« Arès » : Une série Netflix sur une société secrète hantée par le passé des Pays-Bas

CLAIR OBSCUR Les huit épisodes de la première série néerlandaise produite par Netflix ont été mis en ligne le 17 janvier

Fabien Randanne

— 

La série «Arès» plonge dans les méandres d'une société secrète à Amsterdam.
La série «Arès» plonge dans les méandres d'une société secrète à Amsterdam. — Pim Hendriksen / Netflix
  • Arès est la première série néerlandaise produite par Netflix. Elle suit une étudiante, Rosa, au cœur d’une mystérieuse société secrète d’Amsterdam.
  • L’esthétique de la série renvoie aux chefs-d’œuvre de la peinture néerlandaise du XVIIe siècle, c’est-à-dire, entre autres, aux toiles de Vermeer et Rembrandt.
  • L’intrigue qui se déroule de nos jours est liée au « siècle d’or néerlandais », autrement dit à la période de prospérité ayant permis aux Pays-Bas d’être un Etat puissant.

Arès, la première série néerlandaise de Netflix, a été mise en ligne le 17 janvier sur la plateforme, éclipsée par la clameur médiatique réservée le même jour à la deuxième saison de Sex Education. Cette arrivée en toute discrétion colle parfaitement au culte du mystère au cœur de l’intrigue. Mais il est grand temps de la sortir de la confidentialité.

Arès, c’est le nom d’une société secrète installée en plein milieu d’Amsterdam. Des rites initiatiques à la désignation de son président, on découvre son curieux fonctionnement au fil des épisodes, en même temps que l’héroïne, Rosa. Elle est étudiante en médecine, métisse, issue de la classe moyenne. Et elle ne semble pas à sa place dans ce cercle de blancs privilégiés, enfants de capitaines d’industries ou autres magnats dont les noms de famille évoquent de nobles réputations.

L’horreur surgit sans prévenir

Le premier des huit épisodes évoque une sorte de mélange entre un Eyes Wide Shut soft et une série teen à la Elite. Mais au fur et à mesure que le récit progresse, la série gagne en sérieux et en noirceur. Ames sensibles, soyez prévenues, de purs ingrédients horrifiques surgissent parfois sans prévenir et, s’ils restent relativement rares, ils n’en sont pas moins particulièrement perturbants.

Lisa Smit (Carmen) dans la série «Arès».
Lisa Smit (Carmen) dans la série «Arès». - Pim Hendriksen / Netflix

Plutôt que de piocher dans les imageries de cartes postales – les canaux d’Amsterdam – ou les clichés – les vapeurs de cannabis – pour asseoir son identité néerlandaise, Arès préfère multiplier les références aux œuvres de l’Age d’or hollandais. Si vous n’avez pas suivi de cours d’histoire de l’art, pas de panique, recherchez « Vermeer », « Rembrandt » ou « Hals » sur Google images pour vous faire une idée. Vous pourrez ainsi apprécier le travail sur le clair-obscur, autrement dit les jeux d’ombres et de lumière, qui se déploie d’un plan à l’autre. Vous remarquerez aussi que les tenues des personnages ne sont pas anodines – qui, en effet, porte encore des collerettes en 2020 ? Les tonalités bleu roi ou jaune des tissus vous font penser à La Laitière des pots de yaourt ? Bingo, c’est du Vermeer. La preuve que vous maîtrisez un minimum les codes esthétiques de la série.

Le « siècle d’or » hante l’intrigue

Ces motifs ne servent pas uniquement à faire joli. Si Arès renvoie aux œuvres du XVIIe siècle, c’est aussi parce que l’époque durant laquelle ils ont vu le jour, le « siècle d’or », hante l’intrigue. Le siècle d’or néerlandais, c’est la période de l’essor et de la prospérité des Provinces-Unies devenues par la suite les Pays-Bas actuels.

L’une des séquences-clés, dans le premier épisode, se déroule au Rijkmuseum. Des jeunes membres d’Arès visitent le musée et font une pause devant La ronde de nuit, toile peinte par Rembrandt en 1642. Le tableau représente une compagnie de la milice bourgeoise des mousquetaires d’Amsterdam. « Ce sont nos arrière-arrière-grands pères », dit l’un des visiteurs. Il ne plaisante pas : la société secrète réunit des descendants de ces hommes du siècle d’or néerlandais. Reste à comprendre dans quelle mesure le passé influence le présent.

Des personnages de la série «Arès» face à «La ronde de nuit».
Des personnages de la série «Arès» face à «La ronde de nuit». - Pim Hendriksen / Netflix

Un peu plus tard Rosa demande ce qu’est Arès. Réponse : « Ça ne t’a jamais interpellé qu’un petit pays comme les Pays-Bas devienne si riche et si puissant ? » Une réplique qui prendra tout son sens dans le dernier épisode. On se gardera bien de vous dire pourquoi. On se contentera de saluer la façon avec laquelle la première production néerlandaise du mastodonte Netflix a choisi de se confronter au passé du pays. Avec l’art et la manière.