VIDEO. «Saint Seiya: Les Chevaliers du Zodiaque»: La série animée Netflix est-elle une trahison?

BAD COSMOS Les fans des «Chevaliers du Zodiaque» sont prêts à faire exploser leur cosmos si la nouvelle série animée Netflix ne respecte l'oeuvre orginale, et c'est mal parti

Vincent Julé

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«Saint Seiya», alias «Les Chevaliers du Zodiaque», revient sur Netflix avec une nouvelle adaptation libre et polémique.
«Saint Seiya», alias «Les Chevaliers du Zodiaque», revient sur Netflix avec une nouvelle adaptation libre et polémique. — Masami Kurumada / Toei Animation / Netflix

Que ce soit sous le titre Saint Seiya, le manga de Masami Kurumada édité chez Kana, ou Les Chevaliers du Zodiaque, l’adaptation animée diffusée sur TF1, plus besoin de présenter les aventures de Seiya et des Chevaliers de bronze, protecteurs d’Athena. Leur aura a traversé les décennies et les générations avec des suites (Hadès et Omega pour l’animé, Next Dimension pour le manga), des films (Eris, Abel, Lucifer…), des spin-off (Episode G, The Lost Canvas, Saintia Shō, Soul of Gold) et des produits dérivés (les fameux Myth Cloth). Et ce n’est pas fini. Netflix met en ligne vendredi une nouvelle série et adaptation animée, et un film live et hollywoodien est en préparation.

« Entre prendre le risque de voir s’éteindre la franchise et celui de laisser une nouvelle génération d’auteurs la réinterpréter à sa manière, Masami Kurumada a clairement opté pour la deuxième option, annonce direct Valérie Précigout, autrice du Mythe Saint Seiya chez Third Editions. Un tel choix conduit forcément à de bonnes et de mauvaises surprises, aucun fan ne pouvant se retrouver dans la totalité de ces œuvres. Mais c’est justement cette diversité de dérivés qui démontre à quel point Saint Seiya peut encore être une source d’inspiration surprenante. »

Action vs. Emotion

Pour être surprenante, la série Netflix l’est assurément, entre le choix de l’animation en images de synthèse, la modernisation de l’univers (Seiya fait du skate, les Chevaliers combattent des hélicoptères) et des combats dignes de Star Wars. Enfin, d’après les bandes-annonces, car la presse n’a pas eu accès aux épisodes comme c’est presque toujours le cas avec les créations originales du service de streaming. « Il y a effectivement de quoi craindre le pire, commente la spécialiste. Non seulement le rendu 3D dénature l’image que l’on a de la série, mais on a toutes les raisons de craindre que la vision de Saint Seiya par Netflix ne se réduise qu’à son action brute. Il y a peu de chances qu’elle parvienne à restituer la même force émotionnelle que celle de la première série. »

En 2015, le long-métrage La Légende du Sanctuaire proposait déjà une adaptation (très libre) et une modernisation (très limite) des Chevaliers du Zodiaque. « Le film a le mérite de justement mettre en évidence cette frontière qui sépare désormais les puristes de Saint Seiya et un public prêt à voir certains codes sacrifiés sur l’autel de la modernité et du grand spectacle. Mieux vaut le considérer comme une interprétation désinvolte, une désacralisation du mythe par l’autoparodie pour en apprécier les qualités, une certaine audace et une efficacité visuelle. » C’est tout le mal que l’on souhaite à la série Netlix.

La polémique Shun

Sauf qu’elle n’a pas seulement changé l’esthétique, l’histoire mais aussi les personnages, et plus précisément le genre d’un chevalier : Shun est devenu une femme. « ll y a trente ans, que des hommes se battent pour sauver le monde sans femmes à leurs côtés, n’était pas un problème. Mais c’en est un aujourd’hui. Notre monde a changé », a justifié le scénariste Eugene Son sur Twitter, avant de fermer son compte face au tollé. « C’est loin d’être un point de détail, renchérit Valérie Précigout. La présence d’un personnage tel que Shun, aux antipodes des standards de virilité attendus, démontrait que l’héroïsme pouvait s’incarner sous différentes formes. Le choix d’en faire un être pacifique, sensible et haïssant la violence, revêtait un sens primordial dans l’œuvre originale, et tout cela vole en éclats si Shun n’est pas un homme. »

Un public large et mixte

Selon l’autrice du Mythe Saint Seiya, « l’identité du manga de Kurumada, et par extension celle de la première série animée qui a su en transcender les codes, est construite sur les valeurs que véhiculent ses héros. Une bonne adaptation doit montrer qu’en dépit de leurs différences, les protecteurs d’Athéna ne se battent jamais par plaisir mais par devoir selon le code typique de la chevalerie : le dépassement de soi au mépris de la mort est le seul garant de la victoire. La mythologie et les constellations achèvent de rendre Saint Seiya attractif pour un public large et mixte ». Ce dernier peut se laisser tenter par le reboot 3D, mais aussi lui préférer, toujours sur Netflix, le Chapitre Hadès, suite directe de la série originelle et adaptation fidèle de la fin du manga, et pour laquelle les fans avaient dû attendre près de quinze ans !