« The New Pope » élit un nouveau souverain pontife aux prises avec une grève de nonnes

RETOUR Trois ans après « The Young Pope », Paolo Sorrentino revient sur Canal+ avec « The New Pope », qui met en scène Jean-Paul III, un nouveau souverain pontife campé par John Malkovitch

Anne Demoulin

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Jean-Paul III (John Malkovitch) va devoir prendre en considération les revendications des nonnes dans « The New Pope ».
Jean-Paul III (John Malkovitch) va devoir prendre en considération les revendications des nonnes dans « The New Pope ». — Gianni Fiorito © Wildside/Sky Italia/Haut et Court TV/Mediaproducción 2019
  • Trois ans après The Young Pope, Paolo Sorrentino revient ce lundi à 21h05 sur Canal+ avec The New Pope.
  • Le pape Pie XIII, joué par Jude Law en saison 1, est dans le coma, entre la vie et la mort.
  • Voeillo (Silvio Orlando), secrétaire d’Etat du Vatican, manœuvre pour faire élire Sir John Brannox (John Malkovitch), un aristocrate anglais sophistiqué et modéré au Saint-Siège.
  • Sous le règne de Jean-Paul III, l’Eglise se retrouve notamment aux prises avec une grève des nonnes.

Une suite résolument divine ! En 2016, The Young Pope voyait le Vatican oindre pour la première fois un cardinal américain, Lenny Belardo ( Jude Law), fondamentaliste, despotique et névrosé, en tant que pape Pie XIII. Trois ans plus tard dans un nouvel opus en neuf épisodes de 52 minutes intitulé The New Popeet diffusé ce lundi à 21h05 sur Canal+, le cinéaste oscarisé Paolo Sorrentino met en scène l’intronisation d’un nouveau souverain pontife Jean‑Paul III ( John Malkovich), alias Sir John Brannox, un aristocrate anglais sophistiqué et modéré.

« Comme le pape Pie XIII tombait dans le coma, j’avais besoin d’un deuxième pape », explique tout simplement Paolo Sorrentino, que 20 Minutes a rencontré lors d’une table ronde organisée par Canal+ à Paris. Le dernier épisode de The Young Pope laissait en effet Pie XIII gisant au sol, inerte et inconscient. L’histoire reprend alors qu’à Venise, une foule de fidèles prie pour que ce beau et jeune pape réactionnaire se réveille, ce que les médecins estiment impossible. Mais pour ceux qui l’idolâtrent, celui qui est entre la vie et la mort est un saint.

Avec Pie XIII inconscient, son bras droit, l’intrigant et persuasif secrétaire d’Etat du Vatican Angelo Voiello (Silvio Orlando), « le seul qui ambitionne de devenir Pape », compte bien faire main basse sur le Saint-Siège. Comme dans son film Il Divo, Paolo Sorrentino livre alors un premier tumultueux conclave sous la forme d’une farce guignolesque et féroce, truffée de saynètes burlesques hilarantes. « Voiello s’inspire de moi pour tout ce qu’il a de plus stupide, et des hommes politiques très catholiques que nous avons dans le passé », confesse Paolo Sorrentino.

« Sagesse et légèreté » chez Malkovich

Le fin stratège Voiello comprend qu’il ne parviendra pas à ses fins et décide de placer sur le trône papal Sir John Brannox. Ce cardinal issu de l’aristocratie anglaise vit cloîtré aux environs de Londres dans un immense domaine. Ce mondain mordant donne même des conseils vestimentaires à Meghan Markle. « Pour pouvoir faire rire, je suis prêt à détester n’importe qui », s’amuse le cinéaste. Prisonnier d’un indicible secret, Sir John Brannox, fan d’Easy Rider, accepte de devenir Jean-Paul III, afin, dit-il en riant, de rencontrer Marylin Manson et Sharon Stone (ce qui vaut une apparition très drôle des deux stars dans l’épisode 3). « Le pape Jean-Paul III, joué par John Malkovich, s’inspire du cardinal Newman. C’est un personnage très intéressant, qui vient d’être canonisé et qui défendait la troisième voie, c’est-à-dire le fait d’essayer de trouver des compromis », détaille le réalisateur. « C’est un être qui souffre en secret, sa douleur est profonde et prend ses racines dans une carence affective qui me touche beaucoup », souligne Cécile de France, qui incarne à nouveau Sofia Dubois, la directrice de communication du Vatican.

Il fallait un acteur de la trempe de John Malkovich pour succéder à Jude Law. « John Malkovich était la bonne personne pour incarner ce personnage. Il fallait quelqu’un qui inspire tout à la fois de la sagesse et de la légèreté. Chez lui, il y a ces deux dimensions », salue le cinéaste. « Pendant qu’on jouait, j’avais l’impression d’avoir 15 ans et je me disais : “Je joue avec le mec des Liaisons Dangereuses” », confie Cécile de France. Et de poursuivre : « J’étais très impressionnée, mais c’est quelqu’un de très doux, de très serein, et comme il parle français, il m’aidait sur la prononciation en anglais. Je me suis inspirée de son calme et de son professionnalisme. Ce n’est pas du tout quelqu’un qui vous prend de haut. » Sofia noue une « relation lumineuse et platonique avec ce pape qui est dans une incapacité d’exprimer son amour », détaille l’actrice, alors qu’elle entretient une relation « très charnelle » avec son mari.

« La question de la revendication des nonnes »

« Le Vatican est un monde d’hommes. C’est compliqué d’y inclure des personnages féminins. Esther et Sofia étaient déjà présentes en saison 1, cette fois, j’ai eu la possibilité de leur donner une place plus importante. C’était nécessaire », résume Paolo Sorrentino. Esther est « l’opposé » de Sofia, « elle n’a aucun outil pour se sortir de l’oppression masculine. Elle va d’humiliation en humiliation et va perdre pied », raconte son interprète, Ludivine Sagnier. D’autres femmes vont prendre de l’importance dans ce second opus, les nonnes, qui vont occuper la chapelle Sixtine lors d’une grève épique. « Je voulais affronter la question de la revendication des nonnes, actuellement assez timide, mais que l’on ressent », relate le réalisateur. Et comme l’émancipation des femmes est « aussi une grande question dans la société civile, j’avais envie de m’y attaquer. »

Féminisme, crise des migrants, terrorisme, pédocriminalité… Urbi et orbi. à l’instar de son nouveau souverain pontife, The New Pope est plus « tourné vers l’extérieur » et « tient compte des problèmes actuels ». De quoi tenter le diable et imaginer une papesse en saison 3 ? « Si vous voulez écrire une série de science-fiction, pourquoi pas ? », plaisante Paolo Sorrentino, qui n’exclue cependant pas un troisième volet : « On va voir déjà comment la seconde saison est accueillie, et si tout va bien, pourquoi pas ? »

20 secondes de contexte

20 Minutes a eu accès aux six premiers épisodes de The New Pope avant d’interviewer Paolo Sorrentino, Cécile de France et Ludivine Sagnier.