importe quoi ! J’y ai mis un peu trop de moi-même. J’ai tout donné.

Vous avez refusé la préparation technique…

Je déteste les hôpitaux et j’y ai perdu une grande partie de ma famille. J’évite, c’est bourré de maladies nosocomiales. Et puis, j’imagine aussi que le jour où j’aurai besoin de me faire opérer, je n’aurais pas forcément apprécié que des comédiens viennent regarder mon intervention. Sur le plateau, un infirmier nous montrait les gestes. Et puis, à partir du moment où mon personnage est toujours entre deux shoots, soit elle est extrêmement détendue et un peu flottante, soit elle est en manque et elle tremble. Donc, elle n’est pas apte à faire un geste précis, elle est gauche sous produits, donc je n’ai pas à apprendre les gestes qu’il faut.

Vous n’êtes donc pas une fan des séries médicales ?

Pas spécialement, non. Quand je tombe dessus, je regarde. Mais je n’ai pas suivi de séries médicales. Moi, j’aime la romance, qu’on me raconte des histoires, c’est ce que j’aime dans cette série H24.

L’originalité de cette série est de mettre en vedette les infirmières…

Oui, parce qu’on leur rappelle sans cesse qu’elles ne sont « que des infirmières » et on met toujours en avant les chirurgiens. Même dans les séries télé, les infirmières souffrent de leur condition. C’est chouette d’aller regarder ce qui se passe au « bas de l’échelle ». C’est terrible de dire cette phrase parce qu’elles sont tellement plus hautes que nous. Nous, on ne sauve personne, on essaye de distraire les gens devant leur télé. Dans l’échelle de l’humanité, les infirmières sont bien au-dessus de beaucoup de gens. On aura tous une Florence à nos côtés au moment de notre mort. C’est dommage qu’elle soit sous-payée ! C’est super qu’on ait mis l’accent sur elles.

Et d’être centré sur des personnages féminins aussi ?

Je suis contente parce que TF1 ose faire des choses avec les femmes. La Mante, Le Bazar de la charité et maintenant H24. J’aime l’idée de cette féminité qui passe dans une chaîne démocratique, hertzienne, gratuite. J’aime l’idée que mes parents puissent allumer la télé et me voir. Je n’ai aucun snobisme vis-à-vis du fait que je fasse plus de cinéma que de télévision. Les supports, c’est un détail. Je suis bouddhiste, donc je prends vraiment ce qu’on me propose. Dans H24, une rousse, un territoire inconnu, le drame. Allons-y ! Tout ce que je fais est très vu, mon agent dit que je suis le trèfle à quatre feuilles du cinéma français. Quand je suis éjectée d’un film une semaine avant de tourner parce que le producteur a rencontré une actrice plus « gentille », #MeToo, il n’y a aucuns souci parce que je me rends compte qu’à chaque fois, le film ne fonctionne pas !

Etes-vous partante pour une saison 2 même si le tournage a été éprouvant ?

Oui, je suis l’humble serviteur de Florence. Oui, je n’ai jamais lâché un personnage de ma vie, à part la Blonde que j’ai dû l’étrangler de mes propres mains parce qu’on m’avait assimilé. Il fallait que je me libère du joug de la misogynie et de ce soupçon de bêtise qui commençait à me poursuivre, j’ai même dû me teindre les cheveux. Il fallait se dissocier pour ne pas que cela devienne monstrueux. Là, c’est un monstre intéressant, que je veux bien encore porter, à partir du moment où elle est bien écrite.

Quels sont vos futurs projets ?

Je suis à l’affiche de Ducobu 3 en salles depuis le 5 février. Dans Divorce Club avec Michaël Youn, qui sort le 25 mars, je joue une reloue, une amoureuse transie, une vraie stalkeuse. Après il y aura Uman, un film d’auteur de Xavier Durringer, qui suit une femme qui achète un robot humanoïde pour l’aider dans ses tâches ménagères… Je ne peux pas en dire plus sauf que je joue une voisine un peu nymphomane.