« Il était une seconde fois » : « Aucune rupture ne peut effacer le temps d’un amour », confie Gaspard Ulliel

INTERVIEW « 20 Minutes » a rencontré Gaspard Ulliel qui campe Vincent dans « Il était une seconde fois », la minisérie réalisée par Guillaume Nicloux pour Arte

Anne Demoulin
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Gaspard Ulliel campe Vincent dans « Il était une seconde fois» de Guillaume Nicloux.
Gaspard Ulliel campe Vincent dans « Il était une seconde fois» de Guillaume Nicloux. — Christophe Offret
  • Après le film Les Confins du monde, Gaspard Ulliel retrouve le réalisateur Guillaume Nicloux pour une minsérie intitulée Il était une seconde fois
  • La minisérie, diffusée sur Arte ce jeudi, a été produite par la chaîne franco-allemande « avec la participation de Netflix ».
  • La minisérie suit un trentenaire qui a l’opportunité de reconquérir son amour perdu, en retournant dans le passé grâce à un mystérieux cube.

Il était une seconde fois… pour  Guillaume Nicloux et  Gaspard Ulliel. Après avoir collaboré au cinéma pour Les Confins du monde, l’acteur a retrouvé le cinéaste pour une minisérie télévisée, coécrite avec Nathalie Leuthreau, produite par Arte « avec la participation de Netflix ». Dans Il était une seconde fois, diffusée ce jeudi sur la chaîne franco-allemande, Vincent (Gaspard Ulliel) a l’opportunité de reconquérir Louise (Freya Mavor, actrice britannique connue pour son rôle de Mini McGuiness dans Skins), son amour perdu, en retournant dans le passé grâce à un mystérieux cube. Voyage temporel avec Gaspard Ulliel.

Est-ce l’envie de tourner « une seconde fois » avec Guillaume Nicloux qui vous a fait accepter ce rôle ?

Oui, mais il n’était pas l’unique raison. La rencontre avec Guillaume Nicloux a été très importante pour moi. On a vécu, je pense, l’un et l’autre, le tournage des Confins du monde comme une rencontre importante dans nos parcours respectifs et on avait cette envie de poursuivre. Je ne pensais pas que cela arriverait aussi rapidement !

Comment décririez-vous votre personnage dans Il était une seconde fois ?

Vincent Dauda est un trentenaire qui essaie d’oublier un échec amoureux assez récent et essaye de se perdre dans les excès. On lui livre par erreur un cube qui lui permet de remonter le temps, neuf mois en arrière. Le temps d’une gestation. Il se dit qu’il a peut-être l’occasion de reconquérir son ex. C’est quelqu’un qui n’est jamais à la bonne place, c’est la sensation que j’avais en l’incarnant. On peut aisément le voir comme quelqu’un de fragile, à la lisière de la folie.

D’ailleurs, on ne sait jamais vraiment si Vincent vit réellement, rêve ou délire ce qu’on voit à l’écran…

L’exploration de tous les autres qu’on a en soi est au cœur du dispositif et du personnage. Cela me touche directement parce que c’est au cœur de mon métier. Il y a aussi cette inclinaison un peu schizophrénique à se perdre dans la fiction ou utiliser la fiction pour nourrir ou modeler la réalité du présent. C’est ce qu’on fait tous. Il s’agit d’une histoire d’amour et dans une histoire à deux, qu’est ce qu’on fictionne de l’autre ? Qu’est-ce qu’on projette de soi-même dans l’autre ? Quand on repense à une histoire d’amour passé, nos souvenirs sont un peu déformés. Il était une seconde fois raconte, et j’aime bien cette idée, qu’aucune rupture ne peut effacer le temps d’un amour. C’est complètement indélébile.

Comme dans les films de David Lynch, il faut accepter de se perdre dans les temporalités et les réalités de cette quête existentielle et amoureuse…

Avec Guillaume Nicloux, il faut accepter de se laisser aller à une expérience un peu différente. Et c’est là que cela prend toute sa force. La série n’est pas forcément exigeante mais elle demande une forme de lâcher prise.

Que voyez-vous dans ce mystérieux cube ?

Existe-t-il ? Existe-t-il seulement dans le cerveau de Vincent ? Renvoit-il réellement au passé ? On peut le lire comme on veut. Moi, j’y vois un cube qui nous amène dans un ailleurs, quelque chose d’irréel, de fantasmé. J’aime l’idée qu’une histoire d’amour, ça ne se vit pas forcément dans le passé, le présent ou le futur, mais dans l’ailleurs, un temps qui n’appartient qu’aux seuls amants. Ces deux personnages sont enfermés dans un temps qui n’appartient qu’à eux. Le temps n’avance plus. C’est ce qui arrive quand on a du mal à oublier une histoire passée. D’un coup, on appuie sur pause et on est bloqué sur la perte de cet amour et on n’arrive plus à avancer.

Si vous receviez ce cube, aimeriez-vous voyager dans le temps comme Vincent ?

Non, je le renverrai immédiatement à l’expéditeur. De la même manière que je n’aimerai pas connaître le futur, ce sont des choses qui m’effraient terriblement et qui ne m’intéressent pas. Je vois ça comme une expérience forcément négative, pernicieuse, pleine de pièges. Surtout quand il s’agit de revisiter son passé. Evidemment, j’ai tendance à le faire comme tout le monde, mais je m’efforce de le faire le moins souvent possible.

Comment s’est passée la collaboration avec Freya Mavor ?

On s’est rencontré sur le plateau. Il y a eu une forme de déclic facile et évident. J’imaginais une fille moins solaire pour camper Louise… La force de Freya, c’est que tout en étant extrêmement lumineuse, elle a aussi cette fêlure, cette tristesse au fond du regard. Cette ambivalence est assez saisissante et bien vue de la part de Guillaume.

Le bilan de cette première incursion dans le monde des séries ?

L’expérience de la série en tant qu’acteur, c’est l’opportunité de pousser les choses plus loin, d’explorer plus en profondeur les personnages. La contrepartie, c’est qu’il faut s’engager sur le temps. La minisérie me semble donc plus évidente. Dans l’exercice pur du tournage, je n’ai pas vraiment vu de différence avec le cinéma…. sans doute parce qu’on a toujours eu le même réalisateur.

Regardez-vous des séries ?

J’y suis venu sur le tard et j’ai tendance à regarder de la minisérie parce que la série, c’est très chronophage. Même si j’ai pris du plaisir sur des séries plus longues comme Twin Peaks ou The Wire, Breaking Bad, j’ai tendance à choisir des choses plus courtes.

Etes-vous partant pour une saison 2 ?

Complètement ! C’est quelque chose qu’on a évoqué mais pour le moment, ce n’est pas un projet concret. On verra s’il y a des envies de la part d’Arte ou Netflix. Guillaume Nicloux y pense et a une idée assez précise de ce que cela pourrait être. On serait ravis de poursuivre. La première saison est suffisamment riche pour pouvoir proposer une saison 2 qui soit très différente comme avec cette intrigue farfelue au Groenland…