« La Guerre des mondes », « Watchmen »... Pourquoi la science-fiction en séries en dit long sur notre époque

ANGOISSES Entre « Watchmen », « Daybreak » et ce lundi « La Guerre des mondes » sur Canal+, le monde des séries est de plus en plus fasciné par la science-fiction

Laure Beaudonnet

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Montage: «La Guerre des mondes», «Watchmen», et «Daybreak»
Montage: «La Guerre des mondes», «Watchmen», et «Daybreak» — MONTAGE 20 MINUTES
  • La télévision propose de plus en plus de séries SF ces dernières années.
  • Au mois d’octobre, Watchmen et La Guerre des mondes figurent parmi les fictions attendues du petit écran.
  • Faut-il en conclure que l’époque actuelle est de plus en plus angoissée ? Peut-être bien…

Le futur n’a jamais autant inspiré la télévision, surtout ces dernières années. De l’anticipation (Years and Years ou Black Mirror) aux dystopies (Handmaid’s Tale) en passant par tous les sous-genres de la  science-fiction (Westworld, Stranger Things, Sense 8, Real Humans…), le petit écran regorge d’œuvres qui parlent du monde de demain. Et la cadence semble s’accélérer en ce mois d’octobre.

Alors qu’une nouvelle vague déferle sur le monde des séries -Watchmen de Damon Lindelof, la comédie post-apocalyptique Daybreak et La Guerre des mondes sur Canal+- on en viendrait à croire que la télévision cherche à nous dire quelque chose. Et on aurait raison. « Il y a en effet un regain d’intérêt pour la science-fiction. C’est un bon baromètre de l’état de la société, note Frank Lafond, auteur du Dictionnaire fantastique et de science-fiction. Cela indique que le monde dans lequel nous vivons génère une certaine inquiétude ».

La SF parle surtout du présent

Et la science-fiction n’a pas besoin d’aller chercher bien loin pour trouver de l’inspiration, les avancées scientifiques (intelligence artificielle, reconnaissance faciale, réalité virtuelle) révèlent déjà le visage sombre de l’époque contemporaine (poke les Gafa et les BATX​). Sous ses airs futuristes, la SF parle surtout de notre présent. Il suffit d’un petit coup de pouce à la réalité pour montrer de manière assez frappante les travers d’aujourd’hui. Black Mirror, par exemple, n’est pas dépaysante. Elle se penche sur un détail technologique de notre quotidien (les réseaux sociaux, les drones, les puces sous cutanées…) et force le trait pour en faire un véritable cauchemar.

Le système de notation personnelle décrit dans l’épisode « Chute libre » (Nosedive) de la saison 3 n’a pas de secret pour la Chine et son « crédit social ». Le système chinois basé sur la collecte d’informations sur les réseaux sociaux et via les caméras de surveillance intelligentes, sanctionne la population lorsqu’elle ne se tient pas à carreaux. Tout comme le personnage de Lacie, un Chinois peut voir sa note dégringoler au point de ne plus pouvoir utiliser les transports.

« Il arrive un moment où la science-fiction bute contre la réalité, pointe de son côté l’écrivain de science-fiction Jean-Pierre Andrevon. Exemple flagrant : elle n’a pas du tout vu l’arrivée d’Internet. Pour une fois, la réalité a précédé la science-fiction ». Avec l’émergence des collapsologues et du mouvement Extinction Rebellion qui mettent en garde contre les bouleversements climatiques et l’effondrement de la biodiversité, notre société a tout l’air d’une œuvre pré-apocalyptique.

La crainte de la fin de la civilisation

« La fin du monde causée par un météore, par l’assèchement des océans ou par des pluies diluviennes, a toujours été un fantasme et une crainte à la fois », observe Jean-Pierre Andrevon qui attend avec impatience de voir venir une grande œuvre sur les bouleversements environnementaux. « Aujourd’hui, pour parler d’écologie, de la collapsologie et des craintes de la fin de la civilisation, on ne sait plus quoi dire parce qu’on y est », observe l’écrivain qui déplore de voir si peu d’œuvres explorer un sujet aussi fondamental.

Si la SF permet souvent de lancer des alertes, réelles ou fantasmées, elle offre aussi l’occasion de panser des plaies et de nous réconcilier avec notre histoire. « Les films de super-héros offrent une issue positive à chaque fois, note Frank Lafond. Le premier Avengers, réalisé par Joss Whedon, est intéressant parce qu’il revient sur le 11-Septembre ». Il propose de revivre le traumatisme des twin towers mais cette fois, les Américains sous les traits de super-héros gagnent contre l’envahisseur. Dans un monde angoissé, la science-fiction pourrait servir à nous faire rêver. N’est-ce pas aussi l’enjeu du spectacle ?