VIDEO. «Good Omens»: Pourquoi la fantasy à l’anglaise ne se prend pas au sérieux (et tant mieux)

ADAPTATION Adaptée du roman de Terry Pratchett et Neil Gaiman, la série « Good Omens », disponible vendredi sur Amazon Prime Video, se présente comme l’anti- « Game of Thrones » et l’héritière des Monty Python

Vincent Julé

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On se rend pas trop compte là, mais c'est le bien contre le mal, le paradis et l'enfer, Michael Sheen et David Tennant dans «Good Omens» sur Amazon Prime Video
On se rend pas trop compte là, mais c'est le bien contre le mal, le paradis et l'enfer, Michael Sheen et David Tennant dans «Good Omens» sur Amazon Prime Video — Chris Raphael / Amazon
  • Lorsqu’il sort en 1990, Good Omens De bons présages (c’est le titre français) – marque la rencontre de Terry Pratchett et de Neil Gaiman, auteurs respectifs des Annales du Disque-monde et de Sandman.
  • Les sujets sont tout aussi graves que dans Game of Thrones, mais on préfère en rire avec intelligence et malice, bien aidé par le formidable duo Michael Sheen et David Tennant, et rappelant à quel point la fantasy à l’anglaise aime ne pas se prendre au sérieux.

« Il est avec nous ce soir. » A l’avant-première mondiale de Good Omens à Londres mardi, il y avait du beau monde dans la salle : Michael Sheen, David Tennant, Jon Hamm, Brian Cox, tous à l’affiche de la série, mais aussi un chapeau et une écharpe. Ils avaient même leur siège réservé au premier rang. « Il est avec nous ce soir. » Lorsque Neil Gaiman, ému, prononce cette phrase et montre le siège du doigt, il fait référence, et rend hommage, à Terry Pratchett, maître de la fantasy disparu en 2015 et son coauteur sur le roman Good Omens.

La dernière volonté de Terry Pratchett

Lorsqu’il sort en 1990, De bons présages (c’est le titre français) marque la rencontre des auteurs respectifs des Annales du Disque-monde et de Sandman. Excusez du peu. Et très vite, Terry Pratchett et Neil Gaiman réfléchissent à adapter au cinéma cette histoire de fin du monde, de naissance de l’Antéchrist, des quatre Cavaliers de l’apocalypse, de paradis et d’enfer. L’ex-Monty Python, Terry Gilliam, porte un temps le projet, qui, effet Lost in La Mancha, ne verra jamais le jour, au grand dam de Terry Pratchett. Avant sa mort, il fait ainsi promettre à son ami Rob Wilkins de détruire ses romans non-publiés au rouleau compresseur et il envoie une lettre à Neil Gaiman le priant de finir l’adaptation de Good Omens. Au retour de son enterrement, l’auteur d’American Gods et Coraline commencera à écrire les six épisodes de la série disponible vendredi sur Amazon Prime Video.

Les Monty Python partout

Dès son générique papiers collés, la série donne le ton, réponse parfaite à l’ère post-Game of Thrones. Les sujets sont tout aussi graves, mais on préfère en rire avec intelligence et malice, bien aidé par le formidable duo Michael Sheen et David Tennant, et rappelant à quel point la fantasy à l’anglaise aime ne pas se prendre au sérieux. « Je me souviens de nos interrogations au début de la série, explique Neil Gaiman. Nous ne savions pas encore à quoi elle pouvait ressembler, mais nous évoquions Powell et Pressburger, les Monty Python, des films comme La Vie de Brian ou Le Sens de la vie. » Le réalisateur Douglas Mackinnon renchérit : « De Terry et Neil à Douglas Adams [Le Guide du voyageur intergalactique] en passant par les Monty Python, nous sommes tous connectés, la série a été façonnée par tout le reste, par tout ce qui l’a précédée. Nous en avons conscience, et espérons, peut-être pas entrer dans un nouvel âge d’or, mais faire connaître cet héritage aux nouvelles générations. »

Ramener l’épique au superficiel

Et cet héritage, cet esprit so british dont Neil Gaiman se dit être « le petit-fils spirituel », l’acteur Michael Sheen le pratique assez pour se lancer dans une définition : « Pour tous, tous les Terry, Neil, Douglas, il s’agit de saper l’épique. Ils prennent un sujet plus grand qu’eux, énorme, comme la vie de Jésus, un univers tout entier, ou ici l’apocalypse, l’enfer et le paradis, et ils le ramènent au niveau de l’humain, du superficiel, de l’absurde. C’est très anglais. »

Et Miranda Richardson, actrice La Vipère noire, Harry Potter et maintenant Good Omens de conclure : « Nous ne sommes en effet pas dans la parodie, mais dans l’humain. Les Britanniques ont une seule manière de gérer la noirceur du monde, et en fait toute chose de la vie, c’est d’en rire. Plus le monde va mal, plus il est drôle. C’est le rôle de l’art, et nous en avons bien besoin dans ces temps désespérés et désespérants. »