VIDEO. Pourquoi « Jane the Virgin » est bien plus qu’une parodie sympa de telenovela

SERIE « Jane The Virgin » revient pour une cinquième et ultime saison sur Téva, et sous ses airs de parodie de telenovela, de plaisir immédiat, elle est l’une des séries les plus importantes de la décennie

Vincent Julé

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Image extraite de la saison 5 de «Jane the Virgin».
Image extraite de la saison 5 de «Jane the Virgin». — Copyright Lisa Rose/The CW

Il y a des séries comme ça. Des séries qui ne paient pas de mine, que beaucoup binge-watchent et adorent, mais que l’on fait passer pour des plaisirs coupables, qu’il ne faut pas non plus comparer aux œuvres prestigieuses d’un HBO. C’était le cas hier de Buffy, depuis réhabilitée, étudiée à l’université et célébré lors de son 20e anniversaire, et c’est à nouveau le cas aujourd’hui de Jane The Virgin. « Ah oui, la parodie de telenovela, c’est sympa. » Alors que la série s’est terminée cet été aux Etats-Unis et que sa cinquième et ultime saison commence jeudi soir sur Téva, il est temps de commencer, ou de continuer, sa réhabilitation, qui est déjà à l’œuvre outre-Atlantique, mais trop peu chez nous.

« Straight out of a telenovela, right ? ! »

Alors oui, Jane The Virgin se présente comme une telenovela avec son héroïne pieuse et vierge inséminée par accident par le sperme d’un ancien crush de jeunesse. Elle est même l’adaptation d’une vraie telenovela vénézuélienne. Mais rien que d’écrire son pitch paraît anachronique aujourd’hui tant la série s’est vite révélée autre chose, bien plus. Qu’il s’agisse des manigances de la méchante Sin Rostro, des retournements de situations familiales et autres intrigues  « straight out of a telenovela, right ? ! », la créatrice Jennie Snyder Urma n’en fait jamais le moteur ou le cœur de sa série. Elle les intègre, les digère, les met en scène et en perspective, avec amour et humour via par exemple l’inénarrable Rogelio de la Vegaaa, mais l’essentiel est ailleurs.

Une histoire d’amours et de générations

Le triangle amoureux entre Jane, Michael et Raphael, l’un des meilleurs de l’histoire de la télévision, n’est ainsi jamais traité de manière artificielle, toujours avec réalisme, profondeur et le temps qu’il faut. C’est pourquoi les fans se déchirent encore entre #TeamMichael et #TeamRaphael, en souvenir du bon temps des #TeamPacey vs. #TeamDawson, alors que la série ne fait pas de mystère qu’elle est… #TeamJane ! Ou encore team Villanueva, du nom que portent trois générations de femmes : Jane, sa mère Xiomara, et sa grand-mère Alba. Elles sont l’histoire d’amour de Jane The Virgin.

Une leçon d’humanité

A travers elles, la série raconte un petit bout d’histoire de l’Amérique, de la femme, et allons-y, de l’humanité. Quelles que soient les aventures sentimentales ou telenovelaesques qu’elles vivent, le téléspectateur les retrouve assises sous le porche de leur maison pour une leçon de bienveillance, de communication, de tolérance, d’inclusivité et donc d’humanité. Jane The Virgin s’est ainsi imposée, mine de rien, comme un commentaire politique et social de l’actualité, à l’instar, mais en plus subtil, d’un Grey’s Anatomy, The Bold Type ou Au fil des jours – trois séries à voir absolument.

Son ultime tour de force est de brouiller la frontière entre les personnages et leurs interprètes. Le téléspectateur finit par aimer Jane et sa famille comme s’ils existaient, et par extension le casting d’acteurs et d’actrices, de Justin Baldoni et son TED Talk sur la masculinité toxique à Gina Rodriguez, en passe de devenir une icône et la future présidente des Etats-Unis. Dans une série. Pour l’instant.