Festival de la Fiction TV de La Rochelle : Non, les séries françaises ne « sonnent » pas « faux »

SÉRIE FRANÇAISE Les séries françaises sont-elles aussi nulles que nous le disent nos internautes ? « 20 Minutes » a fact-checké votre french bashing (épisode 3/3)

Anne Demoulin

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Grégory Montel, Assaad Bouab, Thibault de Montalembert et Camille Cottin dans «Dix pour cent».
Grégory Montel, Assaad Bouab, Thibault de Montalembert et Camille Cottin dans «Dix pour cent». — Christophe Brachet-Mon Voisin Productions
  • 20 Minutes a demandé à ses lecteurs ce qu’ils pensaient des séries tricolores.
  • « Toujours du policier », « Pas de script doctor »… Les clichés autour des séries françaises ont la vie dure auprès de certains lecteurs.
  • A l’occasion du Festival de la Fiction de La Rochelle, 20 Minutes a soumis aux professionnels de l’audiovisuel ces témoignages et leur a demandé de commenter.

Pour la septième année consécutive, les ventes de fiction télévisées à l’étranger ont enregistré une nette progression : +28 %, selon le CNC. De quoi réjouir les professionnels de l’audiovisuel réunis jusqu’à dimanche au Festival de la Fiction TV de La Rochelle pour présenter le meilleur de leur production. Cette saison est capitale pour la création à la veille de la réforme de l’audiovisuel et du futur lancement des plateformes américaines d’Apple et Disney et de la française Salto. Que de « chemin parcouru en près de vingt ans par la fiction française », se félicite Marc Tessier, président du comité de cette 21e édition du festival.

Et pourtant, lorsque 20 Minutes demande à ses lecteurs ce qu’ils pensent des séries tricolores, force est de constater que les clichés autour des séries françaises ont la vie dure : « niaises, sans intérêt », selon Richard, « pénibles à regarder, sans inventivité », selon Valérie, « trop caricaturales », pour Yannick… A l’occasion du Festival de La Rochelle, nous avons cherché à vérifier si ce french bashing avait toujours lieu d’être. Fact-checking, épisode 3.

« Les séries Françaises sonnent faux »

FAUX. « Les séries françaises sonnent faux », déplore Roger. Leur ton est « trop policé », s’inquiète Clara, « les dialogues ne sont pas à la hauteur », juge Valérie. « C’est difficile de généraliser ! Certaines séries n’ont pas du tout un ton policé comme Fais pas ci, fais pas ça ou Dix pour cent. Ce sont des comédies dont le propos est très libre et qui donnent une impression de réalisme et de naturel assez forts dans les dialogues », contredit Séverine Jacquet, scénariste (Un village français, Famille d’accueil, Une belle histoire) et autrice SACD. Et de poursuivre : « Certains se sont félicités des libertés de ton de Plus belle la vie ». Et de nuancer : « On peut peut-être faire cette remarque sur le genre policier. On a besoin que le public soit plus demandeur de voix particulières ». Pour que les dialogues sonnent juste, « on cherche une alchimie personnage et comédien. Le metteur en scène est l’alchimiste en chef », conseille Frédéric Krivine, co-créateur d’Un village français et Une belle histoire, dramédie romantique à découvrir prochainement sur France 2.

« Nous n’avons pas de « script doctor » »

FAUX. « Nous n’avons pas de “script doctor” », affirme P0mlnb. Et d’insister : « Nous restons dans un modèle français avec un scénariste ou un réalisateur tout-puissant, là où Anglais et Américains ont une véritable équipe ». « De plus en plus de séries s’écrivent en ateliers ! Des directeurs d’écriture, des auteurs formés au travail en équipe, énormément de professionnels sont attelés à l’écriture », explique Séverine Jacquet. Et de rappeler : « Les séries françaises les plus plébiscitées comme Engrenages, Baron noir, Le Bureau des légendes, Fais pas ci, fais pas ça ou encore les premières saisons d’Un village français avaient des équipes d’écriture en atelier. Les feuilletons quotidiens font appel à de grands groupes d’écriture ».

« La réalisation manque de “punch” »

FAUX. « La réalisation manque de “punch” », juge Claire. « Les séries françaises me semblent ne pas être réalisées par le même type de caméra que pour les séries US. De fait, certaines sembleraient presque, niveau image, s’apparenter à des documentaires », observe Christian. « Ce n’est pas une question de matériel, mais de choix, des directeurs de la photographie d’être plus dans le réalisme par exemple », corrige Olivier Wotling, directeur de la fiction Arte France. Comme aux Etats-Unis, la réalisation des séries n’est désormais plus méprisée par les cinéastes. Cédric Klapisch a réalisé deux épisodes de la saison 1 de Dix pour cent pour France 2, Thomas Cailley a fait pour Arte la série Ad Vitam, Philippe Faucon a réalisé pour Arte la minisérie Fiertés, Bruno Dumont a signé P’tit Quinquin et Coincoin et les Z’inhumains, Thomas Lilti a décliné son film Hippocrate en série pour Canal Plus. Soit autant de choix esthétiques différents.