Séries Mania: La famille française explose et s'expose dans trois séries ambitieuses

FESTIVAL Trois fictions françaises présentées à Séries Mania explorent la cellule familiale sous des angles nouveaux, entre famille «remixée», mensonges et fantastique

Vincent Julé, avec Anne Demoulin

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«Le Grand Bazar», future série M6 et nouveau «Fais pas ci, fais pas ça» en puissance
«Le Grand Bazar», future série M6 et nouveau «Fais pas ci, fais pas ça» en puissance — Elephant Story 2019
  • Le festival Séries Mania, à Lille, a permis de découvrir trois séries françaises qui explorent les transformations de la famille.
  • Le Grand Bazar, Mytho et La Dernière vague seront bientôt respectivement sur M6,  Arte et France 2.

De Plus belle la vie à Fais pas ci, fais pas ça, les séries françaises adorent mettre en scène des familles - celle que l’on a, celle que l’on se choisit… -, parfois jusque dans leurs titres : Une famille formidable, Famille d’accueil, En famille, etc. La 10e édition de Séries Mania l’a encore montré avec trois nouvelles séries françaises, et trois approches originales, que sont Le Grand Bazar bientôt sur M6, Mytho sur Arte et La Dernière vague sur France 2.

Des fictions qui n’hésitent pas à revisiter le genre en nous montrant des modèles de familles paumées, étranges, ou carrément antipathiques, mais passionnantes.

Des comédies familiales trop souvent bourgeoises

Avec la naissance de leur premier bébé, et leurs enfants issus de précédentes unions, Samia (Nailia Harzoune) et Nicolas (Grégory Montel) souhaitent former un foyer paisible et harmonieux, mais c’est sans compter sur leurs parents, frères et ex-compagnons. Avec son portrait déjanté d’une famille mixte et recomposée, Le Grand Bazar, initialement intitulé Remix, se pose comme le nouveau Fais pas ci, fais pas ça. Mais pas seulement. La créatrice et réalisatrice Baya Kasmi avait d’ailleurs participé à l’écriture de la comédie de France 2. « Elle se déroulait à Sèvres, dans un milieu assez bourgeois, comme la majorité des comédies familiales que l’on connaît en France, explique Michel Leclerc, co-scénariste du Grand Bazar et réalisateur du film Le Nom des gens. L'idée est ici d'une série familiale qui se déroule, en banlieue, à Bagnolet, dans un milieu populaire.»  Baya Kasmi renchérit: «Une banlieue populaire joyeuse ! Il y a déjà quelque chose de politique là-dedans ».

Comme de représenter une famille mixte sans en faire un sujet de la série. « On va au-delà du "ah, comme tu es différent, est-ce que je vais t’accepter ?", il n’y a aucun problème entre les parents pour s’accepter, commente Cela ne veut pas dire qu’on ne parle pas des sujets liés à l’identité de chacun, qu’on les élude comme s’ils n’existaient pas, mais l’acceptation de l’autre en tant que différent n’est pas un sujet. Je n’ai qu’une envie, c’est que tout le monde puisse s’identifier à la famille Rousseau-Bensaïd. »

Un gros mensonge, et ça repart

De la même manière, Mytho ne fait pas de cas que le fils de la famille soit non-binaire. Ses parents aimeraient juste qu’ils le disent à son correspondant, et crush, allemand. Il n’est d’ailleurs pas le seul à mentir un peu - beaucoup, passionnément… - dans la famille. Mais le plus gros mensonge viendra d’Elvira qui, ne supportant plus la charge mentale d’épouse et de mère, s’inventera un cancer. « Le mensonge la dépasse rapidement, réagit son interprète Marina Hands, et son entourage le récupère et le fait sien, car il arrange finalement beaucoup de monde. Ce drame donne un sens à leur vie, les réveille. » Il faut voir Mathieu Demy, mari loser et volage, presque souhaiter que sa femme soit malade pour pouvoir se racheter.

De ce quiproquo un peu gros et de ses personnages archétypaux, Fabrice Gobert, le réalisateur des Revenants, réussit à travailler un humour retors et à faire un portrait de famille intéressant, imprévisible. « Ils peuvent être antipathiques, cruels, et parfois maladroits et touchants, ajoute Marina Hands. Le point de départ peut paraître classique, mais la trajectoire est surprenante, gonflée. Les choses sont plus complexes qu’en apparence, elles sont laissées en suspens, il n’y a pas de jugement, il n’y a pas une personne qui a tort et l’autre raison. Cela se permet d’être amoral, et cela fait du bien, je n’aime pas les histoires à message, que l’on me dise comment vivre. »

Le fantastique au secours de la famille

Si elle se présente plus comme une série fantastique, La Dernière vague n’en reste pas moins familiale. A l’instar d’ailleurs des Revenants. Lors d’une compétition de surf, une vague venant d’un arcus emporte les surfeurs. Mais ils refont surface plusieurs heures plus tard, comme par magie. Comme s’ils avaient changé aussi. Cet événement, dû au dérèglement climatique ou à la révolte de la nature (mystère), va bouleverser la vie des habitants d’une station balnéaire, et plus particulièrement d’une famille.

« Mon personnage, Léna, fait partie d’une famille complètement détruite par un drame horrible, et ce que je trouve intéressant, c’est qu’avec cet étrange nuage, ils vont se reconnecter à leur fille, se reconstruire. » Son mari à l’écran, David Kammenos, confirme : « Cette histoire est comme un conte, l’idée était d’insuffler du quotidien dans l’étrange, à moins que ce ne soit l’inverse ». La fiction française et familiale s’autorise donc enfin à faire ci, à faire ça, et ça aussi.