La violence dans «The Handmaid’s Tale» divise: «Torture Porn» inutile ou pamphlet féministe?

BOYCOTT L’adaptation du roman de Margaret Atwood, « The Handmaid’s Tale » revient ce jeudi pour une troisième saison. Le cauchemar continue donc pour l’héroïne June, et certains spectateurs

Marie Gicquel

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Elizabeth Moss prête à tout dans la bande-annonce de la saison 3 de «The Handmaid's Tale»
Elizabeth Moss prête à tout dans la bande-annonce de la saison 3 de «The Handmaid's Tale» — Capture écran Hulu
  • OCS diffuse en France la saison 3 de « The Handmaid’s Tale » dès ce jeudi.
  • Certaines téléspectatrices estiment que cette dystopie fétichise les violences faites aux femmes.
  • Pour d’autres au contraire, il s’agit d’une œuvre salvatrice qui adopte un regard féminin sur le viol et le patriarcat.

Les voix s'élevaient déjà l'année dernière, lors de la diffusion de la saison 2 de cette dystopie glaçante, qui s’ouvrait sur une des scènes les plus macabres de la série - un simulacre de pendaison collective – et se poursuivait sur treize épisodes ponctués de châtiments terribles. « Trop de violence, tue la violence » clamaient des spectateurs lassés par ce show gore. Un article a cristallisé la déception des téléspectateurs et des critiques : «  Pourquoi j'ai cessé de regarder La servante éclarlate ». Il provient de la journaliste Fiona Sturges du quotidien britannique The Guardian qui dénonce : « Dans cette seconde saison, The Handmaid’s Tale a effacé toute forme d’espoir, ravalé sa fureur, abandonné le commentaire social d’Atwood et sombré dans une cruauté cynique et sans fondement… »

Alors que débute la saison 3 de The Handmaid’s Tales, diffusée en France sur OCS, un mouvement de boycott semble s’amorcer.

Hyperviolence gratuite et sans message

Fiona Sturges le concède, la violence à la télévision n’est pas nouvelle, ni rare. Mais, elle pointe le fait que le chemin de croix de l’héroïne continue encore et encore, qualifiant ces violences de torture porn, un des sous-genres du cinéma d’horreur, qui met en scène des personnages martyrs et souffre-douleurs de sadiques pervers.

Dans cette société futuriste décrite dans The Handmaid’s Tale, les femmes deviennent stériles à cause des bouleversements climatiques et les rares «femelles» encore fécondes sont destinées à devenir les esclaves sexuelles de riches gouverneurs. Viols, coups, mutilations, tortures psychologiques… Les héroïnes ne sont pas non plus épargnées par la réalisation qui multiplie les gros plans asphyxiants sur leurs visages.

En France, la journaliste Nora Bouazzouni prend la même décision que sa consœur britannique : « Je refuse de regarder la saison 3 car trop c’est trop : on a l’impression que la série utilise les mêmes codes pour se faire de l’argent, tant pis si elle verse dans la torture. » Des mises en scène violentes hyperréalistes « qui ne dénoncent plus grand-chose », poursuit Nora Bouazzouni. « Sous couvert de personnages femmes fortes, on affirme que la série est une dénonciation des violences, mais c’est absurde. Ici, on esthétise et systématise la violence, sans message. »

Une riposte promise par le producteur

Pourtant, le vent pourrait bien tourner pour l’héroïne de la série incarnée par Elizabeth Moss.«La saison 3 sera celle de la rebellion» annonce le producteur de la série, Bruce Miller  au magazine américain TV Guide. Je crois qu’il est temps pour elle de riposter. » Cela dit, pour le producteur, la saison 2, était déjà celle de la rebellion...

Pas sûr que cela apaise les déçus, comme Nora Bouazzouni : « Il faudrait donc qu’une femme endure les pires tortures pour se rebeller. On dirait que ces personnages de femmes se façonnent par les violences. June n’est pas un personnage résigné, elle se rebelle depuis le début. »

Néanmoins, la série trouve encore des fans qui s’accrochent au penchant engagé de la série. « J’attends la saison 3 avec impatience ! » déclare Iris Brey, auteure du livre Sex and The Series. Pour elle, la saga ne verse absolument pas dans le torture porn. « C’est l’une des seules séries qui réfléchit à la manière dont on montre le viol : elle le filme à travers le regard, la perception, de la femme violée. Elle veut montrer un acte qui déshumanise le personnage. Forcément c’est désagréable à regarder et insoutenable, mais nous nous sommes habitués à regarder le viol comme un élément scénaristique. On ne peut pas parler de torture porn, la mise en scène de ces viols comporte un message, ces viols sont perçus comme des moments interminables et traumatisants. »

Et « Game of Thrones » alors ?

L’autrice conclue, avec un argument plutôt convaincant : « Dans Game Of Thrones qui est aussi une dystopie, personne ne s’interroge sur les violences faites aux femmes. Cette tendance raconte quelque chose de notre société : lorsque les violences sont perçues par la victime, c’est toujours moins accepté et lorsque les intrigues sont portées par des personnages féminins, c’est toujours plus critiqué. »

En attendant, la saison 2 s’était terminée sur un final frustrant : June, qui avait l’opportunité de s’enfuir, laisse son bébé à Emily, et décide finalement de rester à Gilead. Un retour à la case départ, promesse de nouvelles tortures. Les audiences parleront… Les trois premiers épisodes seront donc disponibles dès jeudi sur la plateforme de streaming OCS Go et diffusés à partir de 20h40 sur la chaîne OCS Max.