Festival de la Fiction TV de La Rochelle : Oui, « La France est capable de proposer des séries innovantes »

SÉRIE FRANÇAISE Les séries françaises sont-elles aussi nulles que nous le disent nos internautes ? « 20 Minutes » a fact-checké votre french bashing (épisode 2/3)

Anne Demoulin

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La saison 5 de Skam se concentrera autour du personnage d'Arthur — France Télévisions
  • 20 Minutes a demandé à ses lecteurs ce qu’ils pensaient des séries tricolores.
  • « Toujours du policier », « Pas de script doctor »… Les clichés autour des séries françaises ont la vie dure auprès de certains lecteurs.
  • A l’occasion du Festival de la Fiction de La Rochelle, 20 Minutes a soumis aux professionnels de l’audiovisuel ces témoignages et leur a demandé de commenter.

Pour la septième année consécutive, les ventes de fiction télévisées à l’étranger ont enregistré une nette progression, +28 %, selon le CNC. De quoi réjouir les professionnels de l’audiovisuel réunis jusqu’à dimanche au Festival de la Fiction TV de La Rochelle pour présenter le meilleur de leur production. Cette saison est capitale pour la création à la veille de la réforme de l’audiovisuel et du futur lancement des plateformes américaines d’Apple et Disney et de la française Salto. Que de « chemin parcouru en près de vingt ans par la fiction française », se félicite Marc Tessier, président du comité de cette 21e édition du festival.

Et pourtant, lorsque 20 Minutes demande à ses lecteurs ce qu’ils pensent des séries tricolores, force est de constater que les clichés autour des séries françaises ont la vie dure : « niaises, sans intérêt », selon Richard, « pénibles à regarder, sans inventivité », selon Valérie, « trop caricaturales », pour Yannick… A l’occasion du Festival de La Rochelle, nous avons cherché à vérifier si ce french bashing avait toujours lieu d’être. Fact-checking, épisode 2.

« La France est capable de proposer des séries innovantes »

VRAI. Une partie de nos lecteurs a salué cette évolution, citant Braquo, Les Revenants, Engrenages (Canal+), Au service de la France (Arte), Fais pas ci fais pas ça (France 2), Capitaine Marleau (France 3) ou encore Kaamelott (M6). « J’ai développé avec surprise une passion pour Les Petits Meurtres d’Agatha Christie que je qualifiais de "série pour mémère" » avant de la suivre, s’amuse Margaux, qui estime que « la France est capable de proposer des séries innovantes ». « J’ai boudé pendant longtemps les séries françaises à cause de leur mauvaise réputation », confie ainsi Morgane, qui se félicite désormais de voir « plus en plus de séries ambitieuses ».

La fiction représente désormais, avec 50 millions d’euros, 31 % des ventes de programmes à l’international. Et ce sont nos séries 52’qui cartonnent : Versailles est présente sur 135 territoires, Dix pour cent sur 60, Candice Renoir et le Bureau des légendes sur 70. Le succès récent à l’international de Philharmonia (France 2) et Maroni (Arte) montre la capacité du marché français à diversifier sa création.

« C’est typiquement français de croire que c’est meilleur chez le voisin », juge Morgane. « Il est toujours question de conquêtes internationales mais je pense que le premier point à remporter, et qui est en passe de l’être, c’est l’amour des Français pour la fiction française », commente Stéphane Strano. La France a longtemps été le seul pays européen où les séries étrangères faisaient plus d’audience que les productions nationales. « Il est devenu habituel de battre la fiction américaine », se félicite désormais Stéphane Strano. « L’Espagne a depuis de nombreuses années une très grande industrie parce que le public espagnol est plus friand de séries espagnoles que de séries américaines », expliquait Dario Morena à 20 Minutes lors du festival Séries Mania au sujet du succès de la fiction espagnole.

« La délinéarisation et le replay sont des portes d’accès »

Pour les chaînes, le défi consiste à reconquérir ceux qui, comme Valérie n’ont « plus la télé » et regarde les contenus « sur Internet », c’est-à-dire, les jeunes. « La délinéarisation et le replay sont des portes d’accès très intéressantes pour les plus jeunes », considère Stéphane Strano. Les diffuseurs doivent se concentrer sur les « niches » et « proposer des œuvres en sélectionnant des publics réduits, ce qui est quand même un risque énorme pour un diffuseur, mais je pense que ce pas peut être franchi. C’est quelque chose que la BBC pratique depuis quelques années de façon assez pertinente », estime le président du festival.

« C’est ce que fait France.tv Slash. Skam France, c’est 80 millions de vues en France sur les 4 saisons, c’est colossal. Mental et Stalk font parti de la sélection et sont absolument extraordinaires », souligne François-Pier Pelinard-Lambert, rédacteur en chef magazine Le Film Français et membre du comité de sélection du festival. « Comme tous nos différents projets, Mental et Stalk, répondent à un objectif prioritaire, la reconquête des jeunes publics qui ne peut se faire sans ces innovations de tons, d’écriture et de réalisation », a d’ailleurs souligné Sened Dhab, directeur de la fiction numérique de France Télévisions lors de la conférence de la chaîne.

« La France ne peut pas rivaliser côté budget »

VRAI. « La France ne peut pas rivaliser côté budget », considère David. « On sent un manque de moyens », renchérit Pierre. « Si l’on regarde les chiffres du CNC, les budgets de productions anglaises, sans parler des américaines, sont bien supérieurs », confirme Olivier Wotling, directeur de la fiction Arte France.

« A Arte, dans nos coproductions avec les pays scandinaves ou l’Allemagne, il n’y a pas de différentiel de budget », ajoute l’expert. Cela affecte-t-il les contenus ? « Il y a surtout une question de production value, d’arriver à tirer et à optimiser les moyens et nous avons le souci chez Arte de tirer le meilleur de moyens qui restent limités », souligne-t-il. Même stratégie chez Orange. Boris Duchesnay, directeur des programmes de OCS, estime qu’il faut aller « chercher l’audace dans l’écriture et la réalisation » et pallier à ce manque de moyens en étant « plus disruptifs ». « Il y a beaucoup de talents en France, on peut détourner ce problème de moyens en faisant des fictions de qualité », estime-t-il, soulignant tout de même que « la SF et le fantastique méritent des financements plus importants ».

Pour concurrencer les Anglo Saxons sur des projets plus ambitieux, il y a la coproduction. « Il y a des initiatives de coproductions. On a vu par exemple au Festival de la Rochelle Le Bazar de la charité de TF1 une volonté de faire quelque chose de spectaculaire en allant chercher des partenaires à l’étranger. Les Anglais le font beaucoup, les Français un peu moins, mais il y a des projets de séries ambitieuses », note Boris Duchesnay.

« L’Europe revêt une importance majeure aujourd’hui, puisque avec l’arrivée des plateformes, on peut se demander quelles pourraient être les prochains territoires, pas forcément de repli, mais les nouveaux territoires d’entente, là où l’on peut augmenter nos capacités de création et de circulation des œuvres », estime Stéphane Strano. Même son de cloche sur France 2 « 22 projets sont en développement dont 6 avec l’Alliance », groupe constitué avec les Allemands de ZDF et les Italiens de la Raï, « qui a pour vocation de partager des projets toujours de plus ambitieux sur de la coproduction européenne », a annoncé Nathalie Biancolli, directrice des acquisitions et de la fiction internationale de France Télévisions, lors de la conférence du groupe.