« The Crown », saison 3 : Comment les rêves brisés de la famille royale résonnent avec notre intime ?

BUCKINGHAM Sous le règne d’Olivia Colman, lauréate d’un oscar, la saison 3 de The Crown gagne en profondeur en donnant vie aux questionnements de l’âge mûr

Anne Demoulin

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Olivia Cleman et Tobias Menzies dans «The Crown».
Olivia Cleman et Tobias Menzies dans «The Crown». — Sophie Mutevelian/Netflix

Une saison 3 douce-amère. La majestueuse série de Netflix, The Crown, revient ce dimanche avec 10 nouveaux épisodes et une nouvelle distribution de premier ordre. Lorsqu’un personnage emblématique d’une série est incarné par un nouvel acteur, la façon la plus simple de gérer la transition est tout simplement d’assumer. Le troisième volet de l’œuvre de Peter Morgan s’ouvre sur Elizabeth II, désormais campée par Olivia Colman, qui doit approuver une série de timbres reflétant la transition de Sa Majesté de « jeune femme » (avec les traits de Claire Foy) en « souveraine accomplie ». « Tellement de choses ont changé. Mais c’est la vie. L’âge ne pardonne guère. On ne peut rien y faire. Il faut juste aller de l’avant », soupire la souveraine qui approche de la quarantaine. Sous le règne d’Olivia Colman, lauréate d’un oscar, The Crown gagne en profondeur en donnant vie aux questionnements de l’âge mûr. Comment les rêves brisés des membres de la famille royale résonnent avec notre intime ?

Depuis deux saisons, The Crown proposait une représentation de la royauté avec de jeunes gens impulsifs, qui sacrifiaient leurs aspirations pour accomplir leurs devoirs. La série participait d’une vision romantique de la couronne, sublimée par la beauté des jeunes Elizabeth II (Claire Foy), princesse Margaret (Vanessa Kirby) et de l’arrogant prince Philip (Matt Smith).

Dans cette saison 3, qui commence en 1964 et s’achève treize ans plus tard avec le jubilé d’argent, toute la distribution a vieilli : Tobias Menzies (Outlander, Game of Thrones) joue le prince Philip, Helena Bonham-Carter campe la princesse Margaret, tandis que la relève fait son apparition, Erin Doherty et Josh O’Connor incarnent les adolescents royaux, Anne et Charles.

Des héros en pleine crise de la quarantaine

Pour les héros des deux premières saisons arrivés à la quarantaine, l’heure est au bilan. Aux côtés de Lord Porchester, Elisabeth II entrevoit à quoi sa vie aurait ressemblé si elle avait pu réaliser son rêve, devenir éleveuse de chevaux. L’agitation perpétuelle de la princesse Margaret traduit quant à elle sa souffrance et son désespoir d’avoir toujours vécu dans l’ombre de sa sœur aînée.

Les exploits lunaires de Neil Armstrong, Buzz Aldrin et Michael Collins le 20 juillet 1969 déclenchent une grave crise existentielle chez le prince Philip, qui s’interroge sur l’insignifiance de ses propres réalisations et se demande ce qu’il aurait pu accomplir s’il n’avait pas épousé la reine du Royaume-Uni, laissant transparaître pour la première fois l’insécurité et la vulnérabilité du prince.

Des humains derrière les symboles

Le prince Charles (Josh O’Connor) doit quant à lui renoncer à sa romance déchirante avec Camilla Rosemary Shand (Emerald Fennell), future Camilla Parker Bowles. Un récit habilement mis en parallèle avec le parcours de son oncle, Edouard VIII, qui renonça au trône pour sa bien-aimée Wallis Simpson, et que l’on retrouve ici en fin de vie, en quête d’absolution et de transmission.

Aux héros flamboyants et glamours des deux premières saisons se substituent des humains en crise et en quête de sens, pleins de contradictions, de regrets et d’espoirs, contraints de trouver l’équilibre entre leur statut de symbole et leur être véritable. La saison 3 de The Crown dresse un portrait sobre et beaucoup moins flatteur de la royauté, mais les préoccupations des membres de la famille royale, ces humains qui vivent dans des châteaux, résonnent davantage avec les préoccupations intimes de tout un chacun. Une transition compliquée, habilement menée.