VIDEO. «Neon Genesis Evangelion» sur Netflix: Une nouvelle génération de fans pour l'animé culte?

ANIMATION Animé culte des années 1990 et object de fascination pour les fans, « Neon Genesis Evangelion » débarque sur Netflix et a tout pour rendre accros – et fous – les nouvelles générations

Vincent Julé

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«Neon Genesis Evangelion» est l'une des séries les plus importantes et influentes de la japanime, maintenant disponible sur Netflix
«Neon Genesis Evangelion» est l'une des séries les plus importantes et influentes de la japanime, maintenant disponible sur Netflix — Gainax / Dybex
  • Créée par Hideaki Anno et diffusée à la fin des années 1990, la série Neon Genesis Evangelion a révolutionné le monde de l’animation japonaise.
  • La série appartient au genre « mecha », ces robots géants qui peuplent l’imaginaire nippon, mais verse aussi dans la philosophie, le religieux, la psychanalyse.
  • Evangelion a connu plusieurs vies, versions, films et fins.

De Castlevania à Devilman Crybaby en passant par Baki et bientôt 7 Seeds, Netflix a développé une vraie appétence pour l'animation japonaise. La plate-forme s’est déjà fait le refuge des comédies musicales et des teen shows, et compte bien devenir « the place to be » pour les fans de japanime, avec par exemple une nouvelle série Les Chevaliers du Zodiaque, l’adaptation live de Cowboy Bebop et la rumeur persistante One Piece. Autre signe d’allégeance, Neon Genesis Evangelion sera disponible vendredi en version remastérisée HD. Et l’animé culte des années 1990 pourrait conquérir une nouvelle génération de fans. On vous explique pourquoi.

Parce que c’est sur Netflix et en HD

Diffusée d’octobre 1995 à mars 1996 sur TV Tokyo, Neon Genesis Evangelion raconte comment quinze ans après le Second Impact, un cataclysme planétaire, la ville forteresse Tokyo-3 est attaquée par les Anges, des êtres mystérieux et gigantesques. Pour se défendre, l’organisation secrète NERV construit des Evangelions, ou Evas, robots géants et anthropoïdes contrôlés par des adolescents. La série devient vite un phénomène au Japon et est repérée par l’éditeur Dynamic Visions, qui la distribue en France fin 1996 en VHS version originale sous-titrée français. L’auteur de ces lignes se rappelle encore les avoir achetées au festival Epitanime et les avoir fait tourner jusqu’à l’usure sur le magnétoscope parental.

Il faut attendre l’année suivante pour découvrir l’animé à la télévision, sur la chaîne câblée C :, avant que Canal+ ne le propose en VF et en clair en 1998. De nombreuses rediffusions et éditions DVD suivront, mais Evangelion ne sera jamais disponible en streaming. Son arrivée sur Netflix est donc une première, accompagnée des films Death (True) ² et The End of Evangelion. De quoi permettre aux anciennes et nouvelles générations de profiter au mieux, en version remastérisée et haute définition, d’une oeuvre clé et complexe de la japanime. Le trailer de Netflix est d’ailleurs trompeur sur la marchandise, comme le souligne ironiquement un commentaire YouTube : « C’est ça, attirez-les avec de la musique dubstep et des robots géants, puis écrasez-les avec une crise existentielle et des adolescents dépressifs ». Pas mieux.

Parce qu’un certain âge d’or de la japanime

De Dragon Ball Z et Les Chevaliers du Zodiaque hier à L’Attaque des Titans et One-Punch Man aujourd’hui, l’animation japonaise n’est pas avare en succès, majoritairement des adaptations de mangas. Mais la fin des années 1990 a vu naître coup sur coup plusieurs séries originales, aujourd’hui cultes : Cowboy Bebop, Vision of Escaflowne, Serial Experiments Lain ou encore Neon Genesis Evangelion.

Cette dernière est peut-être la plus précurseure et influente de toutes, participant à la popularisation de la japanime dans le monde et annonçant la décennie d’animés à venir : RahXephon, Texhnolyze, Gasaraki, Nadesico, FLCL… Son créateur Hideaki Anno, formé à l’école Hayao Miyazaki sur son film Nausicaä, avait déjà marqué la japanime avec Gunbuster et Nadia, le secret de l’eau bleue, mais Evangelion restera l’oeuvre de sa vie, qu’il revisitera en permanence, même dans ses autres travaux, à l’instar de Godzilla Resurgence.

Parce qu’il y a des robots géants

Evangelion s’inscrit dans le genre « mecha », du nom de ces robots géants qui peuplent l’imaginaire japonais. Ses représentants les plus célèbres sont Goldorak, Robotech, Patlabor et bien sûr Mobile Suit Gundam, qui fêtera ses 40 ans au prochain Japan Expo. Mais Hideaki Anno se réapproprie la figure, et ses Evas ne sont plus simplement des robots géants, mais aussi des créatures organiques et des extensions de leur pilote. Il faut ainsi les voir passer en mode « Berserk » telles des bêtes enragées et tout massacrer sur leur passage. Leur design est aussi moins lourd, plus élancé, et l’action acquise à la vitesse et aux déformations. Avec à la clé plusieurs morceaux de bravoure.

Parce que c’est une série unique, polémique, philosophique

Mais Evangelion n’est pas qu’une série d’action. Au fil des épisodes, elle révèle sa vraie nature, mutilple. Les Evas, les Anges, le Nerv et les héros ados, Shinji en tête, sont les acteurs d’une mythologie complexe, le fameux « Plan de Complémentarité de l’Homme », nourri de références culturelles (Philip K. Dick, Arthur C. Clark, etc.), religieuses (Adam et Lilith, les manuscrits de la mer morte, la symbolique chrétienne, etc.) ou psychanalytiques (Schopenhauer, Freud, Lacan). La série prend souvent les attentes du spectateur à contre-pied, laisse la place aux interprétations et pète littéralement les plombs à la fin. Les deux derniers épisodes jouent en effet la carte de l’introspection et de l’abstraction, faute de temps et de budget selon certaines sources ou d’improvisation de son auteur selon d’autres. A côté, Game of Thrones passe pour un petit joueur.

Parce que la série n’est pas finie

Face à l’incompréhension et la colère des fans, le studio Gainax et le réalisateur Hideaki Anno produisent deux films, dont les versions définitives Death (True) ² et The End of Evangelion sont également disponibles sur Netflix. Le premier est un montage récapitulatif des 24 premiers épisodes, tandis que le second propose une fin alternative mais non moins prise de tête. Et ce n’est pas tout.

Dix ans plus tard, en 2007, Hideaki Anno décide de « refaire » Evangelion avec une série de quatre films cinéma, Rebuild of Evangelion, et de se rapprocher au plus près de ce qu’il avait en tête à l’origine, que ce soit en matière de réalisation ou de scénario. Un peu à la George Lucas sur Star Wars. Le dernier film, qui devrait apporter une conclusion inédite et définitive, est attendu depuis des années et maintenant annoncé pour 2020.