« H24 » : « Voir la bienveillance et le dévouement des infirmières est essentiel », raconte Anne Parillaud

INTERVIEW Anne Parillaud joue avec Frédérique Bel, Barbara Cabrita et Florence Coste une des infirmières de « H24 », la nouvelle série médicale de TF1

Propos recueillis par Anne Demoulin

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Dans «H24», Anne Parillaud joue Gabrielle, une cheffe infirmière.
Dans «H24», Anne Parillaud joue Gabrielle, une cheffe infirmière. — Gilles Gustine

Adaptée de la série médicale finlandaise à succès Syke, H24, diffusée ce lundi à 21h sur TF1, suit le quotidien de quatre infirmières dans un service d’urgences. Anne Parillaud campe l’une d’elle, Gabrielle, cheffe de service qui doit faire le difficile deuil de son mari, dans le coma depuis plusieurs années. Pour son premier rôle récurrent dans une série, Anne Parillaud donne la réplique à Frédérique Bel, Barbara Cabrita et Florence Coste. Rencontre avec l’actrice qui signe son retour sur les écrans.

Qu’est-ce qui vous a donné envie de jouer dans « H24 » ?

Plein de choses différentes ! Quand j’accepte un projet, cela ne se fait jamais de manière cérébrale, mais exactement comme dans une rencontre amoureuse. Je lis, c’est ma rencontre avec le personnage et mon cœur, il bat ou pas. Et comme dans une rencontre amoureuse, je ne sais pas pourquoi il bat. Après, j’essaye d’analyser.

Qu’est-ce qui a fait battre votre cœur pour « H24 » ?

J’avais très envie d’une série, d’explorer un personnage sur la longueur, de le nourrir pendant trois mois. Je trouvais H24 très moderne, en prise directe avec l’actualité. C’est intéressant d’être un complément de la révolte du monde médical d’aujourd’hui, de montrer ses difficultés au travers un divertissement, de faire réfléchir les gens. Je cherche toujours cela. Il faut qu’il y ait un sens aux choses. J’ai beaucoup de mal à faire les choses juste pour gagner ma vie ou divertir. H24 possède ces atouts, cet équilibre.

Et qu’est-ce qui vous a plu chez Gabrielle ?

Gabrielle est intéressante parce qu’elle est assez indéfinissable. Elle est un peu tout et son contraire. Secrète et mystérieuse, elle cache ses émotions, même à elle-même. Elle est un peu dans le déni. Elle est dans le même temps autoritaire mais fragile, sévère mais touchante, froide mais dotée d’humour. J’aime beaucoup les personnages polymorphes, à tiroirs. Gabrielle a ce potentiel-là. Elle est authentique. Les normes, les règles, elle s’en préoccupe peu. Tout comme son image ou ce qu’on va penser d’elle. Elle est comme elle est. Elle occupe une fonction normée, avec la rigueur et la codification que cela suppose, mais elle fait les choses qui doivent être faites, à sa manière. C’est toute cette ambivalence, ses failles, ses émotions cachées qui me plaisait.

Comment avez-vous préparé ce rôle d’infirmière sur le plan technique ?

J’ai été immergée aux urgences, aux côtés d’une cheffe infirmière. Elle a été un guide exceptionnel. J’ai beaucoup observé. Quand j’y étais, j’ai pu assister à une sortie en SMUR où vous débarquez chez les gens où se trouve une personne entre la vie et la mort. Il y a les pompiers, les urgentistes et plein de décisions à prendre immédiatement. A quelques minutes près, le cœur peut s’arrêter. C’est violent. J’ai vu une opération à cœur ouvert au bloc opératoire. Ils ouvrent ça comme des portefeuilles et on voit une personne éventrée qui respire. C’est effrayant. J’ai aussi été confrontée à un cas psychiatrique grave. C’est très perturbant. A côté de cela, il y a tout le quotidien, la gestuelle, le langage, le comportement, la complicité et la légèreté entre-elle, les sourires, les plaisanteries. C’est essentiel, de voir la bienveillance et le dévouement des infirmières, la différence entre elles et les médecins, pas au niveau technique, mais dans les rapports aux malades, de voir leur patience et comment elles s’extraient d’elles-mêmes et de leur vie pour être totalement dédiées à ce qu’elles font !

Ce rôle marque votre grand retour sur les écrans…

Je suis un peu recluse depuis cinq ou six ans parce que j’écrivais un roman que je viens de terminer. Je l’ai écrit parce que je veux réaliser son adaptation et incarner le personnage que j’ai écrit. Ça m’a un peu vampirisée ! Je suis tombée dans le pot de miel de l’écriture et j’ai adoré. Total, je n’ai rien fait d’autre. J’ai trouvé l’écriture tellement intense, folle, forte et excitante qu’en sortant de là, je n’ai pas trouvé au cinéma des propositions qui m’excitaient autant. J’ai voulu tenter des choses que je ne connaissais pas. Au théâtre d’abord, avec Le Lauréat, parce que je n’en avais plus fait depuis mes débuts. Quand on m’a parachutée sur une scène à 16 ans, je ne savais pas trop bien ce que je faisais, là, j’avais vraiment peur. Et maintenant, avec la série. J’avais besoin de me faire peur. La prise de risque est un moteur pour moi. J’ai tendance à fuir tout ce que j’ai déjà fait.

Et que retenez-vous de cette expérience ?

C’était très nouveau pour moi. Jusqu’à aujourd’hui, on ne me proposait que des personnages hors de l’ordinaire, une tueuse dans Nikita, un vampire dans Innocent Blood, une comtesse dans L’Homme au masque de fer. Avec H24, pour la première fois, je m’ancre dans la réalité. Je devais donner une vérité, la vérité de ces femmes. Je n’étais pas sûre d’en être capable. Ce que j’ai trouvé intéressant, c’est d’apporter ce que je crois être mes couleurs, un peu de marginalité dans quelque chose qui ne doit pas l’être. J’ai compris que pour être véritable, il fallait que je décale mon personnage.

Etes-vous partante pour une saison 2 ?

Si saison 2, il y a, j’y retournerai ! J’ai besoin de revivre ça, de pénétrer encore plus émotionnellement, sensoriellement ce bureau des infirmières.