«Un avion sans elle»: «Une adaptation c'est, nécessairement, une trahison», estime Michel Bussi

INTERVIEW Rencontre avec l’auteur de best-sellers Michel Bussi dont l’adaptation « Un avion sans elle » est à la fois diffusée ce mardi sur M6 et projetée à Séries Mania hors compétition…

Propos recueillis par Anne Demoulin

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Michel Bussi, le 1er février à Barcelone.
Michel Bussi, le 1er février à Barcelone. — EFE/SIPA
  • M6 diffuse ce mardi « Un avion sans elle », une minisérie adaptée d’un roman de Michel Bussi.
  • L’écrivain présente la minisérie à Séries Mania ce mardi.
  • Il a gentiment accepté de commenter cette adaptation télévisuelle pour 20 Minutes…

Une nouvelle adaptation de l’auteur aux huit millions d’exemplaires vendus. Michel Bussi  présente au festival Séries Mania l’adaptation d’Un avion sans elle. Cette minisérie, diffusée ce mardi à 20h50 sur M6, suit l’enquête d’un détective (Bruno Solo) sur l’identité d’un bébé de trois mois rescapé d’un crash d’avion. Lyse-Rose ou Emilie ? 

Au début des années 1980, à l’époque où les tests ADN n’existent pas, deux familles, l’une riche, l’autre, modeste, vont s’affronter pour avoir la garde de celle que les médias ont baptisée Libellule. 20 Minutes s’est entretenu avec le prolifique écrivain avant son départ pour la capitale des Flandres.

En 2018 à Séries Mania, Anne Charrier remportait le prix de la meilleure actrice dans une série française pour sa performance dans « Maman a tort », qu’avez-vous ressenti quand vous avez découvert votre roman à l’écran ?

C’est assez étrange ! Pour Maman a tort, j’étais au départ assez partagé sur le choix d’Anne Charrier pour incarner ma commandante de police. Je trouvais qu’elle ne ressemblait pas à la description physique du roman. Et puis, lorsque je l’ai vu incarner le personnage à l’écran, j’ai su que Marianne, c’était elle ! Ce qui est intéressant, c’est de voir comment un acteur incarne un personnage. Lorsque j’écris, je n’ai pas de vision du personnage, je ne m’imagine pas un visage. Je pense que mes lecteurs en ont une vision plus précise que moi.

Dans « Un avion sans elle », on retrouve vos thèmes de prédilection : la filiation et l’identité.

Oui, on retrouve ces thèmes dans tous mes romans. On va retrouver aussi ce thème de l’identité dans Le Temps est assassin, prochainement sur TF1.

Dans « Un avion sans elle », la lutte des classes entre les Vitral et les De Carville ne prend-elle pas une résonnance supplémentaires avec la crise des « gilets jaunes » ?

Je serai un visionnaire comme Houellebecq avec Sérotonine ! (Rires) Cette lutte a toujours existé. Il y a vingt-cinq ans, les différences entre la gauche et la droite étaient plus marquantes et la lutte des classes, plus marquée et assumée. La lutte entre les Vitral et les De Carville, c’est celle des communistes contre les cathos. On la réinterprète aujourd’hui en parlant de France périphérique, mais cette lutte a toujours existé. Elle est bien plus présente dans le roman que dans la série. Cette histoire de bébé me sert de prétexte pour télescoper deux familles qui ne se rencontreraient pas normalement. C’est le sel du roman. C’est le thème éternel de ceux qui en ont plus contre ceux qui en ont moins.

Avez-vous eu votre mot à dire pour l’adaptation d’« Un avion sans elle » ? Avez-vous fait des recommandations aux scénaristes ?

Assez peu. Il était évident tout de suite que l’adaptation du roman serait compliquée et coûteuse. La production m’a fait valider certains choix. J’avais une promesse, celle de faire une série plus axée sur l’enquête et le thriller que sur la lutte des classes. Je n’étais pas le mieux placé pour adapter avec cet angle. Après, j’avais une vraie curiosité de voir ce qu’on allait en tirer sur le plan narratif.

La série adopte le point de vue de la rescapée du crash, qu’en pensez-vous ?

Le fait de raconter l’histoire de ce point de vue est le plus original des choix qui a été fait. Dans le roman, j’en avais fait une Arlésienne. Dans la série, il fallait l’incarner, la montrer à l’image. Pénélope-Rose Lévèque porte bien le personnage. La série renouvelle ainsi l’histoire et le rythme du roman. La série fait aussi le choix de dévoiler plus tôt l’amour impossible qu’elle vit, un choix gonflé pour une chaîne en prime time.

Vous avez déclaré qu’il y a une « part de trahison » dans l’adaptation…

Nécessairement, il y a trahison, et heureusement. Elle n’est pas vécue de la même façon par ceux qui ont lu le roman et ceux qui vont découvrir la série. Le roman est plus long que la série donc il faut faire des choix. Le rythme du roman, par exemple, n’est pas le même que celui du livre, il était impossible de suivre l’enquête qui s’étend sur près de dix-huit ans à l’écran. La trahison est liée au changement de format. M6 s’adresse aussi à tous les publics. L’adaptation est aussi une formidable reconnaissance.

Pensez-vous que tous vos romans peuvent être adaptés ?

Oui, ils peuvent tous l’être ! J’ai conçu Nymphéas noirs comme un film, j’aimerais beaucoup qu’il soit adapté pour le cinéma.

Aimeriez-vous écrire directement pour la télévision ?

Oui, j’aimerais beaucoup amener des histoires originales, mais à la condition d’avoir une liberté totale. A la télévision, il y a beaucoup de décideurs et je n’ai pas de raison de renoncer à la liberté de l’écrivain. Mes histoires tordues font peur aux chaînes. Cela les rassure d’adapter des romans qui ont bien marché plutôt que si je leur avais présenté des synopsis.

Vou sallez pouvoir profiter de votre présence à Série sMAnia pour rencontrer des producteurs et leur proposer des synopis. Quelle différence y-a-t-il entre un festival de séries et un salon dédié à la littérature ?

Dans un salon du livre, on fait sa promotion tout seul. Là, c’est un travail d’équipe que l’on défend. On est peut-être du coup moins libre de dire ce qu’on a envie, mais c’est intéressant de faire un projet tous ensemble. Je ne suis pas le genre d’écrivain mégalo qui va snober une série parce qu’elle ne lui convient pas. Nous travaillions depuis sept ans avec Delphine Bouix, la productrice d’Un avion sans elle. C’est un vrai travail d’équipe… et qui dit travail d’équipe, dit forcément des concessions.

 

Michel Bussi à Lille

Celui qui compte parmi les écrivains préférés des Français se prêtera à une séance de dédicaces avec le Furet du Nord au Tripostal de 14h à 16h. L’auteur vient de sortir J'ai dû rêver trop fort (Presses de la Cité, 21,90 eruos), un titre emprunté à la chanson Vertige de l'amour d'Alain Bashung. A Lens, au théâtre municipal Le Colisée à 20 h ce mardi, Michel Bussi participera à une rencontre avant la projection des deux premiers épisodes d’Un avion sans elle, avec le réalisateur Jean-Marc Rudnicki, le comédien Bruno Solo et la productrice Delphine Bouix.