La famille recomposée de Le grand Bazar sur M6
La famille recomposée de Le grand Bazar sur M6 — ELEPHANT/M6

INTERVIEW

«Le grand bazar» sur M6: «Quand on raconte une famille, c’est forcément politique»

Baya Kasmi et Michel Leclerc ont coécrit la nouvelle série familiale de M6, « Le grand bazar ». Pour « 20 Minutes », les scénaristes expliquent l’originalité de leur création

« Les auteurs prennent désormais en compte le fait que le téléspectateur est intelligent. C’est quand même une nouveauté ! » Grégory Montel est ravi d’incarner Nicolas, le père dans Le grand bazar, nouvelle série familiale qui débarque mardi sur M6. Les auteurs en question sont Baya Kasmi, déjà scénariste Le Nom des gens et Hippocrate, et Michel Leclerc, auteur pour Fais pas ci, fais pas ça. Or, en France, quand on parle de série familiale de qualité, la référence à Fais pas ci, fais pas ça n’est jamais très loin.

M6 avait déjà tenté de prendre la relève de la série à succès de France 2 avec Qu'est-ce qu'on attend pour être heureu. Un échec… Cette fois, la famille au cœur de l’intrigue, les Rousseau-Bensaïd, compose un foyer recomposé, « paisible et harmonieux » qui accueille un nouveau bébé. Les problèmes, et la comédie, arrivent avec les parents, les ex, les collègues… Grâce à des dialogues vifs, qui sonnent justes mais pas naturalistes, et des personnages d’enfants très réussis, Le grand bazar a de nombreux atouts pour s’imposer comme un succès de l’été.

Baya Kasmi et Michel Leclerc ont répondu aux questions de 20 Minutes.

Vous êtes en couple. Votre série est-elle autobiographique ?

Baya Kasmi : En un sens, bien sûr, puisqu’on est nous-mêmes une famille mixte et recomposée. On y a mis beaucoup de choses qu’on a vécues.

Michel Leclerc : Quand on part de rien, on a tendance à aller vers des archétypes, quand on part de choses qu’on a pu vivre, on inclut la complexité du réel, et cela devient plus intéressant parce que les gens sont dans leurs contradictions, dans des choses pas logiques. Alors que si on part d’une feuille blanche, on veut toujours être logiques.

B.K. : On a constaté avec nos films que quand on part de sa propre expérience, bizarrement, on parle à plus de gens.

Même s’il s’agit d’une comédie, votre série a également une dimension politique et sociologique. Était-ce votre objectif dès le départ ?

M.L. : Oui, notre scénario doit dire quelque chose de la névrose des personnages qui dit quelque chose de la société.

B.K. : On a envie de faire une série familiale, qui puisse se regarder en famille et qui soit de la vraie comédie où on ne boude pas son plaisir. Et ce jeu entre l’histoire qu’on raconte a priori et ce que ça raconte en dessous, on aimait bien.

M.L. : Faire une série vraiment joyeuse qui se passe en banlieue, à Bagnolet, sur une famille mixte et recomposée, je trouve qu’il y a quelque chose de politique là-dedans. Ce n’est pas une série sur la banlieue glauque avec des dealers…

A la différence de votre précédente série, Fais pas ci, fais pas ça, qui se passait à Sèvres ?

M.L. : Exactement. La plupart des comédies familiales qu’on connaît en France se passent toujours dans des milieux assez bourgeois. Là, avec Le grand bazar, il y avait cette idée d’une comédie familiale qui se déroule en banlieue dans un milieu populaire. Et puis l’autre idée qui me semble politique, c’est que certes, c’est une série sur la mixité, mais dont la mixité n’est pas le sujet. On est au-delà de " Ah, comme tu es différent, est-ce que je vais t’accepter ?"… Il n’y a aucun problème entre les parents s’accepter. Cela ne veut pas dire qu’on ne parle pas des sujets liés à l’identité de chacun, qu’on élude comme si cela n’existait pas, mais l’acceptation de l’autre n’est pas un sujet. Je n’ai qu’une envie c’est que tout le monde puisse s’identifier à la famille Rousseau-Bensaïd.

B.K. : Quand on raconte une famille, c’est forcément politique, ça raconte toujours quelque chose sur la société. On s’est questionné et pour écrire une série moderne, on a en tant qu’auteur une vision des femmes, des hommes, du couple aujourd’hui et aussi de la France d’aujourd’hui, de la mixité, on a l’impression qu’il y a des sujets sur lesquels il faut avancer dans la fiction française.

Avez-vous des modèles, des références en la matière ?

B.K. : La comédie italienne des années 1960 et 1970, une époque où l’on faisait de la comédie sociale sans misérabilisme, très glamour, dans des milieux populaires. On a aussi pensé à Un Éléphant, ça trompe énormément, à ses comédies où l’on peut tout se permettre et aller très loin avec les personnages, qui sont un peu fous.

 

20 secondes de contexte

Cette interview a été réalisée lors d’une table ronde au festival Séries Mania de Lille en avril 2019.