«Mouche», un remake réussi de «Fleabag»? Un peu, beaucoup ou pas du tout...

AMOURS Canal+ diffuse ce lundi «Mouche», la version française de la série de la BBC, «Fleabag». Une adaptation réussie? L'avis de quatre fans de l'original

Le service Culture de «20 Minutes»

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Camille Cottin dans Mouche, série Canal+
Camille Cottin dans Mouche, série Canal+ — Pascal Chantier

Canal+ dévoile une série « Création originale », dès lundi soir. Du moins c’est comme ça que la chaîne présente Mouche, de Jeanne Herry et avec Camille Cottin dans le rôle-titre. Or, cette Mouche était un « sac à puces » dans Fleabag, série britannique dont la série Canal est très (très) inspirée.

Alors, cette adaptation française d’une série que le service Culture de 20 Minutes avait adorée, fait-elle mouche* ? Nonobstant la qualité médiocre de ce dernier jeu de mots, quatre journalistes expliquent à quel point ils ont aimé…

Pas du tout, par Laure Beaudonnet

Fleabag, écrit et interprété par l’irrésistible Phoebe Waller-Bridge, était arrivé sur les écrans français comme un ovni : drôle, corrosif et irrévérencieux. Un vrai petit bijou anglais qui s’immisçait dans l’univers d’une jeune femme aux abois avec beaucoup d’ironie. Malheureusement, n’est pas Fleabag qui veut. Pas même Camille Cottin, devant la caméra de Jeanne Herry, qui a tendance à surjouer les apartés, si bien que la complicité entre l’héroïne et le spectateur n’arrive jamais vraiment à se mettre en place. Si la version française reprend l’originale quasiment à la réplique près, elle pâtit de certains de ses choix. Surtout celui de son actrice principale (rien de personnel, on adore Camille Cottin), mais pourquoi prendre une actrice de 40 ans alors qu’il est question de la trentaine et des incertitudes qu’elle recèle. Fleabag se cherche encore dans la vie. Elle n’arrive pas à entrer dans l’âge adulte et elle ne sait pas ce qu’elle recherche en amour. Elle est immature et profondément désespérée. Bref, elle a 30 ans et c’est important. Regarder Mouche après Fleabag laisse la même impression qu’une promenade au musée Grévin, ça ressemble beaucoup mais ça crée le malaise.

Un (tout petit) peu, par Fabien Randanne

Phoebe Waller-Bridge fait corps avec Fleabag parce qu’elle incarne cette héroïne et parce qu’elle lui a donné vie à travers sa plume. Les deux saisons de la série sont un petit bijou de mélancolie, d’humour amer et d’ironie toute britannique. Elle se suffit à elle-même et la pertinence d’une telle adaptation française se pose : il s’agit d’un décalque, quasiment trait pour trait, situation pour situation, gag pour gag, de l’originale. Passer d’un décor londonien à un cadre parisien et changer de langue, n’apporte rien de très neuf au matériau de départ. Pour qui a déjà vu Fleabag, le visionnage de la version made in France est dispensable. Il sera possible de trouver matière à rire dans les quelques ajouts (par exemple, dans l’épisode 1, une scène de drague avec un militant de Nuit debout) ou de se réjouir de voir Anne Dorval reprendre le rôle de belle-mère passive agressive génialement campée par Olivia Colman. Mais dans l’ensemble, la folie a un goût de réchauffé.

Un peu, par Marie Gicquel

Pourquoi réaliser une série autour de la petite vie banale de cette héroïne ? Une comédie romantique de 80 minutes aurait suffi. A part les apartés – qui fonctionnaient plus avec Gaspard Proust dans L’Amour dure trois ans – de Camille Cottin – qui joue toujours les mêmes rôles de sans-cœur et sans complexe – on ne comprend pas l’intérêt de décliner cette intrigue en plusieurs épisodes. En cherchant, on a trouvé trois raisons de regarder Mouche. 1. Voir Pierre Deladonchamps en ex transi d’amour. 2. S’interroger sur le sex-appeal de Benoit Hamon. 3. Se souvenir de l’existence de la rue Casimir Perier à Paris.

A la folie, par Benjamin Chapon

Non, j’déconne, j’ai pas aimé non plus… Mais c’est difficile à assumer parce que Mouche est sans doute une série plutôt bonne, si on n’a pas vu Fleabag. Il y a donc un petit côté snob à dénigrer cette série française plutôt enlevée. Bien sûr, on se demande pourquoi faire une copie, même de bonne qualité, comme des Américains. La réponse est encore plus snob : le théâtre. Fleabag a été écrite, à l’origine, pour être une pièce de théâtre. De ce point de vue là, elle entre en quelque sorte au répertoire du Français en étant « mise en scène » par Jeanne Herry. Regarder un remake de Fleabag permet de constater qu’elle n’est pas qu’un bijou de mise en scène et de jeu d’actrices, c’est aussi une série merveilleusement écrite, un grand texte. Alors on dit merci Mouche.