Pourquoi « Mytho » est une série française à l’accent américain

DRAMEDIE Réalisée par Fabrice Gobert (« Les revenants ») et portée par Marina Hands et Mathieu Demy, la série française événement Mytho est diffusée ce jeudi sur Arte

Anne Demoulin

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Mathieu Demy incarne Patrick dans «Mytho» sur Arte.
Mathieu Demy incarne Patrick dans «Mytho» sur Arte. — Unité de production/ARTE France
  • Arte diffuse ce jeudi à 20h55 sa série événement Mytho, portée par Marina Hands et Mathieu Demy, cocréée par la romancière Anne Berest et le réalisateur Fabrice Gobert (Les Revenants).
  • Cette dramédie en six épisodes raconte comment le mensonge d’Elvira, mère de famille au bord de la crise de nerfs, va bouleverser les rapports au sein de cette famille.
  • Si cette famille est typiquement française, l’univers visuel de Mytho empreinte à la mythologie hollywoodienne.

Le portrait atypique d’une famille ordinaire. La dramédie Mytho, diffusée ce jeudi sur Arte, raconte comment le mensonge d’Elvira, mère de famille au bord de la crise de nerfs (campée par la lumineuse Marina Hands), va bouleverser « la tectonique des plaques », selon l’expression de la scénariste et cocréatrice Anne Berest, au sein de sa maisonnée et dans le pittoresque couple qu’elle forme avec Patrick (joué par le lunaire Mathieu Demy). « Tous les personnages ont un mensonge. Patrick aussi, et ce qui est intéressant, c’est la manière dont le mensonge de l’un prend le relais de l’autre », souligne Mathieu Demy. Mytho, « c’est l’histoire d’un personnage pris dans un engrenage », résume Fabrice Gobert, réalisateur et cocréateur de la fiction, que 20 Minutes a rencontré lors d’une table ronde au Festival de la Fiction TV de La Rochelle. Drôle, amorale et imprévisible, Mytho est une série française à l’accent américain. Explications.

« Créer des personnages mythiques »

Les six épisodes de quarante-cinq minutes de « Mytho ont été développés pendant trois ou quatre ans. La série ne part pas d’un concept, mais de l’idée de créer des personnages mythiques, un peu plus grands que la vie », raconte le producteur Bruno Nahon (Ainsi soient-ils). « Il fallait les filmer d’une manière particulière », confie Fabrice Gobert (Les Revenants).

« On voulait un monde singulier adapté à nos personnages. Il fallait le recul nécessaire pour se dire : "ce sont des personnages de fiction, donc ils peuvent faire des choses vraiment surprenantes et étranges, et en même temps, se dire qu’on pouvait les croiser au supermarché" », poursuit-il. Et pour donner cette dimension mythique aux mythomanes de Mytho, la mise en scène de Fabrice Gobert puise… dans la mythologie hollywoodienne.

« Un univers pas forcément dans les clous »

Elvira et sa famille vivent dans un pavillon de banlieue situé dans un lotissement qui rappelle ceux des fictions américaines. « Dans le scénario, il y avait déjà cette idée de domaine pavillonnaire où tout le monde s’observe comme dans Desperate Housewives ou Edward aux mains d’argent », commente Fabrice Gobert.

Le réalisateur a travaillé cette ambiance pavillonnaire légèrement fantastique avec la lumière particulière du chef opérateur Patrick Blossier, déjà à l’œuvre sur Les Revenants, et Colombe Raby, une décoratrice québécoise, fidèle collaboratrice du cinéaste Xavier Dolan. « On est allés la chercher parce qu’on savait qu’elle allait créer un univers pas forcément dans les clous des fictions et des intérieurs français », explique le réalisateur.

« On a travaillé en studio »

Alors qu’une séquence de Mytho rappelle Sexe, Mensonges et Vidéo de Steven Soderbergh, un autre plan convoque les jumelles de Shining de Stanley Kubrick, les ados de Mytho semblent tout droit sortis d’un teen drama. Si Mytho a le goût des fictions américaines, c’est parce qu’elle a été tournée comme une œuvre américaine.

« La villa d’Elvira et Patrick a été entièrement recréée en studio, ce qui est un choix très rare en fiction française », souligne Bruno Nahon. Habituellement, dans une fiction française, on loue les maisons ou appartements dans lesquels se déroule l’action. « Aux Etats-Unis, les studios offrent une maîtrise absolue de chaque détail », rappelle le producteur. « Je voulais qu’on puisse bouger les murs, qu’on puisse tout maîtriser, malgré le surcoût que cela représente et c’est pour cela que Mytho a cette allure », se félicite-t-il.

Une allure un peu étrange renforcée par la musique originale en contrepoint de Jean-Benoît Dunckel du duo électro Air ou celle empruntée à Charles Aznavour ou Julien Clerc. « J’ai imaginé la playlist de chacun des personnages. La musique raconte quelque chose sur les personnages. C’est une façon de créer un univers », raconte Fabrice Gobert. Un univers jubilatoire et inattendu dans lequel Hollywood rencontre la French Touch et donne naissance à une série française qui n’a pas à rougir des cousines américaines.