« Sex Education », la série culottée qui explore (vraiment) les sexualités

PHENOMENE La deuxième saison de « Sex Education » développe ses personnages secondaires et parle de sexe de manière toujours plus inclusive

Mathilde Loire

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Ncuti Gatwa (Eric) dans la saison 2 de « Sex Education ».
Ncuti Gatwa (Eric) dans la saison 2 de « Sex Education ». — Netflix/Sam Taylor

L’apprenti sexologue Otis Millburn reprend du service. La saison 2 de Sex Education est diffusée ce vendredi sur Netflix. Début 2019, cette série pour adolescents qui parle de sexe de manière positive était devenue un phénomène dans le monde entier.

Otis (Asa Butterfiel), 16 ans, vit seul avec sa mère un peu envahissante, Jean ( Gillian Anderson), une sexothérapeute, et passe tout son temps avec son meilleur ami Eric (Ncuti Gatwa), un ado gay d’origine ghanéenne, à la personnalité flamboyante. Le héros se lance avec Maeve (Emma Mackey), la rebelle asociale mais brillante, dans un business particulier : utilisant les connaissances qui viennent de sa mère, il se met à conseiller les élèves du lycée sur leur vie sexuelle, en échange d’argent.

Résolument moderne

A travers les « cas » traités par Otis et les tribulations des personnages, la première saison abordait la masturbation, le vaginisme, les difficultés à atteindre l’orgasme, le sexe lesbien, le consentement ou la communication entre partenaires sexuels. Sans oublier les sujets classiques des teen show, comme la pression subie par les lycéens, la relation aux parents ou l’importance de s’affirmer. Une série aux allures rétro pourtant résolument moderne et inclusive, teintée d’un humour « british » bienvenu.

Le public ne s’y est pas trompé. La première saison a été visionnée (soit au moins 70 % du programme) par près de 40 millions de foyers dans le monde pendant les quatre premières semaines, selon un communiqué de Netflix.

Epidémie de chlamydia

Dans cette saison 2, on retrouve les lycéens de Moordale au début d’une nouvelle année : Otis explore ses nouvelles pulsions avec Ola (Patricia Allison), qui tente de se faire des amis. Eric flashe sur un nouvel élève français, Rahim (Sami Outalbali, vu dans Les Grands et Mortel), Maeve fait face à l’arrivée de sa mère, Jackson (Kedar Williams-Stirling) est toujours sous pression, Aimee (Aimee-Lou Wood) réfléchit à son futur et Adam (Connor Swindells) fait ses débuts au lycée militaire. Quant à Lily (Tania Reynolds), elle réalise la pièce de théâtre du lycée. Une épidémie de chlamydia vient cependant tout chambouler et forcer les adultes à se questionner sur la manière dont ils parlent de sexe aux ados.

Aimee-Lou Woods, Emma Mackey et Asa Butterfield dans la saison 2 de « Sex Education ».
Aimee-Lou Woods, Emma Mackey et Asa Butterfield dans la saison 2 de « Sex Education ». - Netflix/Sam Taylor

La saison 2 de Sex Education s’intéresse d’ailleurs un peu plus aux relations, à la vie sexuelle et aux aspirations des professeurs et des parents d’élèves, confirmant qu’elle s’adresse aussi bien aux adolescents qu’à leurs parents. Surtout, cette saison laisse plus de place à d’autres orientations et pratiques sexuelles, à l’amitié entre filles, et développe ses personnages secondaires. Sex Education poursuit donc ce qui fait son originalité dans les fictions pour ados, et continue de s’efforcer à refléter la diversité de la société… Et du sexe.

« La plupart des personnages viennent de ma vie, des gens que je connais, affirmait fin octobre à 20 Minutes la créatrice de la série, Laurie Nunn. Il y a des personnes diverses dans ma vie, cette représentation dans la série était logique. » Les personnages de Sex Education sont en effet de couleur de peau, de genre et d’orientation sexuelle différentes, et la série donne une voix à des vécus très différents.

De l’importance de la représentation

C’était une démarche consciente de la créatrice, qui a réalisé les castings sans critères d’apparence – notamment ethniques – prédéfinis. Seule exception, le personnage d’Eric, qui était écrit comme afro descendant : « Nous savions que nous voulions raconter une histoire intersectionnelle et spécifique, précise la scénariste. Quand les gens regardent la télévision, ils veulent se voir représentés. Je pense que c’est très important, surtout pour les publics jeunes. Nous ne pouvons pas représenter tout le monde parce que nous n’avons pas assez de place, et c’est frustrant. » Dans cette saison 2, Nunn entend toutefois mettre au premier plan « les personnages féminins » et explorer « les étiquettes et les "boîtes" qui vont avec les sexualités ».

La scénariste de 33 ans est diplômée de la National Film and TV School, au Royaume-Uni, et ne cache pas ses influences et son amour des fictions adolescentes, des films de John Hugues à Lolita malgré moi en passant par la série Freaks and Geeks. « Ce que je voulais vraiment, c’était prendre des clichés familiers des films et séries pour adolescents, et trouver des moyens de les regarder d’une autre perspective. »

Laisser les personnages s’émanciper

Si les personnages de la série sont rapidement identifiés comme des « types » particuliers (le geek, le sportif, la rebelle, le jeune gay, la jolie fille, etc.), Sex Education prend un malin plaisir à montrer qu’ils sont plus que ce que l’on croit… Et à les laisser s’émanciper. « Quand on est au lycée, c’est comme si on n’avait droit qu’à un seul trait de personnalité, particulièrement en tant que femme, se souvient l’actrice Aime Lou-Woods. La série va contre ça, chaque personnage se révèle peu à peu à la fin de la saison 1, et ça continue dans la deuxième. »

Patricia Allison (Ola) et Tanya Reynolds (Lily) dans la saison 2 de « Sex Education ».
Patricia Allison (Ola) et Tanya Reynolds (Lily) dans la saison 2 de « Sex Education ». - Netflix/Sam Taylor

De même, Tanya Reynolds se dit ravie « de jouer un personnage qui a envie de sexe, qui a conscience de ses désirs et n’en a pas honte ». Son personnage, Lily, est une version « rafraîchissante », selon l’actrice, de la weirdo, la fille bizarre, qui ici assume complètement ses goûts et son plaisir – de manière toujours plus enthousiasmante dans cette deuxième saison.

« Cette perspective nouvelle, la diversité ethnique, les sujets qu’elle aborde, tout cela explique pourquoi la série a été si bien reçue, estime Ncuti Gatwa, l’interprète d’Eric. J’aurais adoré voir une série comme Sex Education quand j’étais jeune. » L’acteur raconte d’ailleurs recevoir des messages « tous les jours, venus du monde entier. Des gens qui me disent à quel point la série les a aidés à être qui ils voulaient. J’ai, par exemple, beaucoup de messages de gens qui vivent dans des pays où être gay est illégal. »

Ces messages, qu’il s’agisse de témoignages ou de remerciements, les acteurs et actrices de la série en reçoivent tous. Signe, peut-être, que sexe Education a réussi sa mission : permettre aux spectateurs de se sentir représentés.