Séries Mania Lille: «The OA» questionne l’art délicat du recap de série avant la saison 2

RESUME La saison 2 de « The OA » est disponible sur Netflix, mais résumer son intrigue n’est pas chose aisée

Benjamin Chapon

— 

Image tirée de la saison 2 de la série The OA, sur Netflix
Image tirée de la saison 2 de la série The OA, sur Netflix — Nicola Goode/Netflix
  • La saison 2 de la série The OA a été mise en ligne sur Netflix vendredi, et ses deux premiers épisodes seront projetés à Séries Mania ce dimanche.
  • Avant de se plonger dans cette suite tant attendue, les fans éprouveront peut-être le besoin de se remémorer les événements de la saison 1.
  • Or, la tâche consistant à résumer cette série est ardue.

Dévoilée à la surprise générale, sans annonce préalable, la série The OA  avait estomaqué le monde entier fin 2017. Bon, peut-être pas le monde entier mais au moins les abonnés Netflix qui s’étaient laissés tenter par cet étrange objet mal défini. Deux ans plus tard, la saison 2 est enfin disponible et sera également dévoilée au festival Séries Mania de Lille, ce dimanche. Mais – sont-ce les ravages du temps ? Sont-ce les excès de la période de fête à laquelle la saison 1 avait été découverte ? – les souvenirs sont vagues autour de The OA. Même si la série fut marquante, et bouleversante, son intrigue alambiquée, qui mêle complot scientifique ésotérique et drame intime, reste nébuleuse.

Image tirée de la saison 2 de la série The OA, sur Netflix
Image tirée de la saison 2 de la série The OA, sur Netflix - Nicola Goode/Netflix

Surtout, la première saison se finissait sur une faux cliffhanger. Prairie est-elle morte ? On se doute bien que non, puisqu’elle apparaît visiblement dans la saison 2. Mais bien qu’ayant prouvé ses pouvoirs, « l’ange originel », abrégé en « the OA » en anglais, pouvait encore être suspectée de supercherie.

Le temps révolu du feuilleton

On peut considérer The OA comme un cas à part, une série particulièrement tordue et difficile à suivre. On peut aussi noter que le long délai qui a brouillé nos souvenirs avant de découvrir la saison 2 est devenue une exception. Cela dit, les amateurs de séries sont de plus en plus souvent confrontés à la difficulté de raccrocher les wagons au moment de reprendre une nouvelle saison. D’abord parce qu’ils en suivent désormais plusieurs en même temps, et aussi parce que les séries actuelles ont une fâcheuse tendance à tricoter des intrigues compliquées, en s’affranchissant du confortable format feuilleton. « Il y a de plus en plus de véritables auteurs dans les séries, analyse Frédéric Lavigne, directeur artistique de Séries Mania. Une saison de série est un objet dramatique dont les téléspectateurs doivent s’emparer. Il y a de moins en moins de séries qui se consomment à l’épisode. »

Pour se rappeler, ou rattraper sans avoir à la regarder en entier, une saison de séries, il existe une solution : les « recaps ». Très développé chez les médias anglo-saxons mais plutôt méprisé en France, ce format écrit permet de vivre une saison, épisode par épisode. On peut opter pour le bon vieux résumé Wikipédia, une pratique plus courante que les fans de séries ne veulent bien l’admettre. Celui de The OA est pas mal fichu, pour peu qu’on sache lire l’anglais. Mais il y manque quelque chose : les commentaires sur la dimension graphique et les références esthétiques de la série. Et surtout un rendu de l’effet laissé sur le téléspectateur par cette série qui fait du déboussolage, un art.

L’art du recap

Certains fans de séries ont développé une passion pour les meilleurs auteurs de recap. Le New York Times, comme tous les grands médias, emploie à plein temps plusieurs journalistes chargés de réaliser ces articles. Tout comme les épisodes de séries qu’ils traitent, les auteurs de recap obéissent à des règles. Leur déontologie les oblige à adopter un ton similaire à celui de la série dont il traite. C’est pour cela que les meilleurs recap de The OA sont, par exemple, totalement dénués d’humour. Par ailleurs, un recap n’est pas un résumé. Il reprend l’intrigue épisode par épisode, n’insiste pas sur les détails et ne livre pas d’analyse, ni d’appréciation.

Image tirée de la saison 2 de la série The OA, sur Netflix
Image tirée de la saison 2 de la série The OA, sur Netflix - Nicola Goode/Netflix

Rendre l’impression étrangement voluptueuse d’être baladé par l’intrigue de The OA est très difficile. Parce qu’un recap n’est pas un objet littéraire qui autorise l’approximation. Or The OA atteint, et encore plus dans la saison 2, une forme de perfection dans sa narration à plusieurs étages. D’ailleurs, l’héroïne cherche, dans l’histoire, à naviguer parmi les réalités. Voilà le défi pour l’auteur de recap de cette série : raconter ce qu’il se passe sans omettre de raconter que ce qu’il ne se passe (ou ce qui aurait pu se passer). Vous êtes toujours là ?

Tout comme l’amateur de recap peut pleurer à nouveau en lisant le recap réussi du final de The Leftovers ou du dernier épisode de la saison 4 de The Affair (exemples très personnels et non contractuels), il piaffera d’impatience à l’idée de lire celui de The OA. Parce que raconter cette série, franchement, c’est l’enfer.