CanneSeries: «Lagertha est arrivée au moment où l'on avait besoin de modèles féminins forts», estime Katheryn Winnick

INTERVIEW Katheryn Winnick, la star de la série « Vikings », fait parti du jury paritaire du festival CanneSeries, rencontre en avant-première...

Anne Demoulin

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Katheryn Winnick dans la cinquième saison de la série «Vikings».
Katheryn Winnick dans la cinquième saison de la série «Vikings». — History

Elle est l’héroïne de l’autre bulldozer médiéval fantastique, dont l’ultime chapitre est attendu pour la fin de l’année. Au cours de la première saison, les fans de Vikings​ ont découvert Lagertha, la belle épouse de Ragnar, et ont vite compris qu’elle était bien plus que sa femme. Au fil des saisons, elle s’est imposée comme la véritable héroïne de la série. Et Katheryn Winnick, son interprète, comme une figure de proue du féminisme.

L’actrice a accepté de faire partie du jury présidé par Baran bo Odar, créateur d’origine suisse de Dark, du festival CannesSeries, qui ouvre ses portes ce vendredi. 20 Minutes s’est entretenu au téléphone avec la star canadienne juste avant qu’elle ne prenne l’avion pour la Croisette…

Lagertha, héroïne de Vikings, c’était prévu dès le départ ?

Je devais initialement participer à seulement trois saisons. Les fans n’ont pas voulu me laisser partir. J’ai vraiment une chance folle d’avoir une fanbase aussi fidèle !

Qu’est-ce qui a séduit les spectateurs, selon vous ?

Lagherta est une mère, une épouse, une divorcée, une femme avec des valeurs familiales fortes, mais elle est aussi une guerrière qui se bat pour ce en quoi elle croit. C’est une femme forte. Elle est arrivée au moment où on avait besoin d’un modèle féminin fort, avec l’avènement des mouvements MeToo et TimesUp.

Jouer un personnage aussi fort vous a changé en tant que femme ?

Je suis très proche d’elle, j’ai mis beaucoup de moi-même en elle. J’admire son courage, ses valeurs fortes, le fait qu’elle croit au destin, et surtout qu’elle ne laisse jamais tomber. Elle fera toujours partie de moi.

Comment vous êtes-vous préparée à lui dire adieu ?

La sixième saison sera la dernière et je pense pouvoir dire sans spoiler qu’il va falloir dire au revoir à tous les personnages. J’ai pensé à ça. Une amie m’a suggéré de faire une sorte de cérémonie d’adieu. Je pense qu’il faut simplement la laisser partir, mais je ne sais pas encore comment je vais faire.

Beaucoup estiment qu’elle est le personnage le plus féministe à la télévision aujourd’hui, cela ne vous met pas trop la pression ?

C’est difficile pour moi de dire qu’elle est le personnage le plus féministe de la télévision, il y a tellement de séries incroyables avec de forts personnages féminins. Je ne ressens pas de pression, je n’y pense pas sinon je paniquerais !

Vous avez réalisé un des épisodes de la saison 6, racontez-nous cette expérience ?

J’ai toujours eu envie de faire de la réalisation, mais je n’ai jamais vraiment pensé que c’était possible à cause du manque d’opportunités pour nous les femmes. Après avoir participé à cette série pendant tant d’années, je me suis dit qu’il y avait une chance de passer derrière la caméra. Cela n’a pas été une bataille facile. J’ai eu le soutien du créateur du show, Michael Hirst, des acteurs et de toute l’équipe, ils ont été extrêmement généreux. Il a fallu être téméraire mais tout le monde m’a apporté son soutien. Je suis très fière de cet épisode et j’ai hâte que le public le découvre.

Réaliser, c’est un moyen de prendre le pouvoir pour les femmes à Hollywood ?

C’est très difficile pour une femme d’avoir l’opportunité de réaliser, c’est très dur. J’aimerais insister sur le fait que tout le monde devrait s’efforcer d’assurer l’égalité d’accès aux postes, nous avons besoin de femmes scénaristes, productrices et réalisatrices et aux postes exécutifs. La télévision a une telle influence sur les jeunes filles partout dans le monde !

Vous pensez que les séries participent à l’émancipation des femmes ?

Il y encore du chemin à faire ! On a vu plus de séries capables de bien représenter les femmes que de films. Je pense par exemple à The Good Wife ou The Handmaid’s Tale. Il y a encore trop de personnages féminins objectifiés, qui ne sont pas définis comme des protagonistes à part entière et capables d’être de vrais moteurs. C’est en train de changer, mais cela prend du temps. Je peux dire ça parce que je lis environ cinq scénarios par semaine. C’est très rare de trouver un autre personnage qui prend les choses en main comme Lagertha. Je vois encore beaucoup de rôles de simple épouse ou de faire-valoir. C’est pour cela que j’ai l’impression qu’il nous reste encore un long chemin à parcourir.

Quelle femme trouvez-vous inspirante ?

Lucille Ball, la vedette de la sitcom I Love Lucy. J’ai fait quelques recherches et elle est tellement plus que celle que je regardais enfant. Elle a été la première femme à la tête d’une société de production à Hollywood. Elle s’est battue pour l’égalité salariale. Elle a vraiment ouvert la voie aux femmes à Hollywood !

Le festival CannesSeries va signer la charte « 5050 en 2020 » pour la parité et la diversité, cela a motivé votre décision de devenir membre du jury ?

Je pense que la parité est une option efficace. C’est une des raisons qui font que je suis très heureuse de faire partie de ce jury. Je suis aussi très heureuse de faire partie d’un festival qui va présenter des séries télévisées et des contenus forts. Je suis enthousiaste de faire partie d’un jury où, grâce à mes vingt ans de métier, je vais avoir la chance de faire entendre ma voix afin de célébrer la télévision et la production sérielle. J’ai hâte d’y être !