« Skam France » : Pour des étudiants sourds, la série « participe à une prise de conscience »

INCLUSION Ce vendredi, l’équipe de la série « Skam France » sera à Toulouse pour une projection spéciale. La saison 5 aborde la question de la surdité, un «encouragement» pour déconstruire les stéréotypes pour les étudiants sourds toulousains

Béatrice Colin

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Léïsse, Lila, Ilona, Lukas et Elodie, membres de l'association Etudiant'S 31 qui réunit des étudiants sourds ou malentendants.
Léïsse, Lila, Ilona, Lukas et Elodie, membres de l'association Etudiant'S 31 qui réunit des étudiants sourds ou malentendants. — B. Colin / 20 Minutes
  • Ce vendredi, l’équipe de Skam France, la série de France.tv Slash, sera à Toulouse pour une projection spéciale.
  • Cette saison 5 suit le destin d’Arthur, un adolescent confronté à l’apparition d’une perte d’audition.
  • Un thème de la surdité bien abordé selon des étudiants sourds toulousains, une ville où la communauté malentendante est très active.

Pas facile de porter à l’écran la question de la surdité sans tomber dans les stéréotypes. Certains s’y sont cassé les dents, comme La Famille Bélier, un film vivement critiqué par la communauté sourde pour son manque de réalisme. Un travers dans lequel la série Skam n’est visiblement pas tombée.

C’est en tout cas le sentiment partagé par Ilona, Lukas, Léïsse, Lila et Elodie, tous membres de l'association toulousaine Etudiant'S 31, qui lutte contre l’isolement des jeunes sourds et œuvre à la sensibilisation des entendants.

Lorsqu’on leur pose la question sur ce qu’ils pensent des premiers épisodes de la saison 5 dans laquelle Arthur, un des « héros de la fiction », est confronté à une perte d’audition, les pouces se lèvent immédiatement. Traduisez « super » en Langue des signes (LSF). « C’est intéressant car elle montre la diversité des sourds et répond à beaucoup de questions que nous posent les entendants », avance Elodie.

« C’est un encouragement pour la communauté sourde », renchérit Ilona, étudiante au Centre de traduction, d'interprétation et de médiation linguistique (Cetim) de l’université Jean-Jaurès.

Vendredi soir, elle assistera à la projection spéciale organisée par France.tv Slash à Toulouse, choisie par la production parce qu’elle accueille une des communautés sourdes les plus actives de France. La Ville rose est en effet une des seules à proposer une scolarité bilingue LSF allant de la maternelle à la terminale. Au point que de nombreuses familles n’hésitent pas à venir s’y installer pour que leur enfant ait les meilleures chances de réussite.

Des efforts au quotidien

Si dans la série, le héros Arthur doit apprendre à accepter sa perte d’audition, notamment vis-à-vis de sa bande de copains, le combat de nombreux sourds de naissance est ailleurs. « Nous, nous devons batailler au quotidien pour nous faire comprendre », relève Lukas. Du coup, les jeunes sourds se retrouvent souvent isolés ou ont tendance à se retrouver en communauté.

Faute d’université spécialisée pour les sourds, ils sont peu nombreux à suivre des études supérieures. Selon le site «le monde des sourds»​, ils seraient à peine 5 % à fréquenter les bancs des universités ou grandes écoles, contre 44 % pour la population française globale.

Certes, les nouvelles technologies ont permis de rompre quelques barrières, mais le fossé est souvent difficile à franchir entre sourds et entendants. Le petit ami de Léïsse est entendant et interprète en LSF. « Pour inclure nos amis sourds il n’y a pas de souci, mais c’est beaucoup plus compliqué et cela demande énormément d’énergie pour faire la même chose avec les entendants », reconnaît la jeune femme.

Des efforts qu’ils aimeraient voir plus partagés. « Il faut continuer à sensibiliser, faire que la LSF soit reconnue dans la Constitution. Il faudrait essayer de se mettre dans la situation inverse, imaginer qu’un seul entendant se retrouve au milieu de sourds », avance Lila. Un peu comme une journaliste tentant de mener une interview dans une langue des signes qu’elle ne connaît pas.