VIDEO. «Mortel» sur Netflix: Une série ado fantastique et française en banlieue, c'est possible (et réussi)

SERIE S'il ne fallait qu'une raison pour binge watcher «Mortel», la nouvelle série français de Netflix, ce week-en : son créateur cite «Buffy» comme principale référence

Vincent Julé

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Deux ados font un pacte avec un dieu vaudou dans la série Netflix «Mortel», pour le meilleure... et le pire?
Deux ados font un pacte avec un dieu vaudou dans la série Netflix «Mortel», pour le meilleure... et le pire? — Lou Faulon/Netflix
  • Après « Marianne », « Plan Cœur » ou « Osmosis », « Mortel » est la nouvelle série française de Netflix, les six épisodes de la première saison sont disponibles ce jeudi
  • Son créateur Frédéric Garcia l’a pitché au service de streaming comme « la rencontre entre le cinéma de Kechiche et "Buffy contre les vampires" »
  • La série est une histoire de réappropriation, réappropriation d’un territoire (la banlieue), d’une jeunesse (en perte de repères) et d’un imaginaire (fantastique)

« La rencontre entre Kechiche et Buffy. » C’est ainsi que le scénariste Frédéric Garcia, fraîchement sorti de la formation séries de la Fémis, a pitché Mortel à Netflix, disponible ce jeudi sur la plateforme. « Je voulais confronter l’ultra réalisme du cinéma d’Abdellatif Kechiche ou Céline Sciamma au fantastique ultra-assumé d’un Buffy contre les vampires, explique le jeune créateur et showrunneur. J’avais une passion pour la série de Joss Whedon lorsque j’étais ado, que je vivais dans une banlieue périurbaine. Je n’arrêtais pas de me dire "mais pourquoi on n’a pas ça en France", ils ont pourtant la même vie de banlieue que nous. » Enfin presque la même. Mortel est ainsi une histoire de réappropriation, réappropriation d’un territoire, d’une jeunesse et d’un imaginaire.

La banlieue, un territoire inexploré

Lycéen paumé et colérique, Sofiane est à la recherche de son frère mystérieusement disparu, jusqu’au jour où il reçoit la visite d’Obé, un dieu vaudou, qui lui propose son aide et le dote de pouvoirs surnaturels. Des pouvoirs que Sofiane partage avec Victor, un camarade discret et mal dans sa peau. Mais Obé ne leur a pas tout dit. Des couloirs du lycée aux barres de cités en passant par les rues résidentielles désertes, Mortel, tourné en banlieue du Havre, met en scène un décor peu exploité dans la fiction française, encore moins dans la série adolescente ou fantastique.

« Une frontière propice au fantastique »

« La banlieue est un territoire de fiction très américain, commente Frédéric Garcia. Or, j’avais envie de me la réapproprier, car c’est là que vit une bonne partie des gens. Dans les suburbs aux Etats-Unis, et dans les villes-dortoirs en France. La banlieue française n’a pas le glamour de l’américaine, il y a un réalisme, une dureté, mais aussi une esthétique. Ces villes sont très graphiques, d’un parvis avec ses lampadaires orange à l’épaisse forêt derrière une tour d’immeuble. D’où je viens, dans le 91, tu peux passer de la cité à la campagne en quelques mètres, tu es dans un entre-deux, une frontière propice à l’apparition du fantastique et comme un écho à cet état de transition entre l’adolescence et l’âge adulte. D’ailleurs, la journée, les adultes sont au travail dans les grandes villes, et ces territoires appartiennent aux adolescents. »

« On me cite aussi souvent "Misfits", mais en fait, non »

Dans son portrait de la jeunesse, Mortel ne choisit pas non plus la facilité. Les héros sont difficiles de prime abord, pas forcément sympathiques - Sofiane en tête. « Le modèle du binge watching permet de créer des personnages vrais, complexes. Sofiane se sent seul, en lutte, personne ne l’écoute, forcément, il y a de quoi devenir exécrable, mais il se révèle, s’humanise, au fil de la série, détaille le scénariste, qui cite plus Mad Men, Six Feet Under ou Lost comme références que les teen shows, Riverdale ou Stranger Things. « On me cite aussi souvent Misfits [une série britannique où de jeunes délinquants se découvrent des pouvoirs après un orage], mais en fait, non. »

Un casting de futurs grands

En revanche, Frédéric Garcia reconnaît l’influence indirecte du film Chronicle, auquel il est difficile de ne pas penser avec ses trois potes, leurs superpouvoirs et une amitié mise à mal : « J’ai commencé à écrire Mortel à la fin du lycée, avant la sortie du film, mais il est très important à mes yeux, car il m’a montré que la direction que je prenais était bonne, que c’était possible de traiter le fantastique de manière ultra-réaliste. Donc plus qu’une influence, je dirais un encouragement. »

Pas de substance étrange dans Mortel, mais du vaudou que la série se réapproprie pour créer une mythologie 100 % française, « comme une magie et non une religion, mais toujours avec respect », ajoute le showrunneur. C’est par exemple le formidable personnage de prêtresse vaudou campé à la perfection par Firmine Richard. Le casting est l’une des grandes réussites de la série, comme de voir se révéler de futurs grands. Ils s’appellent : Carl Malapa (Sofiane), Nemo Schiffman (Victor) et Manon Bresch (Luisa) ou Corentin fila (Obé), retenez bien leurs noms.