«Grey’s Anatomy»: Dans un épisode déjà culte, la série joue la carte de la sororité pour aider les victimes de viol

FEMINISME Dans l'épisode 19 de la saison 15, les médecins du Grey-Sloan Memorial Hospital nous donnent une leçon d'humanité

Marie Leroux

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Image de l'épisode 19 de la saison 15 de « Grey's Anatomy ».
Image de l'épisode 19 de la saison 15 de « Grey's Anatomy ». — ABC/Mitch Haaseth
  • A travers l’histoire d’Abby, l'épisode de « Grey’s Anatomy » diffusé mercredi soir sur TF1, cherche à sensibiliser sur les violences faites aux femmes
  • La chaîne américaine ABC avait tenté d’édulcorer le propos de l’épisode.
  • La scène de la haie d’honneur du personnel féminin de l’hôpital a marqué les téléspectateurs américains.

La série médicale devenue la plus longue en prime time a encore créé un grand moment de la télévision. Grey’s Anatomy, fort de ses 7,1 millions de téléspectateurs aux États-Unis et 3,78 millions en France (TF1) pour chaque épisode, a consacré l’épisode 19 de la saison 15 intitulé Les survivantes, diffusé mercredi soir sur TF1, à la question des violences faites aux femmes et à la sororité.

Attention, cet article contient des spoilers sur la saison 15 de « Grey’s Anatomy ».

L’histoire d’Abby, et de Jo

Dans cet épisode déjà culte, toutes les histoires professionnelles, amoureuses et amicales sont exceptionnellement mises en suspens au profit de celle d’Abby. La jeune femme, déboussolée, arrive dans le hall du Grey-Sloan Memorial Hospital. En cherchant son chemin, elle heurte la docteure Jo Wilson, qui la prend en charge, épaulée par une équipe médicale exclusivement féminine. Abby, que l’on croit simplement blessée à la joue, a en réalité été agressée sexuellement et souffre de lésions internes graves ainsi que de contusions sur tout le corps.

La prise en charge de cette patiente par Jo Wilson est exemplaire. Après qu’elle lui a expliqué le fonctionnement de la trousse médico-légale, son importance et les règles de consentement, Abby accepte que l’on procède à des prélèvements, indispensables dans le cadre d’une procédure judiciaire. En parallèle, au fil de l’épisode, on découvre l’histoire de Jo, née à la suite d’un viol, et abandonnée par sa mère. En mêlant les histoires de Jo et d’Abby, l’épisode traite du consentement, des violences sexuelles, physiques, psychologiques, domestiques, de l’abandon, de la difficulté à se reconstruire.

Une scène culte pour marquer les esprits

A la découverte du scénario, la chaîne ABC n’était pourtant pas convaincue. Krista Vernoff, réalisatrice de l’épisode, a raconté au Hollywood Reporter, que la chaîne avait par exemple demandé de ne pas montrer de liquides corporels… Shonda Rhimes, créatrice du show, a « respectueusement refusé » les demandes de la chaîne. L’épisode est au contraire très explicite et violent, et montre à l’écran ecchymoses, marques de strangulation, et sang. Pour se faire pardonner, Shonda Rhimes a convié les dirigeantes d’ABC à participer au tournage de la scène de l’épisode qui restera dans les mémoires : la haie d’honneur des femmes du Grey-Sloan Memorial Hospital.

Voyant le visage de son agresseur dans chacun des hommes qu’elle croise, Abby refuse de sortir de sa chambre pour se faire opérer. Le personnel de l’hôpital décide alors de n’autoriser l’accès au service qu’aux femmes. Quand Abby quitte enfin sa chambre, elle découvre un couloir rempli de femmes. Cette puissante image évoque la force de la sororité et porte un message positif et déculpabilisant pour les victimes.

Un épisode politique

« Silent all these years » est inspiré du témoignage de Christine Blasey-Ford puis d’une dizaine d’autres femmes à l’encontre de Brett Kavanaugh, juge de la Cour suprême depuis le 6 octobre 2018. Ces nombreuses femmes l’accusent d’agressions et de violences sexuelles. Les réalisatrices et productrices de « Grey’s Anatomy » ont décidé de lancer l’épisode après cette affaire qui a fait grand bruit.

Mais cet épisode n’est pas le premier engagement politique de la série. Loin de là. Dès son lancement, Shonda Rhimes a fait part de son désir de représenter à l’écran toute la diversité ethnique et culturelle caractéristique des États-Unis en distribuant des rôles importants aux minorités. Le casting inclusif de Shonda Rhimes en atteste. Avec ses personnages homosexuels, bisexuels, noirs, transgenres, portant le hijab, etc., « Grey’s Anatomy » se distingue par son engagement antiraciste et intersectionnel, mais aussi par sa lutte féministe contre l’invisibilisation et les violences faites aux femmes.

L’épisode 9 de la précédente saison, diffusé le 19 janvier 2018, avait lui aussi marqué les esprits en montrant Jo Wilson terrorisée par le retour inattendu de son ex-mari violent, auquel elle pensait avoir échappé en déménageant et changeant d’identité. Intitulé 1-800-799-7233, cet épisode portait le numéro de la ligne directe nationale contre les violences domestiques. Grey’s Anatomy ne craint ainsi pas d’introduire une portée pédagogique à sa trame narrative. Avec les personnages de Ben Warren et de Tuck, le consentement dans le cadre de relations sexuelles est clairement présenté et expliqué, en insistant sur son caractère volontaire et révocable.

Comme en témoignent les réactions quasi immédiates sur le web, par ces scènes poignantes, la série a réussi à faire passer ses messages de dénonciation et de sensibilisation.

 

 

Si vous êtes victime ou témoin de violences, vous pouvez contacter Sos viols : 0800 05 95 95 (appel gratuit et anonyme) et Sos femmes violences conjugales : 39 19 (appel gratuit)